08/08/2013 01:54:59
Affaire Tonye Bakot. Comment l'archevêque de Yaoundé a été broyé
La descente aux enfers d'un prélat détesté. Ses relations incestueuses avec l’argent
Le Messager
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Tonye Bakot

Après la renonciation de  Mgr Tonyè Bakot. L’archidiocèse de Yaoundé à la croisée des chemins

L’Eglise catholique qui est à Yaoundé vient de vivre un des moments clés de son histoire avec la renonciation de son ordinaire. Depuis toujours, l’archidiocèse de Yaoundé du fait de sa situation dans la capitale du Cameroun a toujours connu des turpitudes entre influences diverses et tribalisme au sein du clergé.

1)-Comment l’archevêque de Yaoundé a été broyé

Cinq jours après la signature de l’acte de sa renonciation de la charge pastorale d’archevêque métropolitain de Yaoundé, Mgr Simon-Victor Tonyè Bakot s’est retrouvé au Monastère des bénédictins du Mont Fébé  à Yaoundé. Samedi 3  août 2013, après avoir reçu l’autorisation de l’administrateur apostolique, Mgr Jean Mbarga, le désormais archevêque émérite de Yaoundé est allé dire une messe au cours de laquelle il a donné le sacrement de mariage à un couple dont la mariée était l’une des filles du ministre Ismaël Bidoung Mkpatt.

La messe qui s’est déroulée à la chapelle des bénédictins du Mont Fébé était très courue. Non seulement par des parents et amis des mariés, mais aussi par de nombreux chrétiens et curieux désireux de scruter les attitudes du 4è archevêque de Yaoundé, qui venait de renoncer à sa charge d’ordinaire des lieux. Mgr Tonyè Bakot, bien qu’ayant le sourire un tout petit peu crispé, donnait l’impression d’un homme serein. Et c’est tout naturellement qu’il a serré de nombreuses mains, pris des photos, et accordé sa bénédiction à tous ceux qui le voulaient.  L’ambiance était telle que, beaucoup de fidèles présents à cette messe nuptiale, avaient de la peine à croire que l’homme de Dieu qui était au milieu d’eux, avait perdu son pallium d’archevêque quelques jours avant, et que désormais il fallait le considérer comme ancien archevêque métropolitain de Yaoundé.

A dire vrai, il a fallu que Mgr Simon-Victor Tonyè Bakot, théologien averti et homme de Dieu à la mystique bien évidente, soit si naïf pour n’avoir pas cru que ses jours étaient comptés à la tête de l’Eglise catholique de Yaoundé. D’aucuns chuchotent même qu’il en avait été averti par ses entrelacements au Vatican. Mais dans une Eglise catholique romaine où les réseaux au sein de la Curie romaine ont pignon sur rue, il semble que Mgr Simon-Victor Tonyè Bakot aurait cru que tous les vents renversants dressés contre lui, n’allaient avoir que le dessein de cette tempête qui tourmentait la barque où se trouvait le Seigneur Jésus et ses disciples, et qui fut calmée d’un geste de la main par le Christ. 

Que nenni ! Car tout est allé très vite pour lui. Et l’Eglise a eu la main très rude contre ce serviteur qui a donné plus de 25 ans de vie comme Apôtre de Jésus-Christ. Mieux, il a ainsi été broyé par le rêche système de l’Eglise catholique qui, depuis l’avènement de Benoit XVI, mais surtout l’élection récente du Pape François, ne tolère pratiquement pas ces ubuesqueries  qui se disent autour des prélats sur qui pèsent des soupçons au sujet de la gestion indélicate des ressources diverses de l’Eglise, et dont les apostolats sur le terrain ont des échos controversés.

2)-La Passion d’un prélat détesté

Mgr Simon-Victor Tonyè Bakot aura été pratiquement assommé par ce qu’on peut appeler aujourd’hui « l’irrévocable appel à sa renonciation ». Samedi 27 juillet 2013. Il est environ 12h à la Basilique Marie Reine des Apôtres de Mvolyé. Celui qui est encore archevêque de Yaoundé  vient d’achever la messe pontificale qu’il célèbre en l’honneur de l’amicale de toutes les chorales catholiques du département du Mfoundi. Ont pris part à cette messe l’ensemble des élites de premier plan de la capitale. La joie des choristes de cette amicale est inéfable. Un buffet était prévu pour succéder à la célébration eucharistique. Le prélat qui vient de quitter la sacristie et qui s’apprête à retrouver ses ouailles est surpris de trouver à la sortie une voiture de la nonciature apostolique qui l’attend. Le nonce apostolique demande à le voir de toute urgence et à l’instant même. L’archevêque s’engouffre aussitôt sans rechigner dans la limousine diplomatique du Saint Siège, direction les hauteurs du Mont Febe, où l’attend Mgr  Piero Piopo, le nonce apostolique au Cameroun et en Guinée équatoriale.

Tout ce qui va se dire entre les deux hommes d’Eglise sera inéluctablement classé sous le sceau du secret ecclésial. Toujours est-il que, la piété chrétienne de l’archidiocèse de Yaoundé qui est mise au courant de cette rencontre, imaginera plus tard de manière logique,  que c’est véritablement à ce moment que Mgr Tonye Bakot sera informé de la décision du Saint Siège de le virer du siège épiscopal de Yaoundé. La forme adoptée est qu’il renonce à sa charge épiscopale, question de rendre dans la dignité son pallium d’archevêque, et surtout de ne pas scandaliser la foi des pauvres et petits chrétiens de l’Eglise catholique.

On apprendra aussi que les deux évêques auraient prié ensemble à la chapelle de la Nonciature,  avant que celui qui venait d’apprendre qu’il n’est plus archevêque de Yaoundé que pour quelques heures seulement encore, ne prenne congé de son hôte. De toutes les façons, lorsqu’il quitte la nonciature apostolique, Mgr Tonyè Bakot sait déjà que le temps de sa renonciation officielle est fixé au lundi en fin de matinée. Et c’est ici que, tel un « condamné », son chemin de croix commence véritablement. On imagine que, comme le Christ en cette terrible nuit au Mont des Oliviers, la veille de sa Passion,  l’homme de Dieu qui a servi à la tête de l’archidiocèse de Yaoundé depuis une décennie, a passé une nuit tourmentée ; voyant évidemment défiler dans sa tête  au moment de sa méditation nocturne, tous ses faits et méfaits à la tête de   cet archidiocèse.

Le lendemain, dimanche 28 juillet, Mgr Tonyè Bakot respecte scrupuleusement son calendrier. Très tôt, il reçoit une intime relation, face à qui il ne peut  résister à la tentation de garder son secret. L’archevêque, face à son destin, se rend par la suite en visite pastorale dans une paroisse de la périphérie de Yaoundé. Il retrouve l’archevêché en début de soirée. Le lundi 29 juillet 2013, est le jour fatidique. L’homme de Dieu, conscient qu’il doit avancer vers «l’événemento» que lui a réservé l’Eglise dit sa messe à son domicile sans laisser apparaître la moindre émotion devant le personnel religieux avec qui il partage la vie communautaire dans son domicile privé. Puis, après le petit déjeuner, il décide de se rendre chez un ancien membre du gouvernement originaire du Mfoundi, avec qui il partage depuis longtemps, bien avant son arrivée à la capitale comme archevêque, une solide amitié. Certainement, dans les confidences de cette visite matinale il aurait annoncé à ce dignitaire du Mfoundi qu’il vit ses dernières minutes d’archevêque de la capitale.

Une source proche de ce dignitaire Ewondo nous affirme que l’archevêque serait apparu humainement très marqué. Après quoi, il regagne son cabinet à la Centrale diocésaine des œuvres (Cdo). C’est là, peu avant-midi, que le nonce apostolique, Mgr Piero Piopo va l’y rejoindre avec Mgr Jean Mbarga, l’évêque d’Ebolowa, convoqué lui, très tôt par l’ambassadeur du Saint Siège. Immédiatement, Mgr Bakot est invité à signer sa renonciation à la charge épiscopale de l’Eglise catholique qui est à Yaoundé. Mgr Jean Mbarga est installé comme administrateur apostolique. La suite est connue.

3)-Mgr Jean Mbarga face à des défis

De toute évidence, ce que certains chrétiens avertis et de bonne volonté de l’archidiocèse de Yaoundé ( loin de tous ces passionnés racontent des histoires peu…catholiques sur cet événement) appellent « le drame de Monseigneur Bakot », se situe formellement dans ce qu’un laïc engagé a nommé par «ses relations incestueuses avec l’argent».

Selon des sources bien introduites, face à ses actes de gestion financière, qui lui sont reprochés, qui sont à tort ou à raison établis, et qui feraient l’objet de dénonciations (par des fidèles bien identifiés, et certains de ses propres collaborateurs prêtres), non seulement auprès des autorités du Cameroun mais aussi du Vatican,  Mgr Simon-Victor Tonyè Bakot a toujours tout rejeté en bloc et clamé son innocence, lorsque les membres de la commission économique diocésaine qui compte des noms tels que Philippe Mbarga Mboa, Gilbert Tsimi Evouna, et madame Morfor,  l’ont de temps à autre interpellé. Mais c’était sans compter avec la détermination des fidèles autochtones et prêtres diocésains du Mfoundi qui ont toujours eu maille à partir avec les archevêques de Yaoundé. Ceux qui ont une mémoire moins courte, n’oublieront jamais ce que ses prédécesseurs Jean Zoa et André Wouking ont enduré avec les sarcasmes et attaques souvent osés de certains prêtres diocésains et de certaines élites du Mfoundi. Et c’est bien cet héritage que l’administrateur apostolique nommé avec plein pouvoir à la tête de l’Archidiocèse va devoir gérer.

Mgr Jean Mbarga, ordonné prêtre de Jésus-Christ à 25 ans, a longtemps œuvré dans cette église locale. Fils de la famille Mvog Manga de l’ethnie Bene dans la banlieue de Yaoundé, il a été tour à tour aumônier des lycées et collèges de l’archidiocèse de Yaoundé, puis responsable de l’apostolat des laïcs à la Conférence épiscopale de Yaoundé. Avant d’aller étudier la théologie morale à Rome. Alors qu’il s’apprête à soutenir son doctorat, il est nommé recteur du grand séminaire interdiocésain de l’Immaculée conception de Nkolbisson. L’anecdote qu’on retient est que surpris par cette nomination, mais surtout pressé de revenir au Cameroun, celui qui était l’abbé Jean Mbarga sera accueilli à son arrivée à l’Aéroport international de Yaoundé Nsimalen par son illustre aîné, en personne. A la mort de Mgr Jean Zoa, il occupera sous Mgr André Wouking le très sensible poste de procureur diocésain (responsable financier), avant de devenir vicaire général au début de l’épiscopal de Mgr Simon-Victor Tonyè Bakot. C’est de ce poste qu’il sera nommé par le pape évêque de l’ancien diocèse d’Ebowa-Kribi.

Au moment où il est nommé administrateur apostolique, l’archidiocèse de Yaoundé se retrouve ainsi à la croisée des chemins. Son premier défi, après les nominations déjà opérées, consistera certainement, à réaliser un audit financier rigoureux de l’archidiocèse. Mais et surtout aussi à apprendre aux prêtres diocésains de Yaoundé, et à toutes les élites chrétiennes catholiques ou autres du Mfoundi, très souvent aveuglés par le tribalisme que l’Eglise catholique est universelle.

Jean François CHANNON   

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