10/02/2010 13:16:26
Opération épervier : Amadou Ali désamorce une bombe
Le vice-Premier ministre a dû faire lever une mesure décidée par Emmanuel Edou et frappant Marafa, Inoni et Yves Michel Fotso.
Nouvelle Expression
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Le vice-Premier ministre a dû faire lever une mesure décidée par le délégué général à la Sûreté nationale et frappant trois personnalités du régime.
Tous les ingrédients étaient manifestement réunis pour ce cocktail à la saveur d’une crise gouvernementale. Dès le début de la semaine, des sources informées faisaient état de l’existence d’un « message porté », signé du délégué général à la Sûreté nationale qui avait été dispatché à toutes les unités de ce corps. Selon nos informations, Emmanuel Edou avait décidé d’interdire de sortie du territoire camerounais trois personnalités camerounaises : l’homme d’affaires Yves Michel Fotso, l’ancien Premier ministre, Chief Thomas Ephraïm Inoni, et le ministre d’Etat ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.

L’affaire a fait l’effet d’une bombe. Une onde de choc a traversé l’establishment. Sourde et lourde. En raison de la stature des personnalités concernées par la mesure du délégué général à la Sûreté nationale. Yves Michel Fotso, qui avait intéressé la police pour le dossier de l’acquisition d’un avion présidentiel et avait déjà subi le martyr d’une mesure similaire, s’étant vu confisquer son passeport, avant de se le faire rétrocéder avec l’aval du président Biya, réagissant à une « note » de... Emmanuel Edou.

Il y a là aussi Thomas Ephraïm Inoni, ancien secrétaire général adjoint de la présidence de la République, propulsé Premier ministre, « chef de gouvernement », entre 2004 et 2009, et qui avait aussi déjà été interrogé par la police, dans le cadre du dossier fort complexe de l’avion présidentiel. Enfin, y figure Marafa Hamidou Yaya, ancien secrétaire général de la présidence de la République, qui avait fait confiance à Yves Michel Fotso du temps où il pilotait la Cameroon Airlines pour les modalités pratiques d’achat d’un avion présidentiel.

Il y a plus : c’est précisément dans le cadre de cette « affaire » que le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation avait lui aussi été entendu par la police en 2008. C’est dire si la stature des intéressés était susceptible de démultiplier l’effet d’étonnement au sein du régime, et cela d’autant que M. Marafa Hamidou Yaya est encore en fonction…

Ordres venus… d’Etoudi

Selon nos informations, le vice-Premier ministre, ministre de la Justice, garde des sceaux, a marqué sa surprise dès qu’il a été informé de la mesure décidée par le délégué général à la Sûreté nationale. L’attitude de Amadou Ali était d’autant plus compréhensible que Emmanuel Edou aurait agi en réponse à une requête d’un juge d’instruction – récemment rendu célèbre dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire Titus Edzoa » - qui n’avait pas jugé utile de requérir l’aval du procureur de la République, et donc de la Chancellerie.

Il est vrai que, selon des avis informés, le délégué général à la Sûreté nationale - dont beaucoup s’étonnent qu’il n’ait pas pris des précautions minimales s’agissant d’une affaire aussi sensible - se serait contenté d’un rôle d’« exécutant ». Ce qui laisse prospérer l’hypothèse d’ordres venus… d’Etoudi.

Toujours est-il qu’au moment où nous allions sous presse, nous apprenions, de sources bien introduites, que le vice-Premier ministre, ministre de la Justice, garde des sceaux, avait demandé et obtenu que l’exécution de la mesure décidée par Emmanuel Edou soit levée.

Ces développements sont, au demeurant, constitutifs d’un épisode parmi les plus lourds d’enjeux enregistrés dans le feuilleton de « l’opération épervier » ces dernières semaines. Quelques jours plus tôt, des informations puisées à bonnes sources faisaient état d’une liste dressée par la délégation générale à la Sûreté nationale, et forte d’une quarantaine de personnalités frappées de l’interdiction de quitter le territoire. Parmi elles, «une dizaine de hauts responsables en fonction », à en croire des sources crédibles. Détails qui avaient eu pour effet de démultiplier des rumeurs autour d’un supposé réaménagement du gouvernement.

Pour sûr : cette crise gouvernementale évitée est promise à des rebondissements dont il faut s’attendre qu’ils secouent le régime de leurs batailles.

Valentin Siméon Zinga

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE