15/12/2009 01:08:27
Copenhague: l'Afrique tape du poing sur la table
Les pays en développement redoutent un abandon du protocole de Kyoto au profit d'un accord moins contraignant pour les pays industrialisés.
Figaro
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Comme des plaques tectoniques en mouvement, la conférence sur le climat de Copenhague voit quotidiennement des failles s'ouvrir et des forces s'affronter sans que l'on sache encore, à quatre jours de la fin, si le terrain va se stabiliser.

Lundi, c'est le bloc des pays africains qui a fait parler de lui. En fin de semaine dernière, déjà, les francophones n'avaient guère apprécié que la présidence de la conférence ne juge pas utile d'organiser des traductions lors d'une séance plénière. Ce qui est la règle à l'ONU. Mais, lundi, le groupe Afrique (53 pays), emmené par le responsable des négociations pour l'Algérie, a demandé la suspension des discussions dans la matinée en accusant les pays industrialisés de vouloir «tuer le protocole de Kyoto». Les pays africains, comme la plupart des pays en développement, redoutent depuis le début du processus d'être pris dans une sorte de marché de dupes : on arriverait à un accord final qui, certes, pourrait rassembler autour d'un texte les 192 pays participant aux discussions, mais qui n'aurait pas de caractère obligatoire. Tout au moins dans l'immédiat. Ils refusent donc que les négociateurs abandonnent les discussions sur le protocole de Kyoto, «le seul texte qui induise des engagements contraignants pour les pays développés», rappelle Jose Endmundo, le ministre de l'Environnement de la République démocratique du Congo.

Conclu en décembre 1997, le protocole impose aux 37 pays industrialisés qui l'ont ratifié et à l'UE de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Pour les pays en développement, qui sont exonérés de ces obligations, ce document offre une «paroi étanche», commente un négociateur, entre les pays du Nord, qui ont une responsabilité dans l'accumulation de CO2 dans l'atmosphère, et le reste de la planète. La première période d'engagement du protocole arrive à échéance fin 2012. Les pays en développement veulent être certains qu'elle sera prolongée pour une deuxième tranche jusqu'en 2020.

Les chefs d'État arrivent

De leur côté, plusieurs pays industrialisés renâclent, avec un argument : si tous les pays occidentaux sont concernés par Kyoto, un seul y échappe, les États-Unis, qui ne l'ont pas ratifié. Sans oublier que les grands émergents tels que la Chine, l'Inde ou le Brésil sont également épargnés. Cela se justifiait en 1997, c'est moins vrai aujourd'hui. Surtout pour la Chine. «Ce pays est vraiment limite» pour se revendiquer du bloc des moins développés, reconnaît un négociateur.

Dès lors, le Japon ou encore l'Australie ont récemment fait comprendre qu'ils ne voulaient pas prolonger Kyoto. «On ne voit pas pourquoi nous devrions avoir des engagements inscrits dans le marbre alors qu'ils sont gravés dans du chewing-gum pour les autres», ironise un expert européen. Dans ce jeu de pressions permanentes, «tout peut basculer dans un sens comme dans un autre», poursuit-il. Les ministres qui sont officieusement entrés dans les négociations ce week-end en seront officiellement investis ce soir. Mais le temps se resserre. Déjà est évoquée l'arrivée des premiers chefs d'État ou de gouvernement ce mercredi. «Les dirigeants sont pratiquement en route. Leur rôle est important, mais les négociateurs et les ministres ne peuvent pas tout leur laisser», a insisté Ed Miliband, le ministre britannique du Climat. Beaucoup ont en mémoire le sommet de La Haye, en 2000 : la présidence avait alors fait le pari que les politiques débloqueraient tout à la fin. Ce fut un échec.

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