12/02/2010 15:51:06
Tragédie grecque
Ce qui arrive à la Grèce aujourd’hui risque d’arriver à tous les États qui laissent leurs finances publiques aller à la dérive. L’insouciance a un prix et il peut être élevé.
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Les marchés reprochent deux choses à la Grèce. Depuis son adhésion à la zone euro en 2001, le pays a toujours eu – sauf une fois – un déficit supérieur à la limite européenne de 3 % du PIB. Cette règle est souvent transgressée et on aurait pu pardonner ces écarts. Mais les bailleurs de fonds du pays sont furieux parce que la Grèce a terminé 2009 avec un déficit équivalent à 12,7 % de son PIB alors que le précédent gouvernement avait promis qu’il serait de l’ordre de 3 %. On ne fait pas de promesses en l’air à ses créanciers et les Grecs en paient aujourd’hui le prix.

Les prêteurs se sont mis à douter du sérieux de la Grèce et de sa capacité à respecter ses engagements. Ils ont commencé à exiger des taux d’intérêt de plus en plus élevés pour les obligations grecques, ce qui a rendu la situation du nouveau gouvernement encore plus difficile.

Le malheur, c’est que la Grèce est super endettée, à hauteur de 125 % de la taille de son économie. Le gouvernement grec devra allouer cette année 13 milliards d’euros pour payer les intérêts sur sa dette, soit l’équivalent de 19 milliards de dollars canadiens.

Pour vous donner une idée du fardeau que cela constitue, c’est comme si le gouvernement du Québec (80 % de l’économie grecque) devait consacrer cette année 15 milliards de dollars au service de sa dette plutôt que les 6 milliards prévus au budget. Pour maintenir son déficit au niveau actuel (4,7 milliards), le gouvernement québécois devrait couper pour 10 milliards de dépenses. Cela nécessiterait évidemment d’innombrables et douloureux sacrifices.

Les Grecs en sont rendus là. L’âge de la retraite est repoussée à 67 ans, les salaires sont bloqués dans la fonction publique et on ne remplacera qu’un seul fonctionnaire pour chaque cinq départs. Les budgets de tous les ministères sont coupés de 10 % et même les hôpitaux passeront au bistouri. De plus, le gouvernement grec ira aussi chercher de l’argent en traquant le travail au noir, en imposant les grandes fortunes et même les bâtiments religieux.

La plupart des gouvernements des pays développés disent qu’il faut encore engager des dépenses publiques exceptionnelles pour stimuler l’économie. Ce qui se passe en Grèce est un rappel de l’extrême sensibilité des marchés face à l’endettement colossal des États. J’espère que nos dirigeants en prennent bonne note.

Pierre Duhamel

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