29/01/2010 05:15:01
Haiti: L'afrique se placera t-elle en marge de son histoire?
Le séisme de 7.3 à l’échelle de Richter qui a dévasté Haïti ne laisse personne dans l’indifférence. Les réactions suivies d’actions concrètes  ont été nombreuses, et continuent d’affluer à travers les multiples ONG et réseaux sociaux au nom d’un soudain regain d’humanisme solidaire.
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Un monde de plus en plus conscient de l’imprévisibilité de la nature


La tragédie Haïtienne, au regard des promptes réactions du monde occidental, laisse à penser que les barrières du protectionnisme, de l’immigration, de la discrimination médicale, pharmaceutique, éducative, technologique, et autres arguments de mise en marge de la négrittude se sont envolés, pour une solidarité fut-elle éphémère ou de façade...


Quoi qu’on dise ou pense, tout montre que personne ne devait rester  insensible, inerte, ou les bras croisés face à un tel drame dans un monde ou l’info se twitte à la seconde, et produit un buzz sur la toile en mettant sur l’autel du ridicule, ceux qui se seront mis en marge de l’action commune par le refus de participer. L’on se demande donc si nos multiples participations sont de raison ou de pudeur !


Le drame Haïtien n’est-il pas le point d’interrogation à un monde aveuglé par la voracité, et la prédation d’un capitalisme qui a réussi à s’incruster dans le clergé des idéologies communistes, et socialistes les plus radicales ?
Ce capitalisme acceptable lorsqu’il se limite à un profit favorable aux réinvestissements redistributeurs de richesses, et par la création de l’emploi, mais qui devient très inquiétant lorsqu’il enfreint sous l’alibi du profit, l’éthique, la déontologie,  et les règles régissant l’état de droit (bonus pour Banquiers, et parachutes en or pour Managers et CEO) tout en faisant payer ses frasques au contribuable. Ce modèle économique occidental en quête aires stimulateurs de la valeur ajoutée annihile ainsi la Chine et de la Russie (hier ventricules gauche et droit d’un socio-communisme-anticapitaliste) et les travesti en terres  dont il reste de communistes que les faits de gloire de Mao, et de Lénine trônant sur les grandes places, et esplanades de leurs citées en guise d’égo-vitrines (depuis la chute du mur de Berlin) face à un capitalisme aujourd’hui illusoire, et catastrophique a cause de ses dégâts responsables des multiples crises sociales, et enclin à une refondation urgente de l’ordre financier mondial.


 Ledit capitalisme est aussi le premier responsable des problèmes environnementaux, car il est l’élément moteur d’une course au développement qui obligera les communistes à se mouvoir, sinon de se laisser absorber par l’avancée technologique de l’ennemi capitaliste. Ce qui résultera à une macro production de gaz à effets de serres conduisant  à la dégradation quotidienne de la couche d’ozone, mettant la planète entière face au plus grand changement climatique qu’elle a jamais connue depuis l’ère d’Adam, et surtout en face du plus grand défi de survie. Les conséquences de ce réchauffement climatique ramèneront certainement  à contre-gré le monde entier, dans un socialisme-écologique dans l’espoir d’une survie incertaine qui se révèlera sur le long terme comme une défaite humaine face à la nature, ou nous conduira au clash éliminatoire des nations non compétitives… à savoir les pays pauvres, et l’Afrique (qui en fera les frais suite à son retard technologique, militaire, et surtout pour  sa possession des plus gros gisements de matières premières stratégiques, qui permettent de capitaliser les économies de ceux qui nous endettent par les biais des plates formes de prises d’otages économiques que sont le F.M.I et La Banque Mondiale).

« Est-ce-que les désastres naturels, ou d’autres faits tragiques ne sont que les arguments pudiques d’une reconquête de nos terres, pour une recolonisation sous la robe d’un nouvel impérialisme dit humanitaire ? »


Et si c’était l’occasion d’une réconciliation?


A Haïti, ce peuple dont le regard semble se tourner vers l’Amérique d’oncle Sam, comme pour lui exprimer ses attentes au nom de l’immense population Haïtienne exilée économique en Amérique du nord, semble avoir accepté son destin d’enfant prodige d’une Afrique qui l’avait jeté en pâture pour 500 ans de perdition dans une servitude rémunérée  à coup de fouets, de viols, d’inceste et d’aliénation, est plus que jamais en droit de conquérir sa véritable indépendance, 200 ans après avoir brisé les chaines de Napoléon, et subi l’opprobre d’une France qui ne s’était jamais remise de l’affront de Toussaint Louverture soutenu par sa troupe d’indigènes révoltés.


 Avec l’aide de mère nature qui se montre au dessus de la volonté de l’oppresseur à contenir ce peuple sous la dépendance éternelle, Haïti trouve en ce séisme l’occasion de se défaire de tous ses démons, en révélant au monde ce qui lui reste d’humain dans la précarité la plus radicale, et l’humilité la plus noble tout en restant debout et optimiste pour l’avenir.


 Est-il heureux pour nous de voir parachuter  des cartons de bouffe comme une manne tombant du ciel, et regarder avec quelle hargne nos frères se déchirent comme des bêtes sauvages afin de se procurer une ration alimentaire souillée lors de son crash sur le sol ? A regarder ces images qui passent en boucles sur des chaines de télévisions du monde, on se demande si c’est pour l’incitation à la solidarité humaines que cela est fait, sinon au renforcement des stéréotypes, et autres idées reçues sur les prétendus êtres inferieurs que nous sommes… faciles à avilir en coupant simplement les vivres. Est-ce à cela que doit conduire une lutte de libération nourrie par la force d’un peuple en quête de voies d’émergence?


Depuis 1804, Haïti a connu l’opprobre et la flagellation sous l’onction des multiples dictatures, et coups d’états de la main noire de ceux qui depuis des lustres, entretenaient les paradis fiscaux au sang et à la sueur de ce peuple qui a pu survivre sous les affres de l’oppression.


Saurait-on avoir une solution au problème Haïtien  si la dette des peuples noirs n’est pas annulée ?
Saurait-on avoir une possibilité de développement de l’Afrique, et des Doms si les paradis fiscaux ne sont pas démantelés à la faveur d’un nouvel ordre financier mondial déblayée des multiples entraves du secret bancaire, et d’autres arguments qui servent à flouer les institutions fiscales, et les peuples souverains des sommes détournées par les prévaricateurs.


Enfin, pourrait-on avoir une survie prorogée du capitalisme si l’Afrique et son milliard d’habitants, ne deviennent  pas le nouveau pôle économique, d’un développement durable temporaire ayant tiré des leçons sur les erreurs des nations responsables des problèmes socio-économiques et écologiques actuels ?   


Et l’Afrique dans tout ça ?


J’ai toujours pensé que l’Afrique connaitrait une entorse dans son progrès si elle ne se réconciliait pas avec elle-même, et si elle ne réhabilitait pas sa diaspora immigrée ou esclavagée. L’Afrique a un devoir de mémoire envers cette diaspora qui garde en elle les stigmates de cette ignominie multi-générationnelle.


 Ce séisme est l’occasion pour nous Africains de tendre la main à nos frères, que nous jetâmes à la rue pour des raisons qui furent plus ou moins valables dans le contexte historique des faits, mais qui ont moins de place aujourd’hui parce que nous ne devons plus exhumer les démons de la discorde, mais plutôt invoquer les anges de la paix.


Les réactions promptes du Gabon, de la R.D.C, du Royaume du Maroc, du Sénégal, de la Guinée Equatoriale, de l’Afrique Du Sud, du Cameroun tardif… et d’autres états Africains aux lendemains de cette tragédie, traduisent une posture semi-volontariste qui pourrait être le signe d’un nouveau type de rapports, avec nos frères descendants d’esclaves qui ne ratent pas souvent l’occasion de nous violer l’âme, en extirpant la réalité mémorielle de notre conscience collective, sur notre passé historique dans l’infamie de l’esclavage à chaque conversation.


La reconstruction étant un chantier d’envergure, il urge pour nous de mettre en place une Commission Haïti Reconstruction et Assistance, (C.H.R.A) au sein de la Commission de l’Union Africaine afin de coordonner les dons, et multiples actions africaines avec plus de sureté, professionnalisme, et de sérieux pour éviter de voir les multiples participations dispersées de nos états et individuels, continuer de donner du crédit aux O.N.G occidentales, alors que nous avons une institution valable, et capable de servir d’interface entre l’Afrique et le reste du monde, tout en garantissant aux donateurs que leurs offrandes arriveront aux destinataires sous des formes, soit logistiques, sanitaires ou alimentaires. Telles sont les priorités lors d’une catastrophe naturelle.


La proposition du Président Sénégalais n’étant pas des plus mauvaises, est tout de même à prendre au sérieux du fait qu’aucune raison ne saurait absoudre nos frères de leur africanité.  Même si cette proposition spontanée du Président  wade, ressemble plus à une réaction d’humeur et d’émotion, en vertu de la responsabilité historique du Sénégal (l’ile de Gorée était la bourse de l’esclavage), elle  nécessite des mesures visant à optimiser les procédures, afin de sécuriser le rapatriement de nos frères en terre Africaine par l’éclosion, ou la ponte d’un projet de Réhabilitation Et Réconciliation sous l’égide de la Commission de l’Union Africaine. Chaque noir de la diaspora a droit à un passeport de la nationalité qui correspond au profil géographique de son A.D.N si cela lui convient,  et plus tard d’un passeport de l’Union Africaine (il faut retenir à l’exemple d’Israël, que chaque juif quelle que soit sa position sur cette terre, a droit à sa nationalité Israélienne). C’est une question de volonté politique !


 Ayant observé  quelques gestes honorables, et parfois l’embarras nonchalant des états Africains aux lendemains de cette tragédie, je reste hanté à l’idée de voir  l’Afrique comme d’habitude, se placer en marge de son histoire en laissant les premiers rôles aux autres.
C’est une chance unique pour nous de réparer nos erreurs du passé en nous rachetant une crédibilité dans les cœurs de nos frères déportés. Le vent de l’histoire souffle de notre coté, afin que ce siècle soit effectivement le notre si nous le gérons avec maestria.
« Si hier Haïti fut le symbole de la tragédie noire, aujourd’hui il symbolise la marche vers le progrès dans l’espoir,  et le souffle d’une solidarité Africaine »

Loc Kodie, un citoyen.

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