14/05/2009 22:08:52
France-Cameroun : Que se passe-t-il ?
Alors que tout semble différent de l’époque Chirac, Paul Biya s’acharne à démontrer qu’il est l’ami des anciens colons. Pour quelles raisons ?
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Le Premier ministre français, François Fillon, n’assistera plus au défilé du 20 mai, contrairement à ce qui a été initialement annoncé, il y a quelques semaines. Sa présence lors des festivités marquant la fête nationale du Cameroun visait, disait-on, à adoucir la frustration de Paul Biya, de n’avoir pas pu recevoir le président Nicolas Sarkozy, lors de sa dernière visite africaine. À la fin de la visite qu’il a effectuée en France en 2007, Paul Biya avait annoncé fièrement que son homologue français venait d’accepter une invitation à visiter le Cameroun, au cours de l’année 2008.

Malheureusement pour le successeur d’Ahmadou Ahidjo, l’année 2008 s’est achevée sans l’ombre de Sarkozy à l’aéroport de Nsimalen. Il avait alors été annoncé une visite au 1er trimestre 2009, mais si Sarkozy est venu en Afrique, il est allé ailleurs, au Congo, sans un regard pour le Cameroun.

Et finalement, comme pour effacer l’humiliation, Yaoundé a fait circuler des rumeurs sur l’invitation faite à Paul Biya d’assister à la fête du 14 juillet à Paris. Cette information arrivait donc conjointement avec l’annonce du voyage au Cameroun du Premier ministre Fillon, qui devait ainsi remplacer son patron empêché. Si on présume encore que Fillon viendrait bientôt au Cameroun, on peut cependant affirmer qu’il ne sera pas au défilé du 20 mai prochain; il prétexte la tenue d’un conseil ministériel (comme pour faire la leçon à l’autre ?). On peut aussi dire que si d’aventure il lui arriver de fouler le sol camerounais, il viendrait pour la défense des intérêts économiques de la France, plutôt que pour la fierté de Paul Biya.

Que cache cette réticence des hauts dirigeants français à se montrer avec Paul Biya ? Pourquoi Biya veut-il à tout prix démontrer qu'il est l'homme des Français?  En réalité, la crise de légitimité du chef de l’État camerounais l’oblige, à tout moment, à impressionner ses concitoyens. Ce qui peut expliquer son acharnement à s’afficher avec les dirigeants occidentaux. Avec la France, l’idée est de démontrer que cette puissance qu’on dit incontournable dans la vie politique du Cameroun est derrière lui et qu’il est inutile d’imaginer qu’elle accepterait un autre que Paul Biya.

Lors de l’investiture de Barack Obama, c’est la queue entre les jambes que le lion de Mvomeka est rentré dans sa tanière, alors qu’un avion avait été affrété pour le conduire à Washington où des rigolos lui on annoncé qu’il était attendu. Un communiqué du Département d’État répétant qu’aucun dirigeant étranger n’y était convié l’a ramené sur terre. Pas son épouse. Chantal Biya a dépensé d’énormes sommes d’argent pour financer une prétendue rencontre des Premières dames aux Etats-Unis, dans le but de rencontrer Michelle Obama. L’intention cachée étant de faire le plaidoyer pour son présidentiel d’époux en quête d’invitation chez le patron de la Maison Blanche. Apparaître comme l’homme des Français et ami des Américains peut contribuer davantage à la mystification qui a cours au Cameroun depuis des décennies...

En réalité, Paul Biya, s’il est un pion français, il n’en reste pas moins un pion minable. C’est un personnage dont la médiocrité ne peut hisser au rang d’interlocuteur de premier plan pour la France en Afrique. Son effacement diplomatique, l’incompétence de ses gouvernements successifs, son mutisme légendaire (qui cache en réalité sa médiocrité), ses manipulations maladroites des lois et institutions démocratiques du Cameroun déçoivent énormément les chancelleries occidentales à Yaoundé. Les ambassadeurs successifs des Etats-Unis d’Amérique, de l’Union Européenne, de Grande Bretagne, etc. ne s’embarrassent même plus des circonlocutions diplomatiques pour critiquer sa politique.

À la fin, certaines attitudes du chef de l’État camerounais paraissent pour le moins inconséquentes. Quand on se rappelle que sous François Mitterrand, Paul Biya s’est présenté comme «le meilleur élève» ; qu’il a pris de tonnes d’engagements vis-à-vis du peuple qu’il n’a pas honorés ; que sans rire, cet homme de 76 ans, a prévu ses obsèques «dans une vingtaines d’années», on croit assister à la représentation de Le roi se meurt, d’Eugène Ionesco. Le roi d’Ionesco n’a jamais vu son royaume se rétrécir, ses ministres devenir des débiles mentaux et surtout, la maladie lui ronger son temps de vie à grande vitesse.

Ceux que l’entourage de Paul Biya présente comme les puissants soutiens, dont le milliardaire Vincent Bolloré, investissent plutôt chez des voisins comme le Congo (environ 500 milliards de Cfa pour le port de Pointe noire, qui deviendra ainsi le plus important d’Afrique centrale) contribuant au déclin du Cameroun dans la sous-région. Le leadership n’est plus camerounais ni gabonais, mais équato-guinéen, toute chose qui contribue sans doute au peu de considération d’une France jadis attentionnée à l’endroit des potentats de Yaoundé et de Libreville. Il est tout à fait clair qu’aux yeux de tous, partenaires de développement et anciens colons, Paul Biya ne passe plus pour un interlocuteur crédible.

Venant Mboua

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