15/05/2009 18:19:00
Shame: Biyitti défend Chantal Biya
Le ministre de la Communication du Cameroun s’est fendu d’insultes contre un journaliste de la diaspora. Un autre lui répond
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“On ne peut empêcher les étoiles de resplendir » voilà le titre (poétique et accrocheur) qui accompagne la tribune que vient de vous accorder (encore une fois ?!) le quotidien Le Jour (édition du 15 mai 2009). Ma première réaction a été de me dire : « Tiens ! Biyiti bi Essam se considère comme une étoile ». Aussi est-ce avec une grande satisfaction, que j’ai constaté dès les premières lignes, que vous ne parliez pas de vous (ce qui est une belle leçon de lucidité !), mais de ...Mme Chantal Biya.

Aussitôt, ce sentiment s’est transformé en colère, en indignation, en révolte. Non pas parce que vous parlez de Mme Chantal Biya comme une étoile. Mais parce que vous…M. Biyiti bi Essam, ministre de la Communication au sein du gouvernement actuel de la république du Cameroun, vous faites une sortie publique pour répondre à des potins. Alors, je vous pose la question : M. Biyiti Bi Essam, est-ce pour cela que vous êtes payé par l’argent du contribuable camerounais ? Est-ce pour cela que Paul Biya vous a nommé à la tête du ministère de la communication, pour « défendre l’image » de sa femme ? Qui sait ?

Peut-être allez-vous bientôt reprendre votre stylo pour défendre sa fille lorsqu’on apprendra qu’elle a un petit copain ? N’avez- vous donc rien de plus important à faire ? Pourquoi ne pas réfléchir au moyen de doter votre ministère ou la CRTV d’écrans géants – ce qui vous évitera prochainement d’aller les louer au Gabon- ? Pensez-vous que c’est par ce type de procédé que vous allez vous extirper de la fange dans laquelle vous êtes empêtré jusqu'au nez ? À moins qu’il ne s’agisse d’un baroud d’honneur, sentant la fin et surtout l’opprobre qui vient avec, vous discréditer à jamais ?

La première dame du Cameroun, M. Biyiti Bi Essam, est sensée avoir un cabinet civil, un personnel à sa disposition, parmi lesquels  des responsables de communication. Faut-il rappeler ici qu’elle n’a ni fonction, ni attribution officielle ? Par exemple, Mme Biya ne peut poser aucun acte, ne peut prendre la parole nulle part au nom du gouvernement camerounais (et je la sais gré de n’y avoir même jamais songé).

Par conséquent, il ne revient pas à un ministre de la république de réagir à quoique ce soit en rapport  avec l’épouse du chef de l’Etat, sauf si cela interfère dans l’action gouvernementale. Cela devrait faire partie des attributions de la présidence de la République / Cabinet de la Première dame. Le ministre de la Communication, porte parole du gouvernement devrait plutôt s’atteler par exemple à coordonner l’information sur « la vraie-fausse » venue du Premier ministre français au Cameroun, le 20 mai ; ce qui éviterait la confusion qu’on observe depuis quelque temps  à ce sujet…ou encore s’évertuer à définir et élaborer un cadre de travail adéquat et moderne aux centaines d’employés de son ministère. Voilà ce qu’on attend de lui. Voilà pourquoi vous êtres payé M. Biyiti Bi Essam.

Vous, qui parlez de paparazzi, catégorie que vous semblez bien connaître par ailleurs, devriez savoir mieux que quiconque, qu’une photo vaut mille mots…que cette photo soit due au hasard, involontaire ou pas, le message est passé. Pensez-vous, M. le ministre de la Communication, que lorsque Mme Michèle Obama ne se présente pas à ce barnaüm (malgré le lobbying intense mené, malgré les milliards de Fcfa supportés en grande partie par Mme Biya pour organiser cet évènement…), c‘est le fait du hasard ? Non ! monsieur le ministre.

Mme Obama sait et son service de communication aussi le sait,  qu’une présence de la First lady, même de quelques minutes, est synonyme de caution, d’approbation, de soutien. Que n’auriez-vous pas dit, écrit, chanté, louangé, vous, nouveau laudateur de la Première dame camerounaise, si Mme Obama avait fait son apparition à cet évènement ? Que n’auriez-vous pas dit, M. Biyiti bi Essam, ministre de la Communication de la république du Cameroun, spécialiste de la récupération politique ? Je vois déjà le titre dans les organes de presse gouvernementaux « Mme Obama tombe sous le charme de Mme Biya » « Mme Obama appuie les grandes ambitions », etc.

 Et je vais aller plus loin M. BIyiti Bi Essam, lorsque la presse britannique interroge Mme Brown l’épouse du PM britannique, sur sa présence à ce « rassemblement indécent », cette presse, que vous avez si souvent glorifiée, a-t-elle, elle aussi, «sacrifié le journalisme sur l’autel du parti pris politique » ?

Il s’avère juste que cette même Chantal Biya, que vous considérez M. Biyiti comme « une Dame fantastique, récemment reconnue aux yeux du monde dans ce qu’elle est, dans ce qu’elle fait, et dans ce qu’elle apporte par un organisme du système des Nations Unies, l’Unesco en l’occurrence, que l’on ne saurait soupçonner de complaisance.(…)qui est pour les Camerounais de bonne foi de toutes conditions et des toutes opinions, est un capital essentiel, mieux, une valeur refuge » ; cette dame est aussi et d’abord l’épouse du chef de l’Etat du Cameroun. Ce qui lui impose, bon gré mal gré, une retenue, une attention particulière dans tous ses faits et gestes. Ne pas l’admettre c’est ne pas aider cette « Dame fantastique dont le Destin (en tant qu’étoile) est de resplendir au firmament » comme vous dites.

Chantal Biya fait ce qu’elle veut de sa vie, fait des photos avec qui elle veut. We don’t care ! Mais nous avons le droit de nous indigner, de nous offusquer lorsqu’il s’agit de l’épouse du chef de l’Etat camerounais. Pour le moment, Chantal Biya et l’épouse du chef de l’Etat ne font qu’une et une seule personne. Ce qui lui impose une certaine réserve. Ne vous en déplaise, M. le ministre de la Communication du Cameroun et… nouveau Porte parole de Mme Biya.

Et c’est pourquoi, en mon nom personnel et au nom de tous les Ruy Blas des cavernes comme vous avez si bien nommé l’auteur de l’article du Messager (édition du 13 mai 2009), je vous dis :   si vous pensez que le public de la presse camerounaise mérite mieux que ce type de journalistes, je vous dirai en retour à vous M. Biyiti bi Essam, with all due respect, que le Cameroun et la corporation de journalistes de ce pays méritent mieux que vous comme responsable du département ministériel de la Communication, si vos continuez à agir comme vous le faites.

Si vous permettez, je vous donnerai un conseil que tout côtier connaît : si vous êtes entrain de vous noyer, évitez de paniquer et trop gesticuler, cela ne fera qu’accélérer votre descente dans les profondeurs. En d’autres termes, M. Biyiti bi Essam, pour vous sortir du pétrin et trouver grâce aux yeux de Paul Biya (puisque tel semble être votre ultime objectif de survie politique) communiquez juste et juste communiquer. Ni plus, ni moins. Surtout n’oubliez pas, en achetant  des dictionnaires à offrir à certains dans la presse privée, procurez-vous donc, pour vous-même, celui sur les expressions  de la langue française et cherchez celle-ci : «…parfois il vaut mieux se taire que dire des inepties ». 

Cyrille Ekwalla

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