15/06/2009 15:00:15
Kye ossi : des centaines d'immigrés africains bloqués dans une chefferie
Expulsés de la Guinée équatoriale pour immigration clandestine, et victimes d’arnaque, ils ont trouvé refuge à la chefferie de 3e degré de Kye-Ossi.
La Nouvelle Expression
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Samedi 06 juin 2009, à la chefferie de 3e degré de Kye-Ossi. Les centaines de locataires qui peuplent le quartier général de sa majesté Marie Ada, viennent de se réveiller. Dans les deux grands appartements « en dur » qui jouxtent la cuisine de la chefferie, c’est déjà le branle-bas.

De parts et d’autres, hommes, femmes et enfants s’activent dans tous les coins du camp. Certains se sont levés très tôt pour faire la lessive et la vaisselle. D’autres font des ablutions en plein air et discutent à gorge déployée. Les autres indique-t-on ici, « sont allés chercher du bois de chauffage et les vivres au champ. C’est de cette manière que la vie sociale est organisée ici dans le palais du chef».

Dans la nuit, il y a des comités de vigilance qui s’occupent de la sécurité du camp. Parmi ces locataires peu ordinaires de la chefferie, il y a à la fois des ressortissants ouest africains (Nigérians, Maliens, Burkinabés, Guinéens) mais aussi des Congolais, des Tchadiens des Centrafricains entre autres, expulsés de la Guinée équatoriale depuis de nombreux mois, voire des années. Il y en a dans le groupe, qui font le petit commerce pour essayer de joindre les deux bouts. C’est par exemple le cas de Robert, immigré congolais, avoisinant la quarantaine, et qui vit à Kye –Ossi depuis un peu plus de trois ans; il répare des pneus de véhicules, juste à l’entrée de la ville.

Arnaque

Expulsé de la Guinée équatoriale en 2006 pour défaut de papiers, « je suis arrivé ici dans la ville de Kye Ossi où je ne connaissais personne. Je me retrouvais dans cette situation avec une dizaine d’autres ressortissants africains. Et comme nous étions régulièrement victimes d’arnaque des forces de police, nous sommes allés nous plaindre auprès du chef qui a accepté de nous héberger dans son camp » relate l’immigré congolais.

La situation est presque analogue pour Jacques, ressortissant burkinabé et ses quatre compatriotes « Nous avons été chassés de la Guinée équatoriale l’année dernière. Ici en ville on ne connaissait personne. Les autres étrangers que nous avions trouvés sur place nous donnaient un peu à manger et c’est aussi eux qui nous ont conduit chez le chef », explique-t-il. Quant au chef en personne, il parle « d’une situation d’urgence » qu’il fallait régler pour justifier la présence de tant d’étrangers dans son camp.

Selon l’autorité traditionnelle « Ces ressortissants africains continuaient d’être victimes de toutes sortes d’abus même sur le sol camerounais. Je leur ai donc offert un cadre d’accueil plus acceptable, pour qu’ils puissent vivre comme s’ils étaient chez eux. Je leur ai également offert mes terres pour qu’ils puissent cultiver et produire de quoi manger ». Même si du coté de la police, l’on estime que « la cheftaine favorise l’immigration clandestine ». L’autorité traditionnelle qui s’en défend parle de fausses accusations. « Ces ressortissants africains abandonnés à eux-mêmes étaient devenus une source d’enrichissement pour certains policiers guinéens, gabonais et camerounais. Il fallait les protéger et c’est ce que j’essaie de faire jusqu’aujourd’hui » soutient sa majesté Marie Ada.

La cheftaine de Kye-Ossi, que les habitants du coin préfèrent consulter en cas de litige ou de conflit, parle de rapports sans nuages avec les autorités administratives. A en croire Jean Pierre commerçant à Kye Ossi centre, « Les règlements de litige et de conflits à la chefferie sont plus rapides et efficaces, c’est pourquoi nous faisons confiance à la cheftaine. A la police, c’est l’arnaque que nous redoutons tous ». Des actes d’arnaque qui battent pavillon haut depuis que la Guinée équatoriale a fermé ses frontières.

Au poste frontalier de Kye Ossi où le commissaire de police Awong règne en maître absolu, personne ne veut se prononcer sur ces accusations qui accablent le corps. Un inspecteur de police affirme même pince sans rire que : « Les immigrés clandestins méritent ce mauvais traitement ; la police camerounaise ne fait que son travail ». L’on comprend peut être pourquoi même les Camerounais vivant à Ebebiyin en Guinée équatoriale et qui désirent franchir le poste de contrôle de la frontière pour venir à Kye ossi, « sont contraints de débourser jusqu’à 10.000 FCFA. Ce sont des pratiques qui n’honorent pas de la toute la police camerounaise. » S’indigne un douanier à Kye ossi.

Albert Nna

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