05/04/2014 00:38:50
Dmitri Kisselev : «La réaction de l'Occident relève d'une schizophrénie...»
Le directeur général de l’agence internationale Rossia Segodnia (Russie Aujourd’hui), auteur et présentateur du programme « Actualités de la semaine » est le seul journaliste au monde qui a fait l’objet des sanctions politiques introduites par l’EU.
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Rossia Segodnia

Le directeur général de l’agence internationale Rossia Segodnia (Russie Aujourd’hui), auteur et présentateur du programme « Actualités de la semaine » est le seul journaliste au monde qui a fait l’objet des sanctions politiques introduites par l’EU.

Le journaliste est interdit d’entrée en EU et n’a pas le droit de posséder les biens immobiliers et les comptes bancaires dans les pays de l’Union. Le Comité mondial pour la liberté de la presse qui protège les droits des journalistes a pris la défense de Dmitri Kisselev sanctionnée par l’UE. Comme l’a raconté au journal Izvestia Dmitri Kisselev lui-même, en le sanctionnant, l’UE a porté atteinte à la liberté de parole de l’ensemble des journalistes du monde. Dans l’histoire moderne, explique le directeur de Rossia Segodnia, la Russie et l’Occident ont interverti les rôles si bien que c’est la Russie qui est devenue défenseur des principes démocratiques et de la liberté de parole.

- Vous êtes l’unique journaliste qui fait l’objet de sanctions politiques. Y étiez-vous préparé?

- Cela concerne tous les journalistes. Si ma mémoire est bonne, c’est la première fois qu’un journaliste est sanctionné au niveau international. Je ne suis après tout qu’un journaliste lambda. C’est l’Europe qui a pris l’initiative des sanctions. Cela témoigne du mépris non dissimulé que les fonctionnaires de l’UE manifestent pour la liberté de parole. C’est un précédent très dangereux et une trahison de fait des valeurs européennes. Si ce précédent est légalisé et si la communauté des journalistes européens, américains et du monde entier ne réagit pas, cela signifie que les journalistes estiment que c’est normal. Il s’agit là d’un tournant civilisationnel radical en ce sens que nous n’avons plus besoin de liberté de parole qui n’a plus aucune valeur. La position de l’UE est confirmée non seulement par la décision des bureaucrates européens, mais encore par celle du parlement norvégien.

- Qui, selon vous, est en train de faire baisser le rideau de fer? Laquelle des parties?

- Nos rôles sont intervertis. La Russie est pour la liberté de parole alors que l’Occident ne l’est plus. C’est une véritable secousse tellurique civilisationnelle. En effet, en Russie, on peut dire ce qu’on veut, les chaînes de télévision défendent les opinions différentes, l’internet n’est pas bloqué et il y a une profusion de radios et de journaux les plus divers. Aucune œuvre littéraire n’est interdite sauf celles que le sont explicitement par la Constitution. Les extrêmes sont dans la nature des Russes à tel point que certains s’en prennent même au mot patriotisme. C’est le cas de la présentatrice Ksénia Larina des Échos de Moscou que dit que ce mot lui donne des nausées. Personne ne songe cependant à lui imposer des restrictions. Allez Ksénia, ne vous gênez pas.

L’UE sanctionne les uns et encourage les autres comme les Pussy Riot qui demandent aussi d’élargir la liste des sanctions. Cela montre bien les préférences européennes qui incluent les danses sacrilèges de Tolokonnikova et d’Aliokhina dans la Cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou. Elles n’en sont pas moins reçues au parlement européen. Par conséquent, c’est bon et c’est permis mais la liberté de parole personnellement pour le journaliste Dmitri Kisselev, présentateur du programme analytique aimé par le peuple, ce n’est ni bon, ni permis. Le patriotisme vous donne des nausées, c’est très bien, mais nos correspondants et reporters qui voient ce qui se passe à Kiev et parlent du fascisme ukrainien, c’est mauvais. C’est étonnant comme échelle de valeurs, mais cela profite finalement à la Russie parce que nous voyons très bien qui défend quoi.

- Le MAE de Russie a annoncé n’avoir pas l’intention d’interdire l’entrée des journalistes occidentaux. C’est-à-dire que nous ne répondons pas de manière symétrique.

- Naturellement, la Russie est moralement supérieure. Nous avons déjà connu des temps, où la liberté d’expression était violée en URSS. Par exemple, sous Staline. Nous avons vécu l’époque de rideau de fer. Et à présent, aussi paradoxal que cela ne paraisse, nous échangeons de rôles. Cela veut dire que la Russie devient simplement le flambeau de la liberté d’expression. D’aucuns peuvent rire, comme Ksenia Larina, mais elle le fera librement en direct, sans craindre des sanctions de la part de la Russie, ni de celle de l’Union Européenne. Parce que chez nous, lors d’une émission en direct on peut jouir pratiquement sans restriction de la liberté d’expression et même en abuser, voire s’exprimer contre l’Etat et la Patrie. Pour cette raison, les sanctions de l’UE en réalité nuisent aux valeurs européennes en Europe-même, et non à moi ou à quelqu’un en Russie. Par là même l’Union Européenne proclame que la liberté d’expression n’est plus désormais une valeur pour elle. Voilà de quoi il revient.

- Avez-vous déjà ordonné la stratégie de Rossia Segodnia ? Le Kremlin avait bien coopéré avec la compagnie des relations publiques américaine Ketchum. A votre avis, est-il acceptable que des spécialistes occidentaux répondent pour la propagande de la Russie ?

- Je ne sais pas s’il y a maintenant un contrat ou non. Admettons qu’il y en a. D’abord, je ne peux pas évaluer l’efficacité du contrat, mais supposons qu’il soit efficace. Nous ne sommes pas quand même pour une autarcie ? Bien des journalistes étrangers sont employés sur les chaînes de télévision russes. Ils comprennent que la domination du point de vue dit anglo-saxon dans le champ informationnel est funeste aussi pour leur pays. On verra apparaître des Etats franchement totalitaires, s’il n’y a aucun contrepoids en la personne de la Russie, défendant un point de vue alternatif.

J’ai des collègues qui ont travaillé pendant 25 ans à la BBC, ils demandent actuellement de venir chez nous, ne pouvant plus supporter tout ce délire, cette haine antirusse, la censure. On m’appelle de Paris et raconte qu’il existe en France toute une liste de personnes à ne pas inviter à la télévision, même si avant on les voyait souvent passer à l’écran, on les savait être des dominantes culturelles en France.

- Et vous, pouvez-vous leur donner la parole ?

- Bien entendu. Et voilà que des journalistes occidentaux m’avouent franchement avoir chez eux la censure. Il est donc normal que les gens veulent travailler avec la Russie – ils voient en elle une certaine voie alternative, un équilibre et une parité nucléaire, mais aussi informationnelle. Par là même ils défendent leur liberté. Et un appui uniquement sur ses propres forces, un isolement n’est pas très efficace. D’ailleurs, la Russie n’y aspire pas. Nous sommes un pays ouvert. Ainsi, la Russie déclare, par exemple, être prête à un régime sans visas avec l’UE dès demain, mais l’UE n’y est pas prête. Nous nous sommes échangés de rôles. Avant en Union Soviétique il fallait des visas pour sortir, alors l’URSS s’est isolée, et à présent nous comprenons que nous vivons dans le meilleur pays du monde.

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