01/01/2010 21:45:40
"Devoir de mémoire" pour le cinquantenaire de l'indépendance
Le Cameroun marquait vendredi dans une certaine discrétion le cinquantenaire de son indépendance de la France, obtenue le 1er janvier 1960, et prévoit des manifestations sur plusieurs mois "par devoir de mémoire" notamment envers ceux qui "ont sacrifié leur vie" pour cette cause.
AFP
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Marquer ce cinquantenaire est "un devoir de mémoire", le défi majeur est de "pouvoir raconter l'Histoire du Cameroun" jusque-là peu connue par beaucoup de Camerounais, a affirmé la ministre de la Culture, Ama Tutu Muna.

Les festivités ont été lancées jeudi soir à Yaoundé avec un spectacle organisé par son ministère ayant donné à voir divers artistes. Mais vendredi matin, les habitants semblaient plus préoccupés par la gestion de l'après-réveillon de Nouvel An que la fête de l'indépendance qui, selon de nombreux Camerounais, n'a pas été officiellement célébrée depuis 1972.

Léopold Monthé, quadragénaire, n'a su la date de l'indépendance "que depuis cinq ans" alors que, assure-t-il, "beaucoup de compatriotes ne le savent pas".

Dans un message à la Nation jeudi soir, le président Paul Biya a aussi invité ses compatriotes au devoir de mémoire.

"Souvenons nous qu'avant l'indépendance, certains en avaient rêvé, ont combattu pour l'obtenir et y ont sacrifié leur vie. Notre peuple devra leur en être éternellement reconnaissant", a déclaré M. Biya.

"Ce 1er janvier 2010 doit être pour nous tous à la fois un jour de recueillement en mémoire de ceux, aujourd'hui disparus, qui ont contribué à bâtir notre Nation, mais aussi un jour d'allégresse, car ce qui pouvait paraître un rêve inaccessible est devenu réalité", a-t-il ajouté, sans citer de noms.

M. Biya est le 2e président du pays indépendant, après Ahmadou Ahidjo (1960-1982).

Ancien protectorat allemand, le Cameroun avait été placé en 1919 par la Société des Nations - ancêtre de l'ONU - sous mandat français pour sa partie orientale, et britannique pour l'occidentale.

Il a accédé à l'indépendance après une guerre de cinq ans de la France contre les nationalistes de l'Union des populations du Cameroun (UPC). La branche armée de l'UPC a été écrasée au début des années 1970. Un de ses chefs charismatiques, Ruben Um Nyobè, a été assassiné en 1958 par l'armée française.

Pour l'historien et écrivain camerounais Enoh Meyomesse, "il y a une véritable exigence de mémoire" car ce qui est enseigné au Cameroun sur la période des indépendances est "tronqué" depuis le régime d'Ahmadou Ahidjo.

"La France et (...) Ahmadou Ahidjo ont procédé à un lavage de cerveau sans précédent des Camerounais" qui réclament maintenant "la reconstitution de l'histoire de la proclamation de l'indépendance" de leur pays, a ajouté l'historien, soulignant la longue "guerre de la France aux patriotes".

Dans son discours, Paul Biya a assuré que 2010 serait "pour le Cameroun l'année du cinquantenaire de l'indépendance", avec des manifestations prévues sur plusieurs mois. "Les célébrations trouveront (...) leur apothéose le 20 mai, jour de notre Fête nationale", marquant la naissance de la République unie du Cameroun.

La "République unie" a remplacé le 20 mai 1972 "la République fédérale" alors formée par les territoires anciennement sous administration française et britannique.

Le cinquantenaire de l'indépendance précède celui "de la Réunification que nous célèbrerons en 2011. Ces deux temps forts, chargés de tant d'émotions, de souvenirs et de symboles, nous invitent plus que jamais à consolider nos acquis, au premier rang desquels l'unité nationale et la paix", a-t-il affirmé.

La "Réunification" a eu lieu en 1961, lorsque se sont regroupées la zone francophone du pays et la partie sud de la zone britannique (la partie Nord avait choisi d'intégrer le Nigeria).

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE