19/02/2010 02:14:17
bas Sarkozy, bas Préval
(Port-au-Prince) Slogans anticoloniaux, demandes de dédommagement et même quelques doigts d'honneur: Nicolas Sarkozy a soulevé la colère de milliers de manifestants, hier, lors de la première visite d'un président français en sol haïtien depuis l'Indépendance, en 1804.
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«Nicolas Sarkozy, l'esclavagisme et le colonialisme sont pires que la catastrophe du 12 janvier», pouvait-on lire sur certaines affiches des manifestants.
Photo: AFP

Nicolas Sarkozy a fait une visite de quelques heures au cours de laquelle il a survolé les zones sinistrées de la capitale avec le président haïtien, René Préval.

 

 

 

 

 

 

Dans la cour du Palais national à demi écroulé, près d'une statue brisée en deux, le président français a annoncé un plan d'aide de 270 millions d'euros en deux ans, en plus de l'annulation de la dette d'Haïti, qui se chiffre à 56 millions d'euros.

Alors que les manifestants n'étaient pas encore au rendez-vous - l'horaire de M. Sarkozy avait manifestement été modifié pour les déjouer -, le président de la République française a reconnu que la France n'avait pas fait que de bonnes choses pour son ancienne colonie.

«Cette histoire partagée est douloureuse. La France, ici, n'a pas laissé que de bons souvenirs. Je dois le voir en face», a-t-il admis.

Comme pour lui donner raison, des milliers de manifestants ont convergé vers le Champ-de-Mars quelques minutes à peine après son départ pour dénoncer sa visite.

Sous un soleil de plomb, dans la forte odeur d'urine et d'excréments de cette place transformée en camp de rescapés depuis plus d'un mois, les manifestants ont scandé des slogans anticoloniaux au son des trompettes et des tambours.

Sur le toit d'un camion au pare-brise défoncé, les organisateurs ont réclamé le retour de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide, victime d'un coup d'État en 2004.

«Nicolas Sarkozy, l'esclavagisme et le colonialisme sont pires que la catastrophe du 12 janvier», pouvait-on lire sur certaines affiches.

«France, tu nous as fait du tort. Donne-nous notre argent», lisait-on ailleurs.

«La France doit nous rembourser»

Les manifestants ont beaucoup fait allusion au fait que, en 1825, la France a exigé qu'Haïti lui verse 150 millions de francs-or (l'équivalent de 21 milliards de dollars américains d'aujourd'hui) pour reconnaître son indépendance.

La foule a réclamé à grands cris qu'on lui rende cet argent.

«Ma maison est tombée, mon bébé dort à la belle étoile. La France doit nous rembourser», a hurlé la jeune Lovely Valcin, 18 ans, dans la cacophonie générale.

«Les blessures de la colonisation et, peut-être pire encore, les conditions de la séparation ont laissé des traces qui sont encore vives dans la mémoire des Haïtiens», avait d'ailleurs observé Nicolas Sarkozy dans son discours.

Il a également tenté de minimiser les divergences entre la France et les États-Unis au sujet de l'organisation de l'aide. «Nous travaillons main dans la main avec les États-Unis», a-t-il martelé. Il a assuré que la France excluait l'idée de «toute tutelle internationale». «Le peuple haïtien est meurtri, le peuple haïtien est épuisé, mais le peuple haïtien est debout», a-t-il lancé.

Un peu avant 11h, deux hélicoptères de l'armée française qui avaient accompagné le départ du président français sont revenus atterrir dans la cour du Palais national. Les manifestants, croyant que Nicolas Sarkozy s'y trouvait, se sont précipités contre les grilles du Palais en scandant «à bas Sarkozy, à bas Préval». Certains ont brandi un doigt d'honneur vers les hélicoptères.

Alors que les médias français avaient déjà quitté les lieux et que les journalistes haïtiens se trouvaient dans la foule, La Presse a assisté à une scène irréelle. Le président haïtien, René Préval, a traversé la cour du Palais pour aller à la rencontre des manifestants qui réclamaient sa tête.

À travers les grilles qui le séparaient de la foule hostile, il a serré des mains comme si on l'accueillait en héros.

«Embrasse-moi», a-t-il même demandé à une fillette qui lui a fait la bise sur la joue.

Plusieurs manifestants, interloqués, ont semblé oublier leur hargne pour sourire, manifestement impressionnés de rencontrer leur chef d'État.

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