19/02/2010 04:51:03
Affaire cbc et difficultes du secteur financier : position du sdf
communiqué S.D.F
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Dans la même lancée qui lui a permis de favoriser la reprise de UNION BANK et AMITY BANK par des capitaux étrangers, parfois au détriment des droits légitimes des actionnaires camerounais, la COBAC a signé le 3 mars 2009 une décision plaçant la Commercial Bank of Cameroon, CBC sous administration provisoire. A l’appui de sa décision, elle a évoqué entre autre, la mauvaise gestion de l’équipe dirigeante ainsi que son incapacité à exécuter les instructions qu’elle lui a prescrites trois mois plus tôt dans le cadre d’une restructuration d’urgence exigée par une situation financière inquiétante.

Intervenant quelques jours plus tard pour justifier cette décision controversée, le Ministre des Finances Essimi Menyé a non seulement approuvé sans réserve le comportement critiquable de la COBAC, mais, il en a profité pour annoncer que, dans le cas de la CBC, le gouvernement allait profiter de la nouvelle restructuration pour entrer dans son capital.

Le SDF s’interroge de concert avec l’opinion publique nationale sur la perspicacité de cette décision de la COBAC contre une banque qui se présente jusqu’ici comme l’une des rares institutions financières à capitaux nationaux à tenir tête aux multinationales qui dominent le paysage financier camerounais et surtout à financer sans réserve l’économie nationale (appui à CAMAIR par exemple).

De même, le SDF se pose des questions sur la complicité du gouvernement dans une opération qui s’apparente à un démantèlement systématique de l’entreprenariat national dans le secteur bancaire.

Tout le monde sait que le système financier camerounais est vicié par deux tares fondamentales héritées de la colonisation dont la résolution conditionne l’efficacité de toute politique économique endogène.

Premièrement, les accords qui régissent la zone Franc signés en 1945 et actualisés en 1960 privent le gouvernement de toute autonomie en matière de politique monétaire. La dépendance totale du Franc CFA du Franc français et ensuite de l’Euro qui a pris son relais en 1999 fait de la BEAC et son appendice la COBAC de simples relais des politiques monétaires françaises et européennes donc les préoccupations tiennent rarement compte de l’intérêt de l’économie nationale.

Face à une telle réalité, les propos et le comportement de d’Essimi Menye s’apparentent à de la simple gesticulation pour camoufler l’incapacité du gouvernement à trouver des solutions endogènes à une situation qui lui échappe totalement.

Deuxièmement, conséquence du premier handicap, le paysage financier camerounais est dominé par des succursales des multinationales européennes, héritières des grands groupes financiers qui ont fait les beaux jours de l’économie coloniale. Conséquence de quoi, leurs politiques managériales et de crédit sont dictées non pas par les exigences et les besoins de l’économie nationale, mais uniquement par la logique néocoloniale qui leur assigne la mission de drainer l’épargne nationale pour aller financer l’économie occidentale.  Elles sont de ce fait dictées par des considérations géopolitiques et géostratégiques de leurs maisons-mères et par delà de leurs pays d’origine.

Face à ce triste constat, le SDF affirme que l’assainissement du secteur financier camerounais dans le but d’en faire le principal instrument de la promotion du développement, passe par la renégociation des accords créant la zone Franc, dans le sens d’une plus grande maîtrise par les pays africains membres, dont le Cameroun, de leur politique monétaire et une profonde réforme du secteur financier pour qu’il devienne l’instrument privilégié de financement de l’économie nationale tout en sécurisant l’épargne des camerounais. Ce sont là des préalables incontournables à toute prétention gouvernementale à influencer favorablement l’évolution des choses.

Le SDF est convaincu que, devant la crise financière internationale en cours, le rôle de tout gouvernement responsable est d’appuyer les banques dans la gestion des risques et autres difficultés inhérents à cette crise. Cet appui consiste particulièrement à leur accorder un appui financier conséquent, de nature à leur permettre de limiter l’impact des créances compromises et des actifs toxiques dans leur fonctionnement normal. Tout le contraire du comportement du gouvernement RDPC qui semble profiter des difficultés des banques, particulièrement celles à capitaux camerounais, pour encore plus les enfoncer. Se faisant, il va à contre courant de ce qui se fait partout ailleurs.

Concernant particulièrement la CBC, cas pour lequel le gouvernement a exprimé publiquement ses intentions, le SDF pense qu’à l’instar de toutes les autres banques et instituions financières à capitaux entièrement camerounais, elle est le symbole du dynamisme de la contribution des entrepreneurs nationaux à l’effort de développement, un dynamisme certes fragile, mais indispensable pour la construction d’une économie nationale solide et capable d’affronter valablement la mondialisation et d’en tirer un maximum de profit. C’est la raison pour laquelle, la CBC comme toutes les autres banques à capitaux nationaux, a besoin d’un soutien sans réserve des pouvoirs publics pour l’aider à se sortir de ses difficultés, qu’elles soient structurelles ou conjoncturelles.

Plutôt que d’aller dans ce sens, le gouvernement RDPC, à travers son ministre des Finances M. Essimi Menye, semble cacher son impuissance dans une politique de harcèlement systématique des banques à capitaux camerounais , en se cachant derrière les tribulations d’une COBAC manifestement manipulée à distance par des lobbies obscurs qui s’activent autour de la BEAC dont les récentes dérives managériales démontrent clairement la totale extraversion.

C’est ainsi jeter la CBC, comme hier UNION BANK et AMITY BANK, en pâture à la rapacité des intérêts étrangers, la menaçant au passage d’une nationalisation déguisée, comme pour assouvir on ne sait quelles arrières pensées, alors que les camerounais ont encore frais en mémoire les ravages  des turpitudes de l’Etat actionnaire d’avant la restructuration du secteur bancaire de la fin des années quatre vingt.

C’est la raison pour laquelle le SDF demande au gouvernement RDPC :

    * De reconnaître et de protéger les droits fondamentaux des actionnaires et en particulier des nationaux de la CBC, d’UNION BANK, d’AMITY BANK et de toutes les institutions financières nationales.
    * De respecter les décisions sans appel de la Cour d’arbitrage de la CEMAC  de Ndjamena; en ce qui concerne AMITY BANK
    * D’inviter la Guinée Equatoriale à en faire autant pour les décisions de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage de l’OHADA à Abidjan en faveur de la CBC ;
    * D’accorder à AMITY BANK, à la CBC et à toutes les banques en difficulté un délai raisonnable pour se restructurer au besoin en se recapitalisant, délai au delà duquel l’Etat pourra faire appel à de nouveaux actionnaires de manière transparente et par appel d’offre ;
    * De mettre en place un fonds spécial remboursable pour venir en aide à toutes les banques en difficulté, afin de leur permettre de garantir leurs actifs toxiques dont une bonne partie est constituées de créances sur les sociétés d’Etat et autres établissements publics ou collectivités territoriales décentralisées

       

                                                     Hon. E. FOPOUSSI FOTSO

                                                     Responsable Média et Information

                                                     Shadow Cabinet SDF

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