11/06/2013 02:30:10
Déchéance ? Iya Mohammed arrêté et incarcéré au Sed
Descente aux enfers pour Iya Mohammed. A la Fécafoot, ses collaboratuers s’en remettent à la Justice
Vers une fin de règne de 30 ans à la Sodécoton ?
Le Messager
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Iya Mohammed

Descente aux enfers pour Iya Mohammed. A la Fécafoot, ses collaboratuers s’en remettent à la Justice
Vers une fin de règne de 30 ans à la Sodécoton ?


Interpellé au petit matin du lundi 10 juin 2013 à son retour de l’étranger, le président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) est désormais écroué dans une cellule logée au secrétariat d’Etat à la défense (Sed). Déploiement spectaculaire d’une unité d’élite de la gendarmerie pour sécuriser les lieux.

Comme une traînée de poudres, ce qui n’était encore qu’une rumeur a fini par se confirmer quelques minutes plus tard. Iya Mohammed, directeur général de la Sodecoton et non moins tout puissant président de la Fédération camerounaise de football, a été appréhendé au petit matin d’hier et écroué dans une des cellules du Secrétariat  d’Etat à la gendarmerie (Sed). A l’extérieur des murs abritant ce camp militaire, tout semble calme comme à l’ordinaire. Pourtant, un dispositif spécial de sécurité vient d’y être déployé. Par exemple, tout usager qui s’avise de s’y arrêter ne serait-ce que pour quelques petites secondes est sommé de quitter les lieux, par un adjudant-chef de la gendarmerie posté en face, les bras croisés.

A la guérite, passage intournable pour tout visiteur, il faut montrer patte blanche, décliner son identité, l’objet de la visite. Exceptionnellement, un gendarme major en tenue obstrue le passage déjà très réduit qui mène à l’intérieur. Ne disant rien à personne, il s’assure que les personnes entrées ont bel et bien été identifiées. Dans la cour avant, des gendarmes vont et viennent. A l’extrême gauche de la cour, des mécaniciens sont à la tâche. Ils s’attellent à dépanner un camion de la gendarmerie.

A l’arrière de la cour, où est logé l’atelier de soudure, tout semble normal. Ce n’est qu’en approchant du secteur réservé à la détention des prisonniers « de luxe », que l’on se rend compte que l’accès y est impossible. C’est là que sont détenus les Marafa Hamidou Yaya, ancien secrétaire général à la Présidence de la République et ex-ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Yves Michel Fotso,  l’ancien administrateur directeur général de l’ex-Camair, Emmanuel Gérard Ondo Ndong, l’ancien directeur général du Fonds spécial d’équipement et d’intervention inter-communal (Feicom)… C’est là que, selon nos sources, le directeur général de la Sodecoton a été conduit où une cellule a été aménagée pour l’accueillir. Mais, difficile de le vérifier, la zone étant quadrillée par des éléments du Groupement polyvalent d’intervention de la gendarmerie nationale (Gpign) tous de noir vêtus.

Ce corps d’élite créé par décret présidentiel en 1995 est réputé pour sa rigueur dans le travail. « Iya Mohamed est bel et bien ici depuis 8 heures du matin. Il a été interpellé au petit matin par nos éléments. Mais vous ne pouvez pas le voir», tranche un officier supérieur de la gendarmerie nationale rencontré sur les lieux. Selon nos sources internes à la gendarmerie nationale, « il va y passer sa première nuit ce lundi. Plusieurs des personnes interpellées dans le cadre de l’opération Epervier ne sont sorties d’ici après leur interpellation que pour aller au tribunal.». Tout laisse croire que le même sort pourrait être reservé à Iya Mohamed...

A en croire des sources généralement bien informées, Iya Mohammed est interpellé dans le cadre de ses fonctions à la tête de la Sodécoton et non à la Fécafoot. Dans son édition de 17 heures, le journal parlé de la Crtv parlait hier de « malversations financières », évoquant notamment les conclusions du Conseil de discipline budgétaire et financière du Conseil supérieur de l’Etat qui avait évoqué une vingtaine de fautes de gestion ayant causé un préjudice d’environ 9 milliards Fcfa -somme pour laquelle le concerné a été mis en débet- à l’entreprise pour la période allant de 2005 à 2010. Une position qui tranche avec le satisfecit que le conseil d’administration de la Sodecoton a prononcé quelques semaines plus tard sur la gestion du directeur général qui recevra même un quitus pour sa gestion taxée d’exemplaire. On parlait alors d’un bénéfice d’environ 6 milliards Fcfa sur le seul exercice 2012.

Au Tribunal criminel spécial (Tcs), juridiction habilitée à juger Iya Mohamed s’il était finalement inculpé, rien ne filtre pour le moment. Tout au plus, d’aucuns évoquent un « dossier épais ». A l’étage, se déroule l’affaire Olanguena Awono (l’ancien ministre de la Santé publique) accusé de détournement des deniers publics. En bas dans les services administratifs, aucune disposition particulière ne semble avoir été prise pour accueillir la victime de cette nouvelle prise de l’Epervier. Au Hilton hôtel de Yaoundé, où il aurait été interpellé selon certaines sources, personne ne veut se prononcer sur le sujet. Mais à la gendarmerie nationale, on assure qu’Iya Mohamed a été interpellé à l’aéroport, alors qu’il revenait de l’expédition malheureuse des Lions Indomptables au Togo. Jusqu’au moment où nous allions sous presse hier soir, dans son entourage, on affirmait qu’aucune notification ne lui a été faite au sujet des faits que la justice lui reproche. On ne perd rien à attendre. Aux dernières nouvelles, une garde à vue de 48 heures lui a été noifiée.

Joseph Flavien KANKEU

A la Fecafoot... Ses collaborateurs s’en remettent à la justice

Pas de panique ! Quoique surpris par la nouvelle de l’arrestation de leur mentor, ceux-ci se refusent au moindre commentaire sur la question, non sans jurer de le revoir très bientôt retrouver la liberté.

Ambiance ordinaire au siège de la Fecafoot ce lundi 10 juin 2013 sis à Tsinga. Comme tous les jours ouvrables de la semaine, le personnel vaque tranquillement à ses occupations. Il est un peu plus de 12h et rien ici ne laisse présager d’une mauvaise nouvelle. A l’entrée de la bâtisse, les vigiles, comme il est de coutume, filtrent les entrées. Il faut montrer patte blanche pour franchir le portail métallique qui donne accès à la cour principale de cet édifice vieillissant. Dans le parking sont garés les véhicules de certains responsables au premier rang desquels l’imposante 4X4 de Tombi à Roko Sidiki, le secrétaire général de la Fecafoot. « Il est là en haut dans son bureau avec des visiteurs. Tu ne peux pas le voir maintenant », renseigne un homme vêtu d’un polo défraîchi à qui le reporter du Messager a demandé où se trouve le Sg. Tout à côté, Robert Depays, le responsable de la sécurité discute en aparté avec un dirigeant de club de D1.

Dans le hall, pas une seule silhouette. Tout est calme. Le babillard ne porte aucune annonce spéciale si ce n’est le chronogramme des activités liées au football féminin durant les mois de mai et juin ; le communiqué qui annonce le tirage au sort des 32e de finales de la Coupe du Cameroun et quelques annonces utiles destinées aux entraîneurs des sélections nationales et aux arbitres du championnat de football professionnel. Dans le bureau de Junior Binyam, le responsable de la communication, l’ambiance n’est pas de tout repos.

La pièce ne désemplit pas. Entre confrères, amateurs du football et quelques rares administrateurs du bureau exécutif de la Fédération, on vient s’enquérir de l’évolution de la situation du président Iya Mohammed, annoncé au Secrétariat d’ Etat à la défense (Sed) depuis 7 h du matin. Les téléphones portables du chef du département communication de la Fecafoot ne cessent de crépiter. Au bout de la ligne, des confrères exerçant dans des médias étrangers qui veulent en savoir davantage sur la question. C’est le cas de la Radio France internationale (Rfi) avec laquelle l’homme passe environ dix minutes à discuter.

Déculottée

C’est que, toutes les deux minutes, Junior Binyam, très à l’aise en français comme en anglais, les informe en fonction des dernières nouvelles en sa possession. « M. Iya n’a pas été arrêté ; il est interpellé et cela n’a rien à voir avec la gestion de la Fecafoot. Il doit certainement s’agir d’autre chose puisque je l’ai eu au téléphone tout à l’heure et il m’a dit qu’on ne lui a même pas encore donné les motifs de son interpellation. Il attendait encore que ses avocats le retrouvent là-bas », précise le patron de la communication à des interlocuteurs qui tendent à orienter le débat vers la gestion jugée chaotique de l’instance faîtière du football camerounais imputé à ce natif de Garoua.  D’autres collaborateurs d’Iya Mohammed que nous avons rencontrés dans les bureaux refusent catégoriquement de se prononcer sur la question ; préférant s’en remettre à la justice du Cameroun, qu’ils disent équitable et applicable à tous. « Nous, on sait que c’est juste un contrôle de routine. Ce n’est pas la peine de s’inquiéter ou d’alarmer l’opinion publique. Allah est grand», commente un responsable du service financier avant de prendre sa pause.

A 13 heures, il est temps de libérer momentanément les bureaux pour « manger un bout » au restaurant d’à côté. L’air plutôt serein, ils ne souhaitent en aucun moment donner l’impression qu’ils sont éprouvés par l’interpellation de leur mentor en qui ils continuent de jurer respect et fidélité. D’autres parmi eux, s’étonnent de ce que « l’affaire » éclate au lendemain de la déculottée des Lions à Lomé (2-0) dans le cadre de la 4e journée des éliminatoires au mondial brésilien de 2014. Et surtout à quelques jours seulement de l’Assemblée générale élective annoncée le 19 juin prochain. Une façon à peine voilée d’invoquer la théorie du complot ?

Christian TCHAPMI   
 




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