01/01/2010 21:49:48
L'autre discours
Cinquante (50) ans d'(in)dépendance
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Chers compatriotes, chers frères et soeurs, nous avons tous suivis l’appel du gouvernement demandant aux Camerounais de se lever le 1er Janvier pour célébrer les 50 ans de in dépendance du Cameroun. Bien que de nombreux Camerounais constitués pour la plupart des anglophones contestent encore cette date, préférant le 1er Octobre 1961 date de la réunification des deux Cameroun, il reste que nous entrons dans notre cinquantenaire.

Oui nous devons nous lever pour se rappeler que des soldats comme Ruben Um Nyobe ont sacrifié leur vie à l’hôtel de l’indépendance. Que des combattants comme André Marie Mbida ont dit non à la France et au gouvernement Ahidjo et a passé une partie de sa vie en prison... Oui nous devons nous lever pour nous rappeler que de nombreux Camerounais ont été pourchassés du Pays et même assassiné en exil comme le Dr. Félix Moumié. Que d’autres comme Ernest Ouandié qui sont revenus continuer le combat au Pays ont été arrêtés, condamnés puis fusillés. Oui c’est le moment de penser à tous ceux qui ont été pourchassés massacrés tour à tour par les colons et par les bourreaux du Président Ahidjo et qui ont péri dans les forêts de Matomb, Mbotmakak, ... bref le pays Bassa, dans les forêts de Bangou, Baham, Banka, … bref le pays Bamiléké. Ces derniers ont été présentés aux populations comme étant des maquis, alors qu’ils combattaient tout simplement pour une vraie indépendance du Cameroun. Combien sont-ils 300 000, 400 000, 1 000 000 ou plus, personne ni même l’historien Achille Mbembe qui s’y est longuement penché ne saura véritablement le dire… Oui c’est le moment de se lever pour se rappeler que des artisans comme Dr. Emmanuel Endeley et John Ngu Foncha ont emmené le Cameroun Anglophone à se rallier au Cameroun Francophone. Oui tous les Camerounais doivent se lever pour se rappeler que notre indépendance s’il y en a eu, a été obtenue dans la douleur.

Oui le moment est venu de se rappeler que le Président Ahidjo a muselé les Camerounais dans le parti unique pendant près de 20 ans. Oui nous devons nous rappeler que le Président Biya succède au pouvoir suite à la démission du Président Ahidjo et que ce dernier malgré son despotisme a quand même pu laisser un Cameroun en prospérité à son successeur en 1982. Oui, il est temps de faire une introspection et de voir qu’au Cameroun, nous sommes passés des plans quinquennaux aux programmes d’ajustements structurels, au rang des PPTE (Pays Pauvres Très Endettés), aux C2D, etc. Oui nous devons nous rappeler que ces derniers programmes n’ont apporté au Cameroun et aux Camerounais que la misère, la pauvreté et le chômage.

Ce cinquantenaire du Cameroun, nous donne l’occasion de nous rappeler que les seuls grands moments de joie des Camerounais n’ont été que lors des victoires sportives dont les plus illustres l’ont été avec notre équipe de football depuis la CAN de 1972, en passant par les coupes du monde 1982 et surtout 1990, à nos différents trophées de la CAN, de la coupe Olympique et bien d’autres. Oui ces résultats positifs n’ont rien apporté au Cameroun en terme d’infrastructures sportives et nous ne pouvons pas encore pendant longtemps prétendre à l’organisation d’une CAN ; fermons les yeux sur la coupe du monde... Oui le Cameroun s’est une fois de plus qualifié pour la CAN et la coupe du monde 2010 grâce à l’esprit patriotique et de conquérants de nos lions indomptables. Est-ce que cela pour autant mérite que le breton artisan de dernière minute de cette victoire mérite un salaire mensuel de 650 000 Euros (426 400 000 fcfa) le plaçant au 16e rang des salaires des coachs au mondial au dessus de la France et des USA. C’est vrai qu’il a fait un travail extraordinaire en peu de temps. Toute la question est de savoir, si Nkono aurait eu 20% de ce salaire s’il avait pu qualifier les lions ? A partir de quand allons nous commencer à appliquer dans notre pays le dicton « à travail égal, salaire égal » ? Hier, les colons nous ont discriminé, aujourd’hui les blancs dans leurs Pays nous discriminent. La discrimination continue dans notre pays par nous même. Le cas du football n’est qu’un exemple parmi temps d’autres où les blancs sont préférés aux noirs et bénéficient des salaires faramineux qui n’ont rien à voir avec le mérite.

Pendant cinquante ans les Camerounais ont souffert et continuent à souffrir. Les événements de février 2008 sont là pour nous rappeler de la précarité avec laquelle nous vivons, de l’extrême misère de notre population. Ces événements nous rappellent aussi que nous dépendons après 50 ans de in dépendance de l’extérieur même pour des produits provenant des technologies essentielles longtemps maîtrisés par la science qui sont aujourd’hui au stade du  développement. Je pense aux vélos, aux motos, aux calculatrices, aux téléviseurs et pourquoi pas à certaines voitures, …Notre système agricole est encore artisanal et la transformation locale quasiment inexistante. Toutefois, les changements récents dans les villes de Douala et Yaoundé sont là pour témoigner qu’avec des efforts patriotiques et citoyennes nous pouvons changer notre Pays en peu de temps et éviter que les jeunes ne continuent de mourir dans des aventures en quête des lendemains meilleurs.

Chers frères et sœurs, cinquante ans sont suffisamment longues. C’est plus que le temps que l’Allemagne totalement détruite par les deux guerres a utilisé pour se reconstruire et devenir la quatrième puissance économique du monde. C’est plus que le temps que les Pays comme les Corée, la Chine, le Brésil, le Canada ont utilisé pour se positionner parmi les grandes nations du monde.

Oui, chers frères et sœurs, nous devons nous lever des quatre coins du Cameroun, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, ainsi que dans la diaspora, non pas pour festoyer de notre misère, mais pour réfléchir sur notre avenir. Qu’allons nous faire chacun à son niveau pour que les cinquante prochaines années ne ressemblent pas aux précédentes. La réussite ou l’échec d’un Pays est une responsabilité collective et chacun doit y contribuer. La pensée du Pasteur Martin Luther King « si cela tombe sur vous de balayer, alors balayez les rues comme Michel Ange fait des peintures, comme Shakespeare écrit de la poésie, comme Beethoven compose de la musique, balayez les rues si bien que tous les hôtes du ciel et de la terre feraient un break pour dire : ici a vécu un grand balayeur qui a bien fait son travail » me semble être un guide pour notre futur. Oui chers frères et sœurs, chacun doit apporter du sien dans la construction du Pays. Mais l’exemple doit venir du haut. Ne dit-on pas que le poisson commence à pourrir par le haut ! 2010 doit être pour nous une année de réflexion, une année de définition de nos stratégies pour un changement véritable. Les politiciens doivent cesser de s’insulter pour nous proposer des projets de sociétés dignes des capacités de développement du Cameroun. Oui le moment est venu de réfléchir à l’alternance au Cameroun. Les marches de soutien organisées ça et là dans le Pays pour demander au Président Biya de se représenter aux élections présidentielles ne favorisent pas le jeu démocratique et l’alternance. En 2011, le Président Paul Biya aura fait 29 ans au pouvoir, avec 14 ans avec l’actuel système. C’est notre responsabilité collective d’aider notre Président à laisser le pouvoir en 2011, non pas en l’insultant, en le menaçant, car il incarne l’autorité d’une nation mais en proposant des alternatives, en le rassurant sur sa sécurité après 2011. Monsieur le Président, je sais que vous aimez autant le Cameroun comme les 20 millions de Camerounais que nous sommes et même mieux que beaucoup d’entre-nous. Monsieur le Président, en ce jour marquant nos 50 ans de dépendance, que dis-je d’indépendance, vous devez faire votre introspection pour vous rendre compte que lorsqu’on gère même une boutique, si après 30 ans il n’y a pas de sang neuf, même le plus brillant du monde ne pourra plus innover. Je sais que certains dirons qui sont-ils aujourd’hui les opposants au Cameroun. La réponse vient des USA. Personne ne connaissait le Président Obama avant les élections Présidentielles.

Monsieur le Président, le moment est venu de penser à votre retraite, de ne pas écouter ces ventrilogues qui marchent pour vous demander de vous représenter. Vous serez un très grand patriote respecté comme Nelson Mandela si en 2011 vous organisez des élections libres et transparentes pour favoriser l’émergence des Camerounais ayant des projets de société viables pour le Pays. Les Camerounais de tout bord comptent sur votre sagesse.

Que Dieu Bénisse le Cameroun pour les 50 prochaines années.

Adrien Djomo











Adrien Djomo

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