03/12/2009 15:28:41
Omerta manifeste sur les dépenses présidentielles
« Qu’est ce qui justifie que l’intervention de l’Etat sur les BIP en 2010 soit chiffrée de façon abstraite et sans le moindre détail à 78 milliards »
AGA MEDIAS
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(AGA MEDIAS, Yaoundé) Lors de la session plénière de l’Assemblée nationale d’avant-hier 30 novembre 2009,  consacrée à l’adoption du projet de loi des finances 2010, le député du Wouri Jean Michel Nintcheu, qui, depuis l’affaire des supposés biens mal acquis du chef de l’Etat camerounais suivie de l’affaire des vacances présidentielles à La Baule (France), veut faire de la transparence des dépenses publiques en général, et présidentielles, en particulier un de ses chevaux de bataille est revenu à la charge. Il a ainsi consacré l’essentiel de son intervention au cours de cette plénière à l’interpellation du Gouvernement sur le gonflement  anormal des crédits budgétaires alloués à la présidence de la République ainsi que la non réaffectation des excédents du budget d’investissement public (BIP) de l’exercice 2008 à des projets d’intérêts nationaux tels par exemple le sauvetage des banques nationales en difficulté ou la construction de nouvelles infrastructures collectives. Pis, il note que les BIP ont connu une augmentation abstraite et non détaillée de 7700%.

Tout comme le refus d’inscrire à l’examen des députés la proposition de loi que le même député avait soumise en début de session au Bureau de l’Assemblée nationale à l’objet d’amender la Constitution en vue de créer une Cour des comptes, qui se chargerait, mieux que les deux institutions actuelles chargées du contrôle de la gestion des crédits publics ( Contrôle supérieur de l’Etat et Chambre des comptes de la Cour Suprême, tous sous influence directe du Président de la république) d’un meilleur contrôle des dépenses présidentielles, l’interpellation du gouvernement par ce député de l’opposition a été ignorée par le président de l’Assemblée nationale.

 

Augmentation abstraite de 7700% pour les Bip !

Le motif avancé par l’honorable Cavaye Yeguie est des plus curieux : « l’absence à l’hémicycle du Premier ministre Chef du gouvernement » ! Comme si en son absence aucun intérim n’était assuré. Et pourtant les deux Vices Premiers ministres dont le plus ancien, en charge de la justice Amadou Ali,  étaient bel et bien présents. Pis, tout le monde sait que c’est le Ministre des finances qui est chargé de présenter et de défendre le contenu du budget général de l’Etat. M. Essimi Menye, pourtant bel et bien à l’hémicycle n’est pas monté au créneau pour éclairer la lanterne de l’élu et de l’opinion sur ce qui manifestement est une anomalie grave en matière de gestion rigoureuse des ressources publiques.

Pourtant les données détaillées contenues dans l’interpellation du député Nintcheu et dont AGA MEDIAS a obtenu copie, laissent percevoir plus d’interrogations que de justifications sur la nature et le montant de certaines dépenses présidentielles ainsi que les crédits nouvellement affectés. Pire, on note abondamment les lignes dites « spéciales » Ceci fait percevoir, à première vue, à défaut d’une explication claire du Gouvernement camerounais, « une volonté d’institutionnalisation de la gabegie présidentielle » pour reprendre la formule d’un responsable de Dynamique citoyenne invitée par AGA MEDIAS à commenter le BIP de l’Etat pour 2010 ainsi adopté par la majorité Rdpc malgré ces questionnements pertinents.

N’est-il pas alors temps que soit instituée une Commission d’enquête parlementaire sur ce budget 2010, en attendant la prochaine session parlementaire pour examiner la proposition d’amendement constitutionnel actuellement dans les couloirs du Bureau de l’Assemblée nationale  si la majorité Rdpc consent à faire sien le souci du député de Wouri est sur la transparence des dépenses publiques en général, et de celles de la Présidence de la République en particulier ?

Dans le cas contraire, le Cameroun est bien parti pour figurer dans le top des Etats où le pillage du budget de l’Etat est légalisé. Et bonjour les rapports hostiles des Ong  nationales et internationales sur la gouvernance publique camerounaise.

Pour le reste, nous vous proposons ci-contre dans son intégralité le contenu de la note du député de Wouri Est interpellant le Gouvernement de la république. Afin que chacun se fasse sa propre idée.

 

Art/JJC/02/12/09

 

PS : AGA MEDIAS est une agence de nouvelles et d’informations stratégiques. Créée par le Journaliste indépendant Alex Gustave AZEBAZE, elle est basée à Douala, au Cameroun.

 

 

 

 

 

 

Jean Michel Nintcheu au Gouvernement:

« Qu’est ce qui justifie que l’intervention de l’Etat sur les BIP en 2010 soit chiffrée de façon abstraite et sans le moindre détail à 78 milliards »

 

 

 

« Monsieur le Premier ministre,

Je vais relever quelques points concernant le BUDGET D’INVESTISSEMENT PUBLIC DE LA PRESIDENCE PAR CHAPITRE ET PAR PROJET. Les montants sont chiffrés en milliers de FCFA

 

Projets                              BIP              Liquidation           Dotation            Niveau        Evolution

                                                                                           Initiale            d’exécution    BIP                      

Année                               2010           2008                      2008                 2008           2010/2008

 

Aménagement

des édifices P.R.:                  2.715.000       2.259.678          1.965.000            +110,18%    + 38,16%

 

 

Equipements SG/PR              3.281.000       1.047.089             605.000           +173,07%       + 442,3%

 

Entretien des espaces verts

Et diverses infrastructures            245.000        180.000                 60.000            +300%             +308,33%

Des palais présidentiels

Et désinfection des palais

 

Interventions du SG/PR           ?                   3.117.577          3.910.000            79,73%

 

Infrastructures et bâtiments

Spéciaux P.R.                           675.000         250.000             250.000              100%               +170%

 

Equipements spéciaux              1.425.000       200.000           200.000              100%                 +612,5%

 

Equipements Radio

Administrative de                        519.454          74.505             75.000             99,34%           +597,2%

Commandement

 

Rénovation et Réhabilitation

De la bibliothèque                     340.000        239.939          240.000               99,97%           +41,6%

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

Les camerounais ploient sous le coup d’une misère indescriptible. Le SMIG est de 28.500 FCFA/mois alors que la dernière chambre dans un quartier marécageux coûte au moins 15.000 FCFA. La crise financière mondiale a créé une forte secousse qui a plongé les entreprises camerounaises dans un surendettement. Qu’est ce qui explique que pendant que rien ne marche dans le pays, des lignes budgétaires dans le BIP de la Présidence fassent l’objet d’une forte augmentation ?

Qu’est ce qui explique les dépassements de lignes observés dans certains postes contenus dans le BIP de la Présidence alors qu’au cours de l’adoption du budget 2008, le Parlement avait fixé les crédits relatifs à ces lignes ?

 

Il vous sera difficile de répondre à ces questions en raison de ce que vous considérez la Présidence comme un sanctuaire monarchique. D’où l’importance du vote par le Parlement de la Proposition d’amendement constitutionnel relative au contrôle des dépenses de la Présidence de la République et à la création de la Cour des comptes. L’adoption de cette proposition d’amendement - qui a fait l’objet d’un dépôt au Secrétariat de l’Assemblée -, permettra à la future Cour des comptes de vérifier en toute impartialité et en toute indépendance la sincérité des comptes de la Présidence de la République. Cette institution sera obligée sous réserve de la défense nationale, de la sécurité de l’Etat ou du secret de l’information judiciaire, de fournir des renseignements chaque fois qu’elle sera sollicitée.

 

Par ailleurs, les crédits alloués en 2008 par le Parlement au titre de l’intervention de l’Etat sur les BIP était de 01 milliard FCFA. Ce crédit a connu un niveau d’exécution de 90% soit 900 millions FCFA. Ce qui indique clairement que le crédit alloué n’a pas été épuisé en totalité.

Qu’est ce qui justifie que l’intervention de l’Etat sur les BIP en 2010 soit chiffrée de façon abstraite et sans le moindre détail à 78 milliards ?  Cela représente une augmentation de 7700% par rapport à l’exercice 2008 ?  Cette dotation signifie qu’au titre de l’intervention de l’Etat sur les BIP en 2010, vous dépenserez 6,5 milliards/mois soit 217 millions par jour. C’est inadmissible. Vous voulez tout simplement institutionnaliser la gabegie et les détournements massifs. Allez tout simplement revoir votre copie.

           

En réduisant ce crédit de 42 milliards de FCFA, tous les étudiants fréquenteraient gratuitement en même temps que 100.000 d’entre eux obtiendraient individuellement 30.000 FCFA de bourses par an. Quand vous étiez jeune, vous fréquentiez gratuitement. Ne prenez surtout pas le prétexte de la conjoncture économique. Les budgets ne cessent de croître et depuis trois ans, l’Etat a enregistré des excédents budgétaires cumulés de plus de 1300 milliards soit le double du budget actuel.  Il suffit de gérer le budget en bon père de famille.

 

Pour terminer, Monsieur le Premier Ministre

 

Le budget de l’Etat consolidé en recettes et en dépenses en 2008 dégage un solde excédentaire de 299.450.533.199 FCFA.  Qu’est ce qui explique cet excédent alors que la dotation générale des BIP de 789.420.059.000 FCFA a connu un niveau d’exécution de liquidation de 49,95% soit  361.032.393 FCFA? 

 

Où avez-vous logé cet excédent de 2008 ? Cet argent qui devrait être logé dans un compte spécial peut servir de caisse d’urgence dans les interventions nationales. Des banques ont été liquidées ou mises sous administration provisoire au motif entre autre qu’elles se devaient d’augmenter leurs fonds propres. Pourquoi l’Etat n’a pas mis sur pied un plan de sauvetage de ces banques à capitaux nationaux ? L’injection sous forme de prêts  du 1/10ème de cet excédent de 2008 aurait pu renforcer les fonds propres de ces structures bancaires.

 

Dans certains pays qui ont été durement frappés par la crise financière, des banques qui étaient comateuses en 2008 procèdent déjà au remboursement des crédits que leurs Etats leur ont alloués. Pourquoi attendre la mise sous administration provisoire pour faire des proclamations de recapitalisation ? Y a-t-il une conspiration impitoyable des tuteurs masqués de certaines mafias tapies dans les sphères de décision  pour imposer le monopole des étrangers dans ce secteur d’activités ? »

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