29/12/2013 02:02:49
Le paradoxe anti double nationalité au Cameroun
Puisque le principe de la double nationalité n’est toujours pas reconnu au Cameroun, quelques interrogations méritent d’être formulées. Doit-on refuser, pour la prochaine participation des Lions indomptables à la coupe du monde de 2014, que les joueurs binationaux ne défendent pas les couleurs d’un pays auquel ils n’appartiennent plus, par principe, puisqu’ils sont détenteurs de nationalités autres ?
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La loi camerounaise sur la nationalité date du 11 juin 1968. Elle stipule que tout Camerounais ayant contracté une nationalité autre perd du coup celle d’origine. Cela voudrait dire que si vous êtes Camerounais et que vous épousez une Gabonaise ou une Bulgare au point d’acquérir une nouvelle nationalité, de facto, vous perdez vos droits de citoyenneté Camerounaise.

On sait très bien qu’au fondement de cette loi de 1968, le nouveau régime, installé par l’ancienne métropole, cherchait à asseoir son autorité par deux moyens. D’une part, il fallait continuer la liquidation physique des nationalistes entamée avec l’assassinat de Um Nyobe, et, d’autre part, garder éloigner, c’est-à-dire en exil tous les intellectuels réfractaires au pouvoir de Yaoundé. Parmi ceux-ci, on pouvait citer Abel Eyinga ou Mongo Beti.

Dès lors, la loi de 1968 assurait une forme de sécurisation mesquine de l’État dictatorial qui, voulant avoir le plein contrôle des Camerounais vivant à l’intérieur du territoire, excluait délicatement tous ceux de l’extérieur qui se revendiqueraient un droit de regard sur la manière dont se gérait le pays. Il se déclinait ainsi implicitement la dialectique des Camerounais de l’intérieur, censés avoir gardé leur nationalité d’origine, et les Camerounais de l’extérieur, censés avoir perdu leur statut citoyen originel.

Pourtant, au regard de cette loi discriminatoire de l’exclusion citoyenne, il s’est observé dans l’échiquier économique, culturel, sportif et scientifique international que ce sont précisément ces exclus qui ont écrit les plus belles pages de l’histoire du Cameroun sur la scène planétaire. Des exemples de valeureux ambassadeurs de l’État-discriminant se comptent à la pelle. On se rappelle encore des noms des gloires telles que Beyala, Kelman, Eto’o, Noah, Dibango, Milla, Mbembé, etc. qui attestent chaque jour encore que le Camerounais de l’Extérieur n’a jamais cessé de travailler pour l’excellence, le rayonnement et de servir son pays de cœur à partir de l’étranger où il se trouve.

Quelle est cette loi qui interdit à un fils lambda, de retourner librement au Cameroun s’il n’a pas un titre de séjour pour ce faire ? Pourtant, ce Camerounais à qui son pays de naissance renie désormais tout droit naturel du sol pour prétexte qu’il a obtenu une nouvelle nationalité, est bien né quelque part dans la république du Cameroun, dans un village nommé par exemple Ntu’isson. Il a une famille aussi grande qu’on en connait dans nos traditions africaines, a fait ses études maternelles, primaires, secondaires et universitaires au Cameroun, est tombé amoureux d’une femme Serbe et s’est retrouvé vivre avec elle en Serbie. Pour y trouver facilement du travail, il a dû contracter la nationalité serbe et aujourd’hui, pourquoi devrait-il requérir un visa et un titre de séjour pour venir sur cette terre camerounaise où il a finalement tout appris et acquis ? Pourquoi est-il traité comme un étranger, lui qui n’a cessé d’aimer son pays avec lequel d’ailleurs il a gardé de profonds et indestructibles liens ? Tout lui est requis dans son pays de naissance, lui qui a ses parents et grands-parents qui y vivent, ses frères et sœurs, ses ami(e)s qui constituent la base de sa raison de vivre et d’exister en tant qu’individu.

Puisque le principe de la double nationalité n’est toujours pas reconnu au Cameroun, quelques interrogations méritent d’être formulées. Doit-on refuser, pour la prochaine participation des Lions indomptables à la coupe du monde de 2014, que les joueurs binationaux ne défendent pas les couleurs d’un pays auquel ils n’appartiennent plus, par principe, puisqu’ils sont détenteurs de nationalités autres ? Pourquoi le chef de l’État n’a pas procédé à la vérification, d’abord (!), du statut conforme à la loi de 1968 des Camerounais résidents en Centrafrique pour s’assurer qu’il ne s’agirait pas de binationaux au moment d’effectuer les charters qui les ramèneraient au pays natal ? Si parmi les passagers de ces charters organisés par l’État du Cameroun, il y en existait qui avait contracté la nationalité centrafricaine ou autre, alors, devraient-ils au préalable demander le titre de séjour aux autorités camerounaises en service à la représentation diplomatique de Bangui pour bénéficier de l’offre de revenir au bercail ?

On le voit bien, la question de la double nationalité reste à éclairer. En attendant que cette aberration puisse disparaitre des lois absurdes que compte le Cameroun, ce pays continue encore d’ignorer et de décrédibiliser l’apport de sa diaspora dans la marche nécessaire non seulement vers la construction de l’État-nation, mais aussi vers les défis de prospérité qu’impose le vivre mieux du monde des hommes dignes.

 

Man Bene 

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