08/12/2009 16:01:10
Essimi Menye : La Cbc n'est plus la banque Fotso
Extraits de l’interview du ministre des Finances au cours du programme Dimanche Midi diffusé sur la Crtv hier, 06 décembre 2009.
Un petit mot sur une décision que vous avez prise et qui a fait la une de la plupart des journaux. Le gouvernement a décidé de voler au secours de la Cbc. Pourquoi la Cbc et pas les autres banques en difficultés?
Le Jour Quotidien
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille
Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de banques en difficultés aujourd’hui. L’année dernière, nous avons volé au secours d’Amity Bank et elle a été restructurée. La gestion qui a été confiée à Banque atlantique se fait aujourd’hui sans beaucoup de remous. Pour Amity Bank, l’engagement du gouvernement était de garantir et sécuriser le repayement de 30% des dettes d’Amity Bank. Les anciens actionnaires ont commencé à faire beaucoup de bruits. Notamment, l’un, qui est le principal débiteur. Le propriétaire d’une banque, quand il est endetté jusqu'au niveau de six milliards de francs Cfa et pense que le gouvernement devrait laisser que les petits porteurs perdent leurs dépôts, je suis un peu embarrassé. Pour Amity Bank, la décision était de soutenir cette banque afin de permettre à l’entreprise de ne pas être sous pression.
Le cas de la Cbc est un cas différent. Cette banque, de très bonne réputation, à l’époque a commencé à avoir des trous d’air depuis trois ans. La Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), qui joue le rôle de superviseur bancaire s’est inquiétée des ratios prudentiels. Les banques ont des normes. Il y a des normes sur des dépôts, des fonds propres, les crédits, etc. La Cbc ne respectait plus un seul de ces ratios. Je vais signaler que cette banque, à certains moments, avait des dépôts qui dépassaient 150 milliards de Fcfa. Les gens ont déposé leur argent. Le jour où cette banque serait arrivée en cessation de paiement, qui allait rembourser ces dépôts ? C’est l’Etat. Les gens vont entrer dans la rue. Vous avez vu cela dans les autres pays. Au plus haut de la crise l’année dernière, aussi bien en Amérique qu’en Europe, les pays sont venus au secours des banques afin qu’il n’y ait pas d’effets dominos, d’effet de contamination. On a parlé des actifs toxiques et autres. Ce ne sont pas des inventions. C’est une réalité. Dans le cas de la Cbc, on a constaté effectivement qu’il y avait une gestion d’amateur. Le Pdg a raconté partout qu’il était un bon gestionnaire, mais aujourd’hui, nous sommes face à une banque qui a un capital qui n’est pas nul. Le capital de la Cbc est négatif de 21 milliards Fcfa. Qu’est ce qu’on fait dans ces cas là ? La Cobac a décidé de retirer la licence à la banque. Si on retire la licence, cela veut dire que tout le monde perd ses billes. Nous, le gouvernement, nous avons dit non ! On va restructurer. On a nommé un administrateur provisoire pour restructurer à condition que le gouvernement rentre dans le capital.  
 

Avez-vous l’assurance que ce que le gouvernement met pour sauver la Cbc sera récupéré et que le gouvernement va rentrer dans ses dépenses ?  D’autant plus que le promoteur de la banque n’était pas tout à fait enthousiaste par rapport à cette option ?
Avez- vous interrogé le promoteur ? Demandez-lui ce qu’il fallait faire. Je crois que c’est important que nous tous le comprenions. Le Cameroun a pour monnaie le francs Cfa qui est arrimé à l’euro. C'est-à-dire à la Banque centrale européenne. J’ai reçu, en tant que autorité monétaire, les courriers du président français, du Fmi, de la Cobac et de la Béac. Tout le monde était inquiet, parce qu’une crise à la Cbc devait avoir des effets dominos. Les autres banques allaient avoir les mêmes effets négatifs y compris le reste de l’Economie. Si le promoteur n’est pas d’accord pour reconstituer les capitaux de la banque, on lui a donné trois ans pour reconstituer les capitaux de la banque. Il n’a pas été capable. Je peux vous donner une anecdote. Au mois d’Avril, la Cobac a interdit la Cbc de faire des paiements supérieurs à 100 millions de francs Cfa sans autorisation. Mais au mois de juillet, le promoteur, par un tour de passe-passe, a retiré plus d’un milliard et demi. Et d’ailleurs, c’est lui qui a précipité la décision de la Cobac. Vous n’avez pas de fonds propres, vous n’avez plus de ressources, mais vous puisez sur le dépôt des autres. Ce n’est pas normal. La décision qui a été prise n’est pas pour sanctionner qui que ce soit. C’est pour sauver l’institution bancaire. Parce qu’en réalité, tous les actionnaires de la Cbc ont tout perdu. L’Etat a dit qu’il va participer au capital de la nouvelle banque. Je voudrai aussi dire que la Cbc n’est plus la banque Fotso, parce que Fotso n’a plus rien dedans. Zéro. Il ne faut pas que les gens se trompent. L’Etat n’est pas allé sauver la banque Fotso. L’Etat a sauvé la banque Cbc. Parce qu’il y a des dépôts, y compris les dépôts des établissements publics auquel j’ai demandé de maintenir les dépôts pour maintenir la stabilité de la banque. Ce que nous allons mettre, c’est pour soutenir le capital de la nouvelle banque. Parce qu’il y a beaucoup de repreneurs qui sont candidats. Nous avons parlé d’amendements présentés à l’Assemblée nationale, il y est dit que l’Etat ne peut prendre plus de 20% que si le chef de l’Etat l’autorise. Donc, l’Etat ne peut aller dans le capital de la Cbc qu’au niveau de 20%. Donc, il y a 80% qui seront certainement rachetés par des Camerounais ou des étrangers. L’Etat n’est pas là pour acheter la banque Fotso. Le rôle de l’Etat n’est pas d’aller gérer la banque. Nous voulons la stabilité et c’était çà la décision du gouvernement.

Propos recueillis par Alain Belibi, François-Marc Modzom  et retranscrits par Beaugas-Orain joyoum

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE