24/02/2010 16:07:15
Nigeria: avec le retour inattendu de Umaru Yar a Dua
Les clés pour sortir définitivement de la crise politique La crise politique nigériane pourrait se complexifier avec le retour inattendu du Président convalescent, deux semaines seulement après l’ouverture, contre la volonté de ses proches, de l’intérim assuré par son vice. A moins qu'il ne soit rapidement organisé une élection présidentielle anticipée pour assurer le maintien du Consensus non écrit sur la rotation entre groupes religieux et sociologiques. Le Cameroun, voisin direct du Nigeria, qui est engagé avec ce grand pays dans un processus complexe de normalisation des relations, doit suivre la situation de très prêt.
AGA MEDIAS
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Selon diverses sources dans la presse nigériane consultées par AGA MEDIAS, le Président nigérian, Umara Yar a Dua est retourné tôt ce matin à Abuja. Ce retour, qui a surpris plus d’un nigérian, n’a pas été annoncé auparavant. Apparemment, même à son Vice, Jonathan Goodluck qui assurait l’intérim du Président de la fédération depuis deux semaines seulement, contre la volonté des proches du président malade et évacué en Arabie Saoudite depuis 3 mois, n’aurait pas été informé.
Une preuve ? La veille même, il avait envoyé en Arabie Saoudite une délégation du Conseil Fédéral du Gouvernement – instance exécutive de la fédération composée des ministres et du Président – pour, officiellement « remercier le Roi Abdelaziz de la généreuse hospitalité et de l’attention apportée au Président malade ». Mais en réalité, les envoyés du Goodluck Jonathan voulaient une fois de plus avoir le coeur net sur l'état de santé du Président afin d'engager les manoeuvres politiques nécessaires à leur prise de pourvoir. La délégation de 6 membres, conduits par le ministre des Affaires étrangères Chief Ojo Maduekwe, et comprenant le Secrétaire du Gouvernement de la Fédération Mahmud Yayale Ahmed, le ministre de la Santé Professor Babatunde Osotimehin, le ministre du Pétrole Dr. Rilwanu Lukman, celui de l’Agriculture Dr. Abba Sayyadi Ruma et le ministre de la justice, Procureur général de la Fédération, Adetokunbo Kayode, avait souhaité à son arrivée à Djeddah se rendre immédiatement auprès du Président "convalescent" en vue de ramener au pays des informations justes. Elle n’a pas été autorisée à le rencontrer.


Retour surprise

Pis, c'est pendant qu’elle attendait d’obtenir ce matin l’autorisation des autorités saoudiennes mais surtout celle de l’entourage du Président malade, qu'elle aurait appris tard au petit matin de ce jour, à Djeddah où elle se trouvait encore au moment où nous rédigions cet article, que le Président avait quitté la capitale saoudienne tard dans la soirée la veille. Selon nos sources nigérianes, un vol spécial comprenant deux avions – dont un médicalisé dans le quel se trouvait alité Umaru Yar a Dua et un autre, présidentiel, transportant le reste de sa délégation comprenant les membres de sa famille et son entourage protocolaire et sécuritaire immédiat - aurait débarqué à Abuja vers 3h ce matin. A l’aéroport d’Abuja, le président Yar a Dua aurait été transféré dans une ambulance qui a pris une destination non encore révélée ce matin. Simplement, précisent nos sources, les membres du Protocole du ministère des affaires étrangères, venus à l’aéroport pour l’accueillir auraient, été tenus à l’écart. Le transfert du Président vers la destination locale inconnue a ainsi été faite par les membres de sa sécurité rapprochée.
Ce développement de l’actualité nigériane ajoute un grain épique dans la situation que vit ce grand pays voisin, engagé avec le Cameroun dans un processus encore fragile de normalisation des relations après une dizaine d'années de brouile et de tension liée à l'occupation de la péninsule de Bakassi par les forces nigéraianes sous Sani Abacha. Deux mois et demi après le départ de son président à l’étranger, pour y suivre des soins, et son absence subséquente de la gestion des affaires publiques, une véritable crise politique s'était nouée entre les partisans de la constation d'une vacance de pouvoir liée à l'incapacité de gouverner du président élu - et ceux qui estimaient que les conditions constitutionnelles pour faire un tel constat n'étaient pas réunies.
Intérim remis en débat
Un épilogue provisoire a été trouvé il y a ainsi deux semaines, donnant apparemment raison aux tenants de la première thèse. Les deux chambres du Congrès ont en effet unanimement le transfert des pouvoirs du Président à son Vice, Jonathan Goodluck. Ce dernier dès cette décision parlementaire avait immédiatement marqué sa disponibilité à assurer la poursuite des affaires de l'Etat, malgré l’opposition de quelques proches du Président Yar a Dua, dont le ministre de la justice d’alors. Ce dernier aura d’ailleurs été le seul ministre du gouvernement Yar a Dua limogé dès le lendemain de la décision du Conseil fédéral du Gouvernement (Conseil de ministres) d’entériner la résolution du parlement de constater l’ouverture d’un intérim à la tête de la Présidence. On pense qu'il a payé son interprétation trop rigoureuse de la Constitution qui soumettait la constatation d'une vacance à une lettre du Président déclarant son incapacité à mener ses fonctions. Le retour de Umaru Yar a Dua, qui n’avait pas transmis une lettre constatant son incapacité de gouverner comme le prévoit la Constitution donne sans doute raison au second courant du débat politico-constitutionnel des dernières semaines au Nigeria.
Du même coup s'ouvre une période extrêmement délicate au Nigeria d'autant qu'il n'est pas certain que les rancoeurs nées de cette épisode épique, et les risques de revanche qui vont avec, ne vont pas faire le lit des pêcheurs en eau trouble dans les affaires africains. D'autant que nombre de question restent en suspense après ce retour inopiné du Président élu. Par exemple, dans quel état se trouve-t-il vraiment ? S’il a recouvré tous ses moyens à la suite de 3 mois de soin, comme semble l’indiquer son retour, va-t-il éviter de céder à l’organisation, dans sa propre équipe, d’une chasse aux sorcières à la quelle vont le convier les membres les plus extrémistes de son entourage immédiat ? Autre interrogation : le Vice-président Jonathan Goodluck, va-t-il de bon cœur accepter de remettre les pouvoirs à son Président dont par ailleurs nombre d’indicateurs montrent qu’il est au moins encore convalescent ? Tout laisse penser que ce dernier serait prêt à jouer le jeu de la "loyauté" jusqu’au bout. C’est ainsi que AGA MEDIAS a appris qu’il a annulé tous les rendez-vous "présidentiels" qu’il avait programmés pour ce jour.


Une élection présidentielle anticipée pour résorber définitivement la crise la crise politique?

Malgré la volatilité de la situation nigériane, nombre d’observateurs souhaitent que les différents acteurs politiques trouvent un compromis qui sauve la cohésion de cette importante nation africaine qui a connu jusqu’en 1995 plusieurs irruptions violentes de l’armée dans l’arène politique. La crise politique actuelle dont une résolution mal négociée peut reveiller les vieux démons qui ont souvent servi de prétexte aux coups d'Etat militaires. En effet, depuis le retour à la démocratie pluraliste, une pratique consensuelle bien que non écrite, assurait une sorte de rotation à la présidence de la fédération pour les membres des principaux groupes religieux et sociologiques (chrétiens du Sud et musulmans du Nord) du pays.
Ainsi après les 8 ans du chrétien Olusegun Obasanjo, les musulmans, majoritaires dans le Nord du Nigeria trouvaient en la personne de Umaru Yar a Dua, malgré les conditions exécrables de son élection sous la bannière du PDP, au cours d’une élection mal organisée par Olusegun Obasanjo, un motif de leur intégration réelle dans la vie politique de la Fédération. L'ancien général Yorouba, un chrétien du Sud, qui avait vainement tenté de modifier la constitution, pour s’accrocher au pouvoir, n’a manifestement pas fait le deuil de son ambition de jouer un rôle central dans l’orientation de la gestion de ce pays aux 150 millions d’habitants. Or Umaru Yar a Dua, qu’il avait parrainé lors de l’élection présidentielle de 2007 a rapidement pris ses distances avec lui, du fait en bonne partie, de l'implication de son prédécesseur et camarade de parti, ainsi que de son entourage familial et politique, dans nombre de scandales politico-financiers liés à la corruption à grande échelle ainsi que les détournements massifs des fonds publics.
Selon certains analystes avisés des affaires nigérianes, vue la détermination passée de Yar a Dua à ne pas couvrir les casseroles de son prédécesseur, l’ouverture de l’intérim présidentiel en faveur de Jonathan Goodluck, un vice président imposé à Yar a Dua par Obasanjo, était au moins considéré par les clans ayant pillé le Nigeria sous Obasanjo, comme un moment de répit. Leurs espoirs pourraient être sérieusement contrariés avec le retour du Président Yar a Dua. Qui, même au cas où il serait dans l’incapacité de gouverner effectivement pourrait être tenté de faire organiser une élection anticipée pour assurer que le tour du Nord ne soit pas « détourné » comme cela semblait être le cas avec l’intérim du sudiste Goodluck Jonathan, par ailleurs origianaire de ce Delta dans le quel sévissait encore récemment une rébellion entretenue par des pontes à Abuja.
Art. DJJ/24/02-10

 

Alex Gustave Azebaze Djouaka

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