15/02/2010 04:33:42
Côte d'ivoire, la France prépare le soulèvement de la rue
Le blog de Nino
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Manipulation, néo-colonisation, on y est encore. Si la décision de Laurent Gbagbo, de dissoudre le gouvernement et la Commission Electorale est discutable, il est intéressant de noter comment s'articule et s'organise la communication autour de cet événement en France, dans le but manifeste d'envoyer les ivoiriens dans la rue.

Déjà, le fameux article 48, évoqué par Gbagbo pour prendre sa décision est on ne peut plus flou. On ne sait pas son cadre exact, qui peut décider que les conditions d'éxécution sont réunies, quel est le périmètre d'application, etc... En tout cas, cet article doit être remanié dès que possible, pour peut-être introduire des allussions comme dans la constitution béninoise où il est expréssement dit que le président doit rechercher le consensus; il y est constitutionnellement tenu.

 

Bien, j'ai tiqué quand j'ai suivi la nouvelle au journal de 20h de France 2, le samedi 13 Février 2010. Laurent Delahousse, prend un papier et lit à ce qui ressemble manifestement à une information qu'on vient de lui apporter, et qu'il n'a donc a priori pas prévu pour son journal. Il dit alors peu ou prou: "Breaking news de Côte d'Ivoire; le président Laurent Gbagbo a décidé, il y'a quelques heures, de dissoudre le gouvernement et la commission électorale."

Si l'info passe, il est anormal que ça soit via un papier laissé au journaliste entre 2 reportages.Or, la décision datait de la veille à 21h. Il est impensable que les scrutateurs internationaux de France2 n'aient pas eu connaissance de cet événement. Alors, pourquoi cette info n'a pas été prévue par le journaliste lui-même? Pourquoi en plein journal, il a reçu une feuille qu'il a dû lire? En quoi cette information est urgente en France? Alors que l'info n'a pas été prévue par le journaliste, qui a trouvé cette info primordiale dans sa hiérarchie? Et dans quel but?

Bon, je vais donc sur Internet voir quel traitement est fait de cette information. Comme d'habitude, c'est le journal Le Monde qui dégaine en premier. Hors mis les généralités d'usage, et le blabla journalistique pour meubler l'article, j'y détecte des phrases intéressantes, sans aucune justification, ni illustration.

  • Depuis, les deux anciens adversaires semblent partager le même objectif : retarder les élections. Le chef de l'Etat, élu en 2000 pour un mandat qui n'aurait dû durer que cinq ans, s'accroche à un pouvoir que les urnes pourraient lui contester. Quant au premier ministre, le temps gagné lui permet d'épaissir sa stature politique en comptant sur l'épuisement de la vieille garde des partis historiques.

Le journaliste a pris parti. Gbagbo et Soro sont "anciens" adversaires. Les élections n'arrivent pas car Gbagbo veut les retarder. Comme Soro a accepté de reconstituer un gouvernement, désormais, lui aussi est un retardateur d'élections. On peut aussi y lire que Gbagbo "s'accroche" au pouvoir. Bref, les élections n'ont pas lieu à cause d'une soit-disant manipulation des méchants Gbagbo-Soro contre les gentils de l'opposition.

  • Quelle sera la réaction d'une opposition qui, depuis des années, demande vainement l'organisation d'élections libres et transparentes ? Osera-t-elle lancer ses militants dans les rues ? 

Là, c'est le bouquet. Le journaliste appelle clairement et simplement l'opposition  à jeter ses militants dans les rues. Attention, dans ce contexte, on ne parle pas de marches pacifiques, mais bel et bien de guerre civile. Pour moi, il s'agit d'un message subliminal en direction de l'opposition. Un truc comme "Allez dans les rues, on vous soutient. Et au passage, on renverra la force Licorne occuper la CIV s'il le faut." C'est ainsi que Le Monde prépare l'opinion française, ET européenne (car en matière d'affaires franco-africaines, la voix de la France est prépondérante à l'UE. Les résolutions UE signées sont écrites, relues et corrigées par la seule France). Personne en côte d'ivoire n'a évoqué à ce jour des descentes dans les rues. Alors, quelle mouche a piqué cet imbécile de journaliste pour écrire de pareilles inepties? Lancer des militants dans la rue? En connaît-il les conséquences?

De plus, le titre même est insidieux. On y dit que "Gbagbo suspend le processus électoral", comme si l'objectif final de la dissolution d'un gouvernement et d'une commission électorale était uniquement de torpiller le processus électoral. Le titre ne reprend pas les faits, il y avait processus électoral avant la CEI, rien ne dit qu'il n'y en a pas sans. Tout ça pour dire qu'il fait de l'interprétation, et pas du factuel.

Mais, c'est bête. Quel intérêt à suspendre un processus quand tous les sondages donnent Gbagbo gagnant? D'ailleurs, les 420.000 électeurs polémiques interviennent justement après que les sondages donnent Gbagbo gagnant. Certains y verront la main du hasard, il est vrai que nous voyons le hasard très souvent, trop souvent. Voilà 420.000 électeurs qui résolvent pour certains acteurs politiques l'épineuse question de leur retard électoral. En instrumentalisant l'origine ethnique de ces électeurs, on voulait forcer Gbagbo à les accepter.

Dans la guerre qui se mène en CIV, personne n'est sain, ni Gbagbo, ni les autres, loin s'en faut. Mais Gbagbo doit absolument tenir bon face aux coups de boutoir français, France qui ne veut pas perdre son pré-carré (ceux qui ont cru les belles paroles de Sarkozy en sont pour leur grade). Il ne doit surtout rien lâcher, la manipulation extérieure des affaires intérieures de la CIV doit s'arrêter.

Pour ceux qui veulent des articles neutres, lisez plutôt les sites belges, et autres. Les journaux français vont bientôt mettre en place des campagnes d'intoxication, et préparer l'opinion à une descente de l'opposition dans les rues.

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE