15/03/2010 03:42:54
Côte d'Ivoire: Pays délesté et délaissé
lepatriote
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35% du PIB de l’ensemble des huit pays de l’Union Economique et Monétaire Ouest-africaine (UEMOA). Malgré la crise qui la secoue depuis plus d’une décennie, la Côte d’Ivoire demeure un géant dans la sous-région. Pourtant, ce pays dont le potentiel naturel, humain et économique est reconnu et envié de partout, est en train, lentement, mais hélas, sûrement, de s’effondrer. Si la Côte d’Ivoire semble être debout sur ses pieds, les spécialistes de ces indicateurs socioéconomiques sont plus qu’inquiets. Non sans raison. Depuis 2002, c’est près de 5% de son poids qu’elle a perdu dans le PIB de l’UEMOA.


A l’horizon, rien de positif ne profile pour rassurer les uns et les autres. Notre pays est, depuis, pris dans une tourmente. Empêtré dans une zone de turbulence politique, qui comme un boulet attaché aux pattes d’un oiseau, l’empêche de prendre son envol. Voilà que, en effet, depuis quelques mois, les Ivoiriens sont plongés dans une situation inédite de délestage qu’ils n’ont jamais vécue depuis les réformes judicieuses menées, en son temps, par Alassane Dramane Ouattara. En octobre 1990, alors qu’il était Président du Comité Interministériel de Coordination du Programme de Stabilisation et de Relance Economique, l’ancien Gouverneur de la BCEAO a fait signer deux décrets portant essentiellement sur la structuration de la compagnie publique chargée de gérer l’électricité, concédant la distribution et l’exploitation au privé. Vingt ans plus tard, la Côte d’Ivoire est redescendue au stade zéro.
La faute incombe moins aux réformes, du reste saluées de partout, autant sur le plan institutionnel qu’au niveau des résultats, qu’au manque de vision du régime de la Refondation qui, depuis dix ans, a en charge, la gestion du pays. Le 2 février dernier, la Côte d’Ivoire a plongé dans le noir. De mal en pis, la situation inquiète. Il ne s’agit pas non plus d’une crise conjoncturelle. Il y a bien là, une défaillance structurelle pour laquelle on ne peut s’empêcher de pointer du doigt les principaux coupables. La Côte d’Ivoire s’est bien dotée d’institutions et d’administrations chargées de la Prospective et des Etudes. Un ministère du Plan, un ministère de l’Energie et des Mines et un Bureau National d’Etudes techniques et du Développement (BNETD). Les efforts conjugués de ces trois structures auraient, sans doute, permis au gouvernement de prendre le pouls réel du danger auquel le pays est exposé actuellement. Evidemment, ce ne fut pas le cas, même avec l’insistance quasi persistante de la compagnie privée chargée de l’exploitation de l’électricité. Le résultat de ce manque de projection et de prospection coûte aujourd’hui à notre pays, d’être plongé dans le noir et au-delà, de voir toute son économie menacée de s’effondrer.


La Côte d’Ivoire est gérée à l’image d’une épicerie. La crise ne saurait tout expliquer. Car, c’est bien au cours de cette période de crise que le chef de l’Etat se fait attribuer en dehors des compétences de l’Assemblée nationale, un budget de souveraineté qui s’élève à plus de 60 milliards de francs Cfa. C’est aussi bien en cette période de crise que la Présidence de la République a investi plus de 100 milliards de francs Cfa dans l’achat d’une vieille usine de transformation de cacao aux Etats-Unis. C’est Laurent Gbagbo qui a autorisé en personne, le Fonds de régulation du café et du cacao (FRC) à acquérir, l’usine de Fulton surévaluée à plus de dix fois sa valeur réelle. Aujourd’hui, selon une information livrée par La Lettre du continent, Laurent Gbagbo s’apprêterait à s’acheter un avion de luxe à plus de treize milliards de FCFA pour garnir le parc des appareils mis à sa disposition par l’Etat. Il y a, en plus, le projet d’organiser à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de notre pays, une fête que le chef de l’Etat entend célébrer avec faste. Les régies financières et les entreprises publiques ont été mises à contribution pour mobiliser au minimum vingt milliards de francs CFA.


La dilapidation des ressources publiques et la mauvaise gouvernance, le mauvais choix des hommes prennent le dessus sur la résolution des problèmes socioéconomiques auxquels sont confrontées les populations. Par exemple, la Centrale thermique d’Azito, premier grand projet d’infrastructure en Afrique Sub-saharienne dans l’énergie thermique, a coûté près de 223 millions de dollars, soit un peu plus de 110 milliards de francs CFA. Ce sont des ressources disponibles en Côte d’Ivoire. Elles qui, bien utilisées, auraient dû permettre de résoudre la question de l’indépendance énergétique en Côte d’Ivoire.
Alors que les Ivoiriens scrutent l’horizon à la recherche de solutions à leur problème, se profile l’autre crise. Celle-là politique, qui viendra, encore une fois, les plonger dans le désarroi et le désespoir : il s’agit de la crise des élections. Peut-on, en réalité, croire en cette échéance dans les mois à venir ? On aimerait bien, mais les signaux qui sont donnés par la classe politique, amènent plutôt à constater que des vents contraires se croisent pour donner très bientôt un tourbillon qui cristallisera les tensions et les passions. Entre temps, les exigences devront attendre. L’économie se sera détériorée et le pays continuera de plonger. Pris entre deux feux, la Côte d’Ivoire n’a pas fini d’être délestée et délaissée

CHARLES SANGA

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