22/01/2010 15:58:16
Opération Epervier: et si le RDPC était le véritable coupable ?
« Un peu comme une mère qui, après avoir consommé l’argent du vol que son fils a amené, condamne par la suite ce dernier pour se dédouaner lorsque celui-ci est arrêté par les forces de l’ordre »
Le Messager
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Depuis que la phase III de « l’Opération Epervier » a été lancée en ce début d’année 2010, au siège du « Parti des flammes », au Palais des congrès de Yaoundé, ses hauts cadres refusent de faire profil bas. Au contraire, proclament-ils, ils entendent garder la plus grande sérénité. « Cela fait mal, mais alors très mal, de voir que des camarades sont arrêtés et envoyés en prison. Mais vous savez, nous sommes dans un Etat de droit. Ceux à qui la Justice reproche des choses, doivent pouvoir répondre de leurs actes.

Certes, on peut se désoler de ce qui leur arrive, mais il faut savoir que nous militants du RDPC, sommes tous solidaires du président national de notre parti, qui est aussi président de la République dans la lutte qu’il a engagée contre la corruption et les détournements des fonds publics. Après les petites émotions que certains peuvent avoir de voir que nos camarades sont embastillés, la vie continue... »
, clame un haut cadre du comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC).

La réalité est qu’au sommet du parti au pouvoir au Cameroun, on semble avoir définitivement tourné le dos à ces militants et cadres pris dans les serres de l’Epervier. « Un peu comme une mère qui, après avoir consommé l’argent du vol que son fils a amené, condamne par la suite ce dernier pour se dédouaner lorsque celui-ci est arrêté par les forces de l’ordre », se gausse un cadre de l’Alliance des forces progressistes (AFP), un parti de l’opposition camerounaise.

Pour notre interlocuteur, « il apparaîtra assez difficile pour le RDPC comme parti au pouvoir, de ne pas être à la fois responsable et coupable, du moins sur le plan moral, de ce que notre pays connaît actuellement, à savoir, des détournements massifs et permanents des fonds publics au Cameroun, et une corruption morbide qui semble désormais être ancrée dans les mœurs de nos dirigeants. Ce sont les militants et hauts responsables de ce parti qui depuis, sont arrêtés actuellement dans le cadre de l’Opération Epervier. Faire la politique de l’autruche comme on le voit en ce moment au sein du RDPC, est quelque d’un peu honteux. »

Ligne de défense
Comme en réponse à cette accusation, les idéologues du régime précisent que « le RDPC n’a envoyé personne piller les fonds publics ». Au sein de l’opinion publique camerounaise qui se fonde sur le mode de vie et de fonctionnement des cadres du RDPC qui gèrent la fortune publique, une telle ligne de défense apparaît plus que fragile. « On a tous le sentiment que les fonctionnaires et autres cadres de l’administration qui ont réussi par des manœuvres frauduleuses à mettre le grappin sur la fortune publique, viennent par la suite jouer les élites et les militants politiques du parti dominant au village.

Le spectacle de ces élites assises aux premières loges lors des manifestations politiques, avec les écharpes du RDPC autour du cou est très souvent impressionnant. Et plus impressionnant encore lorsqu’on apprend que ces élites qui en ont mis plein la vue aux pauvres paysans ont été arrêtées et mises en prison pour détournements de fonds publics. On a donc tous tendance à croire que le RDPC a dans ses rangs, à une forte majorité des délinquants de la fortune publique. Il s’agit hélas, d’un jugement qu’il est bien difficile de nuancer »
, analyse un prêtre catholique enseignant à la Faculté de gestion de l’Université catholique d’Afrique centrale.

Il s’agit là d’une analyse que ne partagent pas du tout bon nombre de militants et cadres du « Parti des flammes ». Louis Roméo Dika Ndoumbé est de ceux là. L’artiste musicien et juriste, qui a longtemps travaillé au cabinet de l’ancien secrétaire général du comité central du RDPC, Joseph Charles Doumba, aujourd’hui ambassadeur itinérant à la présidence de la République, se veut sentencier : « Nous ne pensons pas que dans le fonctionnement du RDPC, il y ait une directive instruisant les militants et autres cadres de profiter de leurs diverses positions soit au gouvernement soit à la tête des sociétés d’Etat pour financer le parti.

Le RDPC est un parti politique comme tous les autres. Ses statuts précisent qu’il peut bénéficier des financements publics, des cotisations des militants et sympathisants, des contributions et donations diverses »
. Il précise par ailleurs que : « Lorsque vous vérifiez la trésorerie du parti hier comme aujourd’hui, en dehors des hommes d’affaires bien identifiés, aucun militant du RDPC, fonctionnaire, membre du gouvernement, directeur général et autres n’arrivent pas à financer le parti à hauteur de millions de Fcfa comme on entend ça et là. Il est donc incongru, dans la lutte contre la corruption et pour l’assainissement des mœurs que conduit le gouvernement de la République, que le RDPC soit accusé d’abriter des délinquants. Aujourd’hui le RDPC est au pouvoir.

L’Epervier pose ses serres sur certains de ses militants. Ce serait la même chose si un autre parti était au pouvoir et que ses militants commettaient quelques impairs avec la fortune publique. Dira-t-on alors que ce parti est coupable ou complice de ces actes ? En tout cas, tout militant du RDPC qui a une bonne connaissance des textes devrait pouvoir savoir quelles sont les catégories des militants qui contribuent dans l’esprit de l’article 29 des statuts.

Et par expérience, je peux vous dire que si les hommes d’affaires contribuent par évènements pour plus de 10 millions de Fcfa, les membres du gouvernement et autres directeurs généraux ne donnent pas chacun plus de deux millions de Fcfa. On est donc surpris d’apprendre qu’on accuse certains d’avoir détourné des centaines des millions de Fcfa. A ce niveau, cela peut être choquant pour le parti. ». Ce qui est loin de convaincre l’opinion.

Jean Francois Channon

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