10/03/2010 13:46:18
Des camerounais témoignent contre leur pays
Cette affaire, fait suite à un reportage effectué au Cameroun par la radio de service public français, France Inter, sur l’empire Bolloré
Le Messager
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Renvoyée au terme d’un débat houleux ayant opposé la partie civile et la partie défenderesse, l’affaire Bolloré contre France Inter et compagnie ouvre à nouveaux des débats pour ce jour 10 mars 2010. C’est devant la 17ème Chambre du tribunal de Paris. Cette affaire, faut-il le rappeler, fait suite à un reportage effectué au Cameroun par la radio de service public français, France Inter, sur l’empire Bolloré. Un reportage au cours duquel des employés du groupe Bolloré, des syndicats, certains responsables ayant traité avec le groupe, ainsi que des acteurs de la société civile, ont dénoncé certaines pratiques ayant cours dans les entreprises du groupe Bolloré. Des dénonciations qui ont « fait mal », au point où la partie civile, Vincent Bolloré et son groupe s’étant constitués partie civile, a dû demandé un renvoi de cette affaire pour qu’elle puisse faire comparaître « ses témoins ». Des débats de fond ont quand même eu lieu avec notamment l’audition de certains témoins de la partie défenderesse, venus pour l’essentiel des pays autre que la France, la vice-présidente du tribunal et président de la 17ème Chambre, Mme Sautereau, ayant accédé à la demande de la partie défenderesse de faire entendre les témoins qui viennent de loin.

A cette phase de débat, la partie civile représentée par Me Baratelli, justifiait la demande de renvoi du procès au motif qu’il a été prévenu tardivement, et qu’il a en tout douze témoins importants à faire entendre dans le cadre de cette affaire. Parmi ces témoins, il ressort que certains ministres encore en fonction, des anciens ministres, des députés, des employés du groupe Bolloré, ou encore des journalistes, font partie de cette douzaine de témoins qui doivent comparaître devant la 17ème Chambre de Paris. Ils devront, puisqu’ils sont témoins de la partie civile, défendre les intérêts du groupe Bolloré. En clair, il s’agit pour eux d’apporter des éléments contraires qui démontrent que le groupe Bolloré au Cameroun, ne dispose pas en son sein des pratiques inhumaines, tel que semblent le décrire les intervenants du reportage incriminé. « C’est peine perdu, car ce que nous disons est vérifiable sur le terrain. Nous détenons des éléments de preuve qui traduisent la réalité de ce que nous déclarons. C’est assez honteux pour des gens à chercher à contredire ce qui saute aux yeux. Et c’est d’autant plus grave que ce sont des gens qui sont censés protégés les intérêts du Cameroun qui vont plutôt témoigner contre la réalité que vivent leurs compatriotes », soutient un homme de média qui suit cette affaire.

Contre attaque tous azimuts

Parmi ces témoins qui sont passés devant le tribunal, on peut citer Hilaire Kamga de la société civile, Jean Marc Bikoko des syndicats, Edouard Tankwe, employé à la Socapalm, et Pius N. Njawé, journaliste. D’autres n’ont pas pu effectuer le déplacement pour la France et ont plutôt envoyé leurs dépositions. C’est le cas d’Emmanuel Etoundi Oyono, ancien directeur général du Pad, dont la déposition est publiée à la suite de ce texte. Cela suffit-il à ébranler celui qu’on présente comme l’ « héritier de la françafrique » ? Répondant à une interview à Jeune Afrique en novembre dernier, Vincent Bolloré dit qu’il n’est pas question pour lui d’abandonner ses intérêts en Afrique, et bien sûr au Cameroun. Pour lui, la campagne de dénigrement de ses activités est en partie due au fait que « certains producteurs américains d’huile de soja ont mobilisé depuis des années des sociétés de lobbying pour expliquer que l’huile de palme posait des problèmes. (...) Avec 40 millions de tonnes produites chaque année, ces deux huiles sont au coude à coude. Il y a une guerre mondiale de l’huile. Il y a aussi ceux qui, sans arrêt, cherchent à nous allumer. Ils sont mal intentionnés et pour certains rémunérés ». Il dit qu’il n’est pas question d’abandonner. Mieux, il est temps de contre attaquer. « Quand on est pris comme cible de façon caricaturale et avec des méthodes sujettes à caution, cela mérite une réaction. Dans un premier temps, nous avons été tentés de rester en retrait sur la Socapalm. Après réflexion, au Cameroun et en Afrique, nous pouvons et nous devons défendre ». Une position qui exprime clairement et explique la démarche actuelle du groupe.

Robert Ngono Ebode

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