29/11/2009 13:05:36
Journée mondiale de lutte contre le sida
75% des camerounaises affectées par le sida sont des filles de 19-24 ans
Xinhua
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Les trois quarts des femmes affectées par le Vih/sida au Cameroun sont des filles de 19-24 ans et les filles de cette tranche d'âge sont trois fois plus infectées que les garçons du même âge, selon les chiffres communiqués par le ministère camerounais de la Santé publique, deux jours avant la Journée mondiale du sida.

Les acteurs impliqués dans la prévention et la lutte contre le sida au Cameroun expliquent ce taux élevé par des facteurs d'ordre économique et socio-culturel liés à la vie des filles de cette tranche d'âge.

"L'information essentielle sur les méthodes de prévention du Vih/Sida n'a pas encore suffisamment atteint les filles de cette tranche d'âge", a expliqué Nestor Ankiba, directeur exécutif de l' Association camerounaise du marketing social (ACMS), une organisation non lucratif qui facilite l'accès à l'information des populations dans le domaine de la santé au Cameroun.

"C'est une tranche d'âge plus ou moins naïve, la plupart des jeunes filles de cet âge ne savent pas souvent ce qu'elles font", a-t-il poursuivi.

Selon lui, la dépendance économique des filles de cette tranche d'âge vis-à-vis de leurs familles pas toujours nanties, serait à l'origine de ce taux de contamination.

Une étude menée par son association a montré que la plupart des partenaires sexuels de ces filles se recrutent chez les personnes âgées ayant une bonne assise matérielle que les garçons du même âge.

Pour appeler à la responsabilité des personnes âgées et attirer l'attention des jeunes filles sur les dangers des relations sexuelles intergénérationnelles, l'ACMS avait lancé en août 2008 une campagne de sensibilisation baptisée "Non aux sponsors, non au Vih/Sida".

"La multiplication de plusieurs partenaires sexuels par ces jeunes filles est une cause certaine de contamination", a reconnu Arsène Onana Ndougsa, encadreur des pairs éducateurs à Synergies africaines contre le sida et les souffrances, une organisation non gouvernementale (ONG) de la première dame camerounaise Chantal Biya.

Dans leurs multiples descentes sur le terrain pour s'entretenir avec les jeunes, a remarqué Nadia Zibi Effa, autre pair éducateur, les jeunes garçons sont plus motivés à connaître les méthodes de prévention et de contamination du Vih que les jeunes filles.

Sur 35.780 jeunes dépistés volontairement en août 2009 lors de l'opération "Vacances sans sida" qu'organisent depuis 2003 Synergies africaines, 22.500 garçons ont par exemple accepté d'être dépistés contre 13.280 filles.

Pour Nadia Zibi Effa, la crainte de connaître leur sérologie explique le refus des filles à se faire dépister.

Pour Antoine Socpa, anthropologue et enseignant à l'Université de Yaoundé I ayant publié de nombreux articles sur le lien entre la pauvreté et la contamination au Vih, d'autres facteurs d'ordre culturel tels que le mariage précoce, les mutilations génitales des jeunes filles, les scarifications du corps par des objets souillés contribuent à la contamination à ce virus.

Des enquêtes menées dans certaines régions du Cameroun où l'on pratique encore l'excision des jeunes filles (la partie nord du Cameroun), a-t-il dit, ont montré un taux de prévalence élevé chez les filles, car, les objets utilisés par les femmes commises à cette tâche ont souvent été souillés.

Pour lui, la sensibilisation à coût de milliards de dollars faite sur le Sida est à la limite envahissante, car, elle ne s'appuie sur aucun élément du répertoire culturel des communautés ethniques du continent africain et partant du Cameroun.

Comme solution, M. Socpa invite les organismes internationaux de lutte contre le Sida et les dirigeants africains à identifier avant tout les facteurs qui poussent les filles à affronter le risque malgré les conséquences fâcheuses d'une contamination au Vih.

Le préservatif, a-t-il poursuivi, ne peut à lui seul protéger contre cette pandémie si les conditions de vie des populations ne sont pas améliorées.

D'un taux de prévalence de 5,1% dont 6,8% pour les femmes et 4, 1% pour les hommes, 553.000 personnes vivent avec le Vih au Cameroun où le premier cas a été signalé en 1985. Le taux de prévalence chez les jeunes est de 9,9%.

La région du Centre du pays, avec ses 111.287 malades (soit 47%) de l'ensemble des malades, occupe le premier rang des personnes infectées et celle du Nord avec ses 17.418 séropositifs (soit 15%) vient à la queue du peloton.

Suite à une décision du gouvernement camerounais le 1er mai 2007, le traitement antirétroviraux pour les personnes vivant avec le Vih est devenu gratuit. 136 formations sanitaires assurent au quotidien la prise en charge des malades dans tout le pays.

La promotion de l'usage du préservatif féminin est au centre des activités marquant la Journée mondiale du sida au Cameroun célébrée sous le thème "Je prends les choses en main, arrêter le Sida, tenir la promesse, femmes et enfants sans Vih".

L'objectif, selon les autorités sanitaires, étant que chaque femme puisse décider elle-même pour sa santé en participant à la prévention des grossesses non désirées et contribuer à la réduction de nouvelles infections au Cameroun.

Des dépistages gratuits, des conférences et débats et surtout la distribution des préservatifs féminins et masculins font partie des actions de la semaine nationale de festivités lancée mercredi dans la capitale camerounaise.

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