22/02/2010 04:58:30
Le coup d'Etat au Niger a été plutôt bien perçu
Le renversement « en douceur » du président Mamadou Tandja est accueilli favorablement par l’opposition nigérienne, qui fait confiance aux militaires pour rétablir la démocratie.
La-Croix
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

                   http://www.lefigaro.fr/medias/2010/02/21/81161c98-1ebe-11df-a151-6a3a54151bed.jpg

C’est un drôle de putsch qui s’est déroulé jeudi 18 février au Niger. Accueillie dans la liesse par la population de Niamey, la prise du pouvoir par l’armée, au prix de trois morts parmi les mutins, a été très mollement condamnée par l’Union africaine et la communauté internationale.

Vingt-quatre heures à peine après que des militaires eurent fait irruption en plein conseil des ministres pour capturer le président Mamadou Tandja, le couvre-feu était levé, les frontières rouvertes et les ministres libérés.


Samedi 20 février, à l’appel d’une coalition d’opposition, au moins 10 000 personnes ont fêté le renversement du président. « Nous sommes à votre écoute et nous vous donnons l’assurance que nous n’allons jamais vous décevoir, a lancé à la foule le capitaine Harouna Djibrilla Adamou, membre du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD). L’armée est avec son peuple, elle restera toujours avec lui. »

Djibrilla Hamidou Hima, nouvel homme fort

Indépendant depuis 1960, le Niger a une histoire riche en coups d’État : il en avait déjà vécu trois, en 1974, 1996 et 1999. Colonel dans l’armée nigérienne, Mamadou Tandja avait lui-même participé au premier. En avril 1999, les assassins du général Ibrahim Baré Maïnassara avaient remis le pouvoir aux civils.

Le colonel Djibrilla Hamidou Hima a résumé ainsi, samedi, la situation : « Nous ne sommes pas des “Dadis”, nous sommes “ATT”. » Il faisait référence d’une part à Moussa Dadis Camara, ancien chef de la junte guinéenne accusée de crimes contre l’humanité, d’autre part à Amadou Toumani Touré (ATT), actuel président du Mali, qui avait renversé en 1991 le dictateur Moussa Traoré avant de remettre le pouvoir aux civils en 1992 et d’être lui-même démocratiquement élu en 2002.

Djibrilla Hamidou Hima a rencontré dès samedi plusieurs chefs d’État ouest-africains réunis à Bamako (Mali). « J’ai rencontré mes aînés, j’ai expliqué notre problème, ils nous ont compris », a-t-il affirmé. S’il n’est pas le chef officiel de la junte, qui a pour président le chef d’escadron Salou Djibo, jusqu’alors peu connu du grand public, Djibrilla Hamidou Hima, surnommé « Pelé », en est visiblement l’homme fort.

Tandja avait refusé de se retirer

Âgé de 71 ans, Mamadou Tandja semble promis à l’exil. Il est « dans de très bonnes conditions et régulièrement suivi par son médecin », a assuré le porte-parole du CSRD. La junte, qui a suspendu la Constitution et dissous le gouvernement, a annoncé la création prochaine d’un « conseil consultatif » pour préparer l’avenir du pays. Ses chefs ont rencontré vendredi les secrétaires généraux des ministères en vue d’assurer la continuité de l’État. Dimanche 21 février, deux responsables de l’ancien parti au pouvoir, affirmaient que sept ministres du président Tandja étaient encore aux mains des militaires qui assuraient pourtant les avoir tous libérés.

Élu démocratiquement en 1999, crédité d’un bilan convenable, Mamadou Tandja avait refusé de se retirer au terme de son second quinquennat, apparemment sous la pression de son entourage familial, avide de prébendes.

Après avoir dissous le Parlement et la Cour constitutionnelle, qui s’opposaient à son maintien au pouvoir, il avait fait adopter une Constitution sur mesure prolongeant son mandat jusqu’en 2012 sans élection et faisant du président le « détenteur exclusif du pouvoir exécutif ».

« L’élaboration d’une nouvelle Constitution consensuelle est prioritaire, déclare à La Croix Marou Amadou, membre de la Coordination des forces démocratiques pour la République (CFDR). Les militaires ont déjà par le passé rendu le pouvoir aux civils, et nous serons vigilants afin qu’ils tiennent parole. » « Notre intention est de réconcilier les Nigériens, a affirmé le colonel Djibrilla Hamidou Hima. Nous comptons organiser les élections, mais avant, il faut assainir la situation politique. »

Laurent d'ERSU

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE