18/06/2009 13:20:37
L'Afrique ne se gouverne plus à l'Elysée
Pétrole, minerai, ports, bases militaires... La France perd son influence sans redorer son image.Analyse...
Libération
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Que reste-t-il de la Françafrique? Houphouët, Eyadéma, et maintenant Bongo sont morts. Côté français, Foccart n’est plus, Pasqua est aux fraises, Chirac à la retraite. Les «tontons flingueurs» sentent le sapin ; les Chinois s’accaparent marchés et matières premières; Dubaï chipe un à un les grands ports à Bolloré, qui sont autant de portes d’entrée du continent noir. Les réserves pétrolières du Gabon, du Cameroun et du Congo se tarissent doucement. Et même l’armée française ne cesse de revoir son dispositif à la baisse, fermant les bases les unes après les autres: après la République centrafricaine dans les années 90, ce devrait bientôt être le tour de la Côte-d’Ivoire et peut-être même du Gabon.



Secrets d’alcove.

Tout fout le camp, soupirent les rares missi dominici, à l’instar du premier d’entre eux, Robert Bourgi, qui veulent encore faire croire que la grande politique du continent se fait dans les petits secrets d’alcove des palais présidentiels. Comme si la crise au Darfour, le nœud gordien des Grands Lacs ou le cancer somalien, les trois vraies crises du continent, se jouaient à Libreville, Dakar ou Brazzaville...

Mais le système peut-il se résumer aux hommes qui l’ont porté à son plus haut point de sophistication? La Françafrique, ce réseau malsain de collusions et de renvois d’ascenseur politiques, économiques, diplomatiques et militaires, ne se résume pas à des hommes mais à un système d’exploitation et de domination néocoloniales, affirment ses détracteurs. Il a été florissant et continue d’exister, même si son aspect le plus révoltant - le financement de partis politiques français par les potentats africains, à peine effleuré lors de l’affaire Elf - n’est plus vraiment d’actualité depuis le renforcement du contrôle des financements politiques en France et la déplétion des ressources françafricaines.

Aujourd’hui, Total concentre ses efforts sur l’Angola, le Nigeria ou le Canada. A l’exception de l’uranium, qui vaut un soutien sans faille au régime autoritaire de Mamadou Tandja au Niger, le marché des minerais échappe à la France. Reste le bois, exploité par Bolloré. La «pompe Afrique» se tarit et c’est plutôt du côté des monarchies du Golfe que se tournent les collecteurs de fonds occultes…

Fiasco. Du point de vue militaire aussi, la France a vu ses positions reculer d’année en année. Sur la défensive après le fiasco rwandais, où Paris a soutenu un régime génocidaire, la France n’a plus les moyens d’entretenir un maillage serré sur le continent noir alors qu’elle vient de réintégrer le commandement de l’Otan. Fini le temps où l’on pouvait sauver ou renverser un régime avec 500 hommes. Non pas que les Etats se soient renforcés en Afrique, mais d’autres acteurs sont apparus, à commencer par les «géants» que sont le Nigeria et l’Afrique du Sud, qui entendent avoir leur mot à dire dans chaque crise. Sans compter la Libye du trublion Kadhafi, l’agressif régime soudanais, la susceptible Ethiopie et l’intraitable Rwanda de Paul Kagamé, qui sont autant de puissances moyennes.

Le candidat Sarkozy l’avait bien compris, en prônant une rupture franche et des relations fondées sur les seuls intérêts mutuels. Mais ces bonnes résolutions ont vite cédé le pas au poids des habitudes et à la vanité des jeux de pouvoirs élyséens, attisés par d’autoproclamés envoyés spéciaux qui, bien souvent, ne représentent plus que leurs propres intérêts. Résultat: Nicolas Sarkozy s’est cru obligé de rendre visite à Bongo, Déby et Sassou, alors qu’il voulait élargir le cercle des amis de Paris. Il a même maintenu les sommets France-Afrique qui, tous les deux ans, rappellent des pratiques d’un autre âge. Mais surtout, sa politique restrictive de visas et les expulsions ont fait de la France une forteresse hautaine aux yeux des Africains

Christope Ayad

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