17/02/2010 15:30:11
Laurent Gbagbo impose son rythme
Depuis 2005, le président ivoirien a tout fait pour repousser les élections. Après les avoir reportées à plusieurs reprises, il vient de décider la dissolution la Commission électorale indépendante.
Courrierinternational
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En dissolvant le gouvernement et la Commission électorale indépendante (CEI), le président ivoirien Laurent Gbagbo a joué et gagné. La nouvelle équipe gouvernementale, dirigée par Guillaume Soro, le Premier ministre sortant, reconduit dans ses fonctions, aura beaucoup de grain à moudre : reprendre le travail, mettre de nouvelles instances consensuelles en place et préparer les élections sur des bases saines. Or, la preuve est faite que jamais Gbagbo ne voudra organiser d’élections tant qu’il ne sera pas sûr de les remporter. Les derniers événements le confirment. Le président ivoirien a toujours disposé d’un agenda secret. En visionnaire atypique, il sera donc parvenu à provoquer la crise et à écarter les opposants. Il a toujours fait montre de sa répugnance à aller aux élections. Aujourd’hui, il montre ouvertement que la CEI présidée par un opposant a toujours été un boulet à ses pieds. Il a réussi à se servir de cette commission électorale comme d’un instrument pour se débarrasser d’un autre fardeau : les opposants. Ces derniers, embusqués au sein du gouvernement et de l’appareil d’Etat par le biais des Accords politiques de Ouagadougou [signés le 4 mars 2007, ils visaient à ramener la paix et à réunifier le pays], l’ont toujours empêché de parvenir à ses fins.

La Côte-d’Ivoire entre ainsi dans une nouvelle phase d’ébullition que ne semble point redouter son premier magistrat. Soufflant comme toujours le chaud et le froid, le président ivoirien montre que lui seul décide du sort et de la date des élections. “Un vrai dictateur”, affirme un opposant ivoirien. Laurent Gbagbo n’a plus peur de rien, surtout pas de l’armée, qu’il donne l’impression de tenir en laisse. Et il ne cache pas sa volonté de contrôler la CEI. Malgré tout, peut-on s’attendre à voir l’opposition tourner le dos aux élections ? Un tel scénario sera une aubaine pour lui. Il pourra dès lors savourer une victoire sans gloire. La communauté internationale, quant à elle, est occupée ailleurs. Du reste, ici, cette communauté internationale se résume à la France, qui reconquiert progressivement ses marchés perdus à l’avènement du régime Gbagbo.

En s’adonnant à son jeu favori d’aller de report en report, Laurent Gbagbo espère-t-il gagner l’électeur ivoirien à l’usure ? C’est probable. Passer le temps à dribbler les autres, remettre continuellement à demain ce qui pourrait se résoudre aujourd’hui, produira inévitablement un effet boomerang. Celui-ci se révélera, à terme, dangereux pour le président Gbagbo et ses partisans. Pour l’heure, le numéro un ivoirien continue à narguer l’opinion ivoirienne, l’Afrique et la communauté internationale. Lui seul semble décider du sort de la Côte-d’Ivoire et des Ivoiriens. Lui seul veut écrire un nouvel évangile sur la Côte-d’Ivoire. Les carottes semblent donc cuites pour l’opposition, dont les ténors prennent de l’âge. Certains finiront bien par perdre leurs dents, à force de voir reculer les échéances du fait d’un adversaire politique qui se montre chaque jour plus roublard. Dur, dur, l’évangile selon saint Gbagbo.

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