19/02/2010 05:58:31
Mamadou Tandja : de l'homme fort de Niamey à l'homme zéro du Niger
Voila un ex-président, puisqu’il faut désormais l’appeler ainsi, qui aurait pu entrer dans l’histoire du Niger comme celui qui a instauré la démocratie et la prospérité dans son pays. Mais hélas, comme bons nombres de dictateurs africains en mal de pouvoir, il sort par la petite porte pris comme un rat. Chassé du pouvoir en quelques heures seulement par des soldats dont il ne pouvait douter de leur fidélité.
icicemac.com
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Arrivé pourtant démocratiquement au pourvoir, Mamadou Tandja, sentant la fin de son deuxième et dernier mandat approcher, s’est métamorphosé en un véritable ennemi de la démocratie au point de modifier la Loi fondamentale de son pays pour confisquer le pouvoir.
 
En effet, après dix ans de pouvoir, cet ancien colonel âgé de 72 ans a dissous l'année dernière le Parlement et la Cour constitutionnelle et obtenu une prolongation controversée de son mandat pour au moins trois ans à l'issue d'un référendum en août. Jusqu’à son renversement, il contrôlait le parlement, croyait l’armée fidèle et prenait pour paroles religieuses les conseils d’un entourage alimentaire, comme on voit dans plusieurs pays francophones africains.

Tandja ou l’art du camouflage

Dans un article de décembre dernier,  Christophe Boisbouvier  de Jeune Afrique  rappelait déjà que  le colonel Tandja a surtout appris dans l’armée,  la science du camouflage.  Et d’ajouter qu’en mars dernier, lors d’une conférence de presse à Niamey en compagnie de Nicolas Sarkozy, il donnait encore le change: « Quand la table est desservie, il faut partir. Grandir, c’est partir la tête haute. » En fait, il pensait exactement le contraire. Commentaire d’un homme politique nigérien qui le connaît bien: « Ceux qui disent que Tandja tourne dictateur en vieillissant se trompent. En réalité, il n’a jamais été démocrate. Simplement, il s’est adapté aux circonstances, et il a pratiqué la dissimulation chère aux écoles militaires pour parvenir à ses fins: prendre le pouvoir et ne plus le lâcher. » Par ses agissement Il s’est finalement placé en situation de Seul contre tous, s'interrogeant même sur l'utilité pour le Niger d'appartenir à la Cédéao, Mamadou Tandja se maintient au pouvoir grâce à un art consommé du camouflage. Très sur de lui, il a même fait fi d'une lettre envoyée directement par le président Obama l’année dernière et dont on pouvait lire : "L'Amérique attend le jour où le Niger pourra célébrer à la fois la proclamation de la république et sa transition solide vers la démocratie", avait dit le président américain dans un message adressé à son homologue nigérien. 
Mais voilà que Le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD) dirigé par le colonel Abdoulaye Adamou Harouna, une franche dissidente de l’armée, qualifiée de vaillante armée par une majorité de nigériens manifestant leur joie après la chute du dictateur, a su prendre ses responsabilités en rétablissant les citoyens Nigériens dans leur dignité, abusée jusque là par l'assoiffé de pouvoir Tandja. L’ex-président a multiplié des actes antidémocratiques et anticonstitutionnels depuis l’année dernière pour son seul intérêt: rester au pouvoir.
 
Un autre bouffon de la politique

Bien qu’un coup d’État ne soit pas l’option souhaitable pour un changement d’homme à la tête d’un pays, plusieurs observateurs s’entendaient cependant pour dire que le septuagénaire dictateur Nigérien est responsable de sa chute, à cause de son entêtement à rester au pouvoir après ses deux mandats. Une majorité de ses compatriotes  vont jusqu’à tirer leurs chapeaux à cette armée qu’ils qualifient de responsable dans la mesure où elle a laissé s'épuiser toutes les possibilités pacifiques pouvant ramener à la raison le bouffon de la politique, Mamadou Tandja. Face à l’entêtement de cet ex-soldat, l’armée n’a pas eu le choix que jouer son rôle de dernier rempart pour préserver la paix et la démocratie dans un des pays les plus pauvres au monde bien que troisième producteur d’uranium au monde. Par ce geste, l’armée vient de montrer qu’elle n’est pas là juste pour tirer sur une population civile désarmée mais pour chasser du pouvoir des dictateurs qui ne respectent pas la Loi fondamentale du pays. Par ce coup d'État, elle assume ainsi une de ses fonctions, celle de préserver la paix sociale. 
Ce renversment de regime, considéré désormais comme un cas d’école, vient montrer aux chefs d’États dictateurs qui souhaitent mourir au pouvoir, que bien que se prenant pour le tout puissant sur terre, ils n’ont pas la main mise sur tout, car Mamadou Tandja n’espérait pas une chute aussi brutale. Et qui plus est, venant de ses frères d’armes.
 
Pour le moment, on ne peut qu’espérer que cette armée rétablira l'ordre constitutionnel afin de remettre le pouvoir aux civils dans un délai raisonnable.  Déjà dans leur première déclaration publique, les nouveaux hommes forts de Niamey ont insisté sur la préservation de la démocratie et de la paix sociale: "Le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD), dont je suis le porte-parole, a décidé de suspendre la Constitution de la VIe République et de dissoudre toutes les institutions qui en sont issues", a affirmé le colonel Abdoulaye Adamou Harouna, porte-parole du groupe, selon un extrait de son allocution diffusée par nos confrères de France-Info.
 
Au cours de cette allocution, le nouvel homme fort a tenu à démontrer que la paix est au centre de leur coup de force. Pour préserver cette paix, il a demandé à la population de garder son calme et de rester unie autour des idéaux qui animent le CSRD et qui pourront faire du Niger un exemple de démocratie et de bonne gouvernance, à l'instar des autres États épris de paix et de stabilité. a-t-il ajouté.
 
Voulant éviter l’erreur de Dadis Camara, Il a enfin indiqué que tous les traités signés par le pays seraient respectés et a demandé à la communauté internationale de faire confiance au CSRD. Jusqu’à preuve de contraire, on ne peut que croire cet ancien aide de camp du leader du dernier coup d'État au Niger, en 1999, le major Daouda Malla Wanke.
 
Rappelons qu’au pouvoir depuis 1999, les nigériens ont donné un deuxième et dernier mandat à Mamadou Tandja en 2004. Il devrait donc se retirer en 2009 après son deuxième mandant tel que le stipule la Constitution Nigérienne. Le goût du pouvoir l’ayant pris, il a usé de tous ses pouvoirs pour faire adopter en août dernier par référendum une nouvelle Constitution très contestée qui lui assure un maintien au pouvoir jusqu'en 2012. Situation qui plongea de facto son pays dans une grave crise politique.
Dans le nouveau texte constitutionnel, la limitation à deux mandats présidentiels de cinq ans est supprimée et les pouvoirs du chef de l'État sont accrus. Et pour s’assurer de tout contrôler désormais, des élections législatives en octobre, boycottées par l'opposition, ont par la suite été remportées par le parti du président, le Mouvement national pour la société de développement (MNSD), en dépit des protestations de la communauté internationale.
Cette situation n’est pas s’en ressembler à certains pays africains. En effet, pour asseoir la démocratie et baisser les tensions sociales, On se souvient qu’au début des années 90, plusieurs pays africains après 30 ans de dictature avaient décidé de limiter le mandat du chef de l’état à deux non renouvelables.
Si certains pays comme le Nigeria, le Bénin, et le Mali sont restés fidèles à cette disposition de la Loi fondamentale qui veut une alternance à la tête du pays, d’autres pays comme le Tchad et le Cameroun ont changé leurs Constitutions pour donner la possibilité à Idris Deby et Paul Biya respectivement de se représenter indéfiniment. Pourtant, dans des pays comme le Mali, le Nigeria, le Bénin l’alternance n’a pas arrêté le fonctionnement du pays. Et comme on ne le dira jamais assez, personne n’est éternel. Les hommes passent, le pays reste.
 
Si un chef d’état ne fait rien en 10 ans, ce n’est pas en lui accordant 100 ans qu’il fera mieux. Car après deux mandats, c’est la dictature, le favoritisme, la corruption et le détournement qui s’installent. Le président devenant alors un homme qui défend plus son pouvoir que son bilan.

Martin Stéphane Fongang

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE