06/01/2010 17:20:35
Alternance politique : les pressions de la France pour la vice-présidence
Pour éviter le chaos au sommet de l’Etat en cas de force majeur, les autorités politiques françaises poussent le président Biya vers une nouvelle modification de la Constitution. Le poste de Vice-président de la République en jeu. 27 ans après un règne controversé à la tête de l’Etat camerounais, Paul Biya devrait-il une fois de plus être candidat à sa propre succession ?  
Dikalo
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La question est de plus en plus au centre de plusieurs conversations dans les salons feutrés et dans les chaumières. Mêmes dans les gargotes et les débits de boissons, le sujet n’est plus tabou.

On en parle et allègrement d’ailleurs depuis la publication par la Société de Presse et d’Editions du Cameroun (Sopecam) de l’ouvrage : « Paul Biya l’appel du peuple », une véritable compilation des appels à candidature et des motions de soutien qui sont déposées chaque jour dans les bureaux du quotidien national, à Yaoundé, par les militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) à l’endroit de leur président national et candidat naturel. Mais jusque-là, cela suffira-t-il pour le pousser à briguer un autre mandat ? Les avis sont partagés.

Divergences
Les barons du Rdpc n’envisagent pas encore cette hypothèse. Cela s’est vérifié à l’occasion de la présentation officielle et de dédicace de « l’ouvrage du Rdpc. » Il y avait tellement du beau monde à l’hôtel Hilton qu’on aurait cru que la République s’est arrêtée le temps de quelques éloges au « prince. »« La voix du peuple est la voix de la vérité, et la vérité persévère. » Cette phrase du Premier ministre, chef du gouvernement qui présidait cette cérémonie est suffisamment illustrative de l’état d’esprit qui anime certains militants du Rdpc. Pour eux, Paul Biya est le « moindre risque pour le Cameroun. »

Ce que n’acceptent pas les pourfendeurs de la thèse du changement à la tête de l’Etat camerounais. Ces derniers estiment que le moment est enfin arrivé pour Paul Biya de prendre une retraite bien méritée. Car, une retraite ne saurait être une sanction. Bien au contraire. Elle est « l’aboutissement normal d’une carrière passée au service de l’Etat ; elle correspond à une aspiration légitime au repos », comme il l’a si bien souligné lors d’un discours devant la représentation nationale, le 20 juin 1987.

Dans cette adresse, il précisait ainsi et de façon claire son désir du changement. Dans la mesure où la retraite implique implicitement l’arrivée de nouveaux hommes. « Si Paul Biya prêche par les discours, pourquoi ne prêcherait-il pas par l’exemple ? » S’interrogent les partisans de la thèse du changement. Surtout que 27 ans, « que peut-il encore apporter aux Camerounais ? »

Ces derniers se souviennent par exemple qu’au lendemain de l’assermentation du président Barack Obama, Paul Biya s’était empressé de lui adresser une lettre de félicitation tout en reconnaissant le caractère historique de son élection. « Or, depuis 1982, année où Paul Biya a accédé au pouvoir, il a vu arriver à la Maison Blanche 5 différents présidents américains grâce aux changements. Il s’agit entre autres de Ronald Reagan, George Bush (père), Bill Clinton, George W. Bush (fils) et Barack Obama. Qui plus est, le président Obama, âgé aujourd’hui de 48 ans seulement. Il n’avait que 21 ans quand M. Biya pris le pouvoir. À quand la retraite de notre président ? » Fulminent-ils.

Repos mérité
Après 27 ans de règne, il est indéniable que le président Paul Biya a amassé une bonne expérience qui fait de lui, sans nul doute, l’un des sages du continent africain, du moins pour ce qui concerne la praxis de la politique. Et c’est à raison que des « louveteaux » de la trempe d’Ali Bongo viennent s’abreuver à sa source. Une notoriété qu’il gagnerait à expérimenter pour entrer définitivement dans l’histoire du Cameroun et du monde, comme l’ont précédemment fait Abdou Diouf, qui prit le pouvoir au Sénégal (1981) presque à la même période que Paul Biya (1982), Matthieu Kerekou, Alpha Oumar konaré et Obansadjo ; des hommes d’Etat qui ont pris leur retraite et vendent désormais leur expertise dans le monde entier.

Certains pays Africains, soucieux du bon fonctionnement de la démocratie et du bien fondé des idées nouvelles, résultats de l’alternance à la tête du pays, ont assemblé dans leur Loi fondamentale un âge limite pour être candidat à la présidence de la république. En guise d’exemple, le Bénin dans l’article 44 de sa Constitution a fixé à 70 ans l’âge maximum pour se porter ou pour se représenter candidat à la présidence de la République. Une disposition qui a poussé Matthieu Kerekou à se retirer, alors que Nicéphore Dieudonné Soglo, candidat emblématique de l’opposition, frappé par la limite d’âge, a aussi été contraint de passer la main à un plus jeune. Pourtant, le Bénin n’est pas tombé dans un chaos avec le départ à la retraite de ces figures emblématique de la politique béninoise.

Le problème de l’alternance à la tête du Cameroun entraîne des sueurs froides. Même au niveau diplomatique, le sujet aurait été abordé lors de l’entretien que Nicolas Sarkozy a accordé à Paul Biya, lors de sa visite d’Etat en France. La France souhaiterait justement que le président Paul Biya envisage une nouvelle révision de la Constitution camerounaise pour instaurer un poste de vice président. Les pressions françaises se sont accélérées ces dernières semaines et il est fort probable que dans un avenir très proches, le sujet soit à l’ordre du jour de la session de l’Assemblée nationale en mars prochain. Paris ne souhaite pas que ce soit le chaos en cas de départ « prématuré » de Paul Biya à l’instar de ce qui se passe actuellement en Guinée Conakry.

Rien n’est à exclure. Ajouté au fait que la Constitution de 1996 en son article 6 n’est pas pour faciliter les choses. Dans cet article, on peut par ailleurs lire qu’en cas de vacance du Président de la République pour cause de décès, de démission ou d’empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel, la présidence du pays est assurée par le Président du Sénat ou son suppléant. Or, sur le plan pratique ces instances n’ont pas encore pris corps après plus de 14 ans après leurs créations. Chaud devant !

Thierry Nyope

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