17/02/2010 13:09:38
Paradis fiscaux: Les révélations troublantes de Me Jacques Vergès
le chef de l’Etat Paul Biya aurait discuté des premières conclusions du rapport de Me Jacques Vergès avec l’ambassadeur des Etats-Unis, Janet Elisabeth Garvey.
Le messager
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On croyait jusqu’ici que l’affaire de la liste de 66 personnalités du Cameroun (devant faire l’objet d’une enquête pour détournement des fonds et extraversion des capitaux dans des banques étrangères) rendue publique en début du mois de janvier 2008 par le cabinet Dooh Collins (sur instructions du vice Premier ministre, ministre de la Justice et garde de sceaux, Amadou Ali), avait été gelée et oubliée dans les tiroirs de l’histoire. Que non! Selon des sources dignes de foi, Paul Biya avait requis au mois de mai 2008 les services de l’avocat d’affaires français Jacques Vergès pour enquêter sur lesdits milliards détournés par les « présumés » prévaricateurs camerounais. Vomit par le pouvoir d’Etoudi pour avoir voulu défendre le ministre Titus Edzoa, cet avocat des « causes perdues » était rentré dans les bonnes grâces du président Paul Biya. On se souvient que cet avocat d’affaires français, le ministre Hortefeu, Guillaume Giscard d’Estaing (le fils de l’autre) et Madame Patricia Balme faisaient fait partis des invités du chef de l’Etat lors du défilé du 20 mai 2008. L’avocat avait reçu pour mission de mettre son service dans l’identification des comptes des Camerounais ouverts à l’étranger, puis œuvrer dans le cadre du rapatriement des fonds qui sont pour la majorité logés dans des paradis fiscaux et considérés comme l’obstacle numéro 1 à la lutte contre la corruption. Après avoir pendant près de deux années fouillé et passé au peigne fin les banques européennes et américaines, Me Jacques Vergès a transmis il y a quelques jours au chef de l’Etat Paul Biya son premier rapport sur les détournements de fonds. Depuis qu’il est à la disposition dudit rapport, Paul Biya n’aurait plus le même regard, ni la même perception sur ce qu’on lui a dit concernant certaines personnes épinglées par l’Opération Epervier et accusées d’entretenir des paradis fiscaux à l’étranger.

Ce rapport dresse un premier inventaire des avoirs qui ont été détournés par des gestionnaires camerounais de crédits. « Même si on ne peut les donner au bon Dieu sans confession, de manière générale, à la lecture du rapport, l’on se rend compte que beaucoup de personnalités qui sont aujourd’hui en prison, n’ont pas d’avoirs dans des banques étrangères. Les sommes d’argent dont on les accuse d’avoir détournées ont été dépensées parfois pour consolider le règne du président Biya. Ces gestionnaires de crédits, ont été victimes soit d’une cabale ou des règlements de comptes », affirme une source proche du palais d’Etoudi. Le rapport de Me Jacques Vergez (on le constate avec une bonne dose de curiosité), disculpe certains barons qu’on avait très vite envoyés à l’échafaud. Emmanuel Gérard Ondo Ndong, Urbain Olanguena Awono (dont le procès a commencé hier), Etondé Ekotto, Noah Ewodo et bien d’autres seraient identifiés comme ne disposant d’aucun compte, ni de biens immobiliers à l’étranger. « Il est difficile de penser que ces personnalités ont effectivement fait dans l’accumulation dans des banques étrangères. Même les commissions rogatoires auront du mal à les épingler car elles n’y trouveront rien. Me Jacques Vergès ne pouvait trouver des comptes bancaires à l’étranger pour des gestionnaires du calibre de Emmanuel Gérard Ondo Ndong, car on peut lire l’essentiel de leurs dépenses à travers : leur générosité débordante, les investissements et les réalisations qu’ils ont faits pour l’épanouissement des communes, les œuvres civiles et marchands. Il ne faut pas oublier que certains de ces barons du régime ont été perdus par : le harcèlement des membres de la famille, les amis, le RDPC..., autant de choses pour lesquelles, ils ont englouti des faramineuses sommes d’argent », explique un ponte du régime sous anonymat.

Focal : Un caillou dans la chaussure de Paul Biya

Des sources dignes de foi révèlent que le chef de l’Etat aurait discuté des premières conclusions du rapport de Me Jacques Vergès avec l’ambassadeur des Etats-Unis, Janet Elisabeth Garvey, dont on connaît la hargne et la détermination dans la lutte contre la corruption et le détournement des fonds. Partageant les résultats de ce premier rapport, le président Paul Biya aurait sollicité l’aide du gouvernement américain dans le cadre du rapatriement des fonds détournés. D’autres sources proches du palais affirment que le chef de l’Etat a piqué un accès de colère après lecture du rapport, pour s’être rendu à l’évidence que beaucoup de ses fidèles camarades du parti et amis, sans doute des piliers et affidés de son système avaient été diabolisés et mis « hors d’état de nuire », sous l’instigation des prétendants à sa succession. « Au vu des éléments contenus dans ce rapport, la réaction du chef de l’Etat Paul Biya reste attendue. Lui seul peut choisir de maintenir la condamnation de ces personnes ou de les élargir », explique un magistrat.

Au moment ou l’histoire donne raison à ceux qui ont souvent affirmé avec fermeté que les arrestations et les condamnations en cascades ont pour la majorité pris les allures des batailles de réseaux et de positionnement pour l’après Biya, les révélations du rapport de Me Jacques Vergès plongent le chef de l’Etat Paul Biya dans un véritable dilemme. Celui-ci s’ajoute à la difficulté qu’il a à trouver une réponse à donner aux patriarches. Il y a quelques semaines, ceux-ci l’ont saisi, l’implorant de mettre du bémol dans l’Opération Epervier. A les croire, celle-ci attise des châtiments, des haines et des rancoeurs dont les plaies seront difficiles à panser.

Souley Onoholio

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