22/03/2010 12:14:59
Victoire d'Obama
La Chambre des représentants s'est prononcée en faveur de la réforme du système de santé, au coeur du mandat présidentiel de Barack Obama.
Radio-Canada.ca avec Agence France Presse et Reuters
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille
Le vice-président Joe Biden (en arrière-plan) et le président  américain Barack Obama. «Nous avons prouvé que nous restions un peuple  capable de grandes choses», s'est félicité le chef de l'Etat à l'issue  du vote dimanche soir.
Le vice-président Joe Biden (en arrière-plan) et le président américain Barack Obama. «Nous avons prouvé que nous restions un peuple capable de grandes choses», s'est félicité le chef de l'Etat à l'issue du vote dimanche soir. Crédits photo : AP

Le projet de loi a recueilli quelque 219 voix, contre 212. Il devait recueillir 216 voix pour passer la barre. Pas un seul républicain n'a voté en sa faveur et 34 démocrates s'y sont opposés.

La réforme permettra à 32 millions d'Américains, actuellement sans couverture médicale, de se doter d'une assurance maladie. Le texte, déjà approuvé par le Sénat en décembre, va maintenant être remis au président pour être promulgué.

Le président Barack Obama s'est brièvement adressé à la population lors d'une conférence de presse vers minuit.

Après des années de frustrations et de débat, a-t-il dit, le Congrès a décidé que les travailleurs américains ne verraient plus leurs rêves se briser sur la maladie.

Nous avons prouvé que nous sommes encore un peuple capable de grandes choses.

— Barack Obama

Il reconnaît que ce vote ne fut pas facile pour tous, mais qu'il était essentiel.

Le président Obama lors d'un discours sur la réforme de  l'assurance maladie à Fairfax, en Virginie
Photo: La Presse Canadienne /AP/Charles Dharapak
Le président Obama lors d'un discours à Fairfax, en Virginie

Le président a salué tous ceux, simples citoyens, qui se sont mobilisés en faveur de la réforme.

Quelques minutes avant le vote, la présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, a fait un dernier plaidoyer en faveur du projet de réforme de la santé.

Émue, elle s'est dite à la fois fière et humble devant ce moment historique. Elle estime qu'il s'inscrit dans l'esprit de la constitution, soit le droit à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur.

C'est une réforme américaine qui honore le pays.

— Nancy Pelosi

Elle a salué le travail acharné du président américain en faveur de la réforme, ainsi que la mémoire du défunt sénateur Ted Kennedy, qui consacra sa vie à plaider en faveur d'une telle réforme.

Peu avant, le représentant de la minorité à la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, a soutenu que ce projet de loi ne correspond en rien à ce que veulent les Américains.

Il reproche aux démocrates de ne pas avoir davantage épousé les vues républicaines et d'entraîner le pays dans une spirale de dépenses.

Revirement des démocrates antiavortement

La réforme a réussi à se rallier une majorité de voix, grâce notamment à une entente de dernière minute avec des démocrates jusqu'ici dissidents en raison de leur opposition à l'avortement.

En milieu d'après-midi, alors que le débat battait son plein à la Chambre des représentants, leur chef de file, le démocrate Bart Stupak, a annoncé à la presse avoir obtenu la promesse de Barack Obama que jamais le fédéral, pas plus maintenant que dans le futur, ne financerait l'avortement.

Le président américain aurait accepté de signer un décret en ce sens, en vue de se rallier ces démocrates.

La réforme proposée par le président ne contient aucune proposition de financer l'avortement, mais ces élus craignaient qu'elle puisse le permettre par des voies détournées.

Une politique fédérale en vigueur interdit déjà toute aide américaine à l'avortement, à l'exception des cas de viol, d'inceste ou de grossesse posant un danger pour la vie de la future mère.

Ces démocrates ont par la suite fait l'éloge de la réforme, notamment en terme d'accès aux soins pour les femmes enceintes et les enfants.

Des élus républicains ont par ailleurs répliqué au revirement des démocrates antiavortement en soutenant qu'ils ouvraient la voie, malgré la promesse présidentielle, au financement fédéral de l'avortement. Ils les appellent à revenir sur leur décision.

Des opposants à la réforme de la santé manifestent devant le  Congrès.

Photo: AFP/Astrid Riecken
Des opposants à la réforme de la santé manifestent devant le Congrès.

Les républicains s'opposent vivement à la réforme du président Obama, qui représente selon eux une mainmise du gouvernement sur le système de la santé. Ils craignent qu'elle fasse gonfler le déficit public et qu'elle entraîne des hausses d'impôts pour les contribuables.

Le débat a débuté vers 13 h, suivi de votes de procédure sans incidence et d'un autre fixant les modalités du débat. Ce dernier vote constituait un test important du ralliement autour de ce projet. Il a été remporté par 224 voix contre 206.

Deux votes majeurs ont eu lieu dimanche soir. Le principal portait sur le texte adopté par le Sénat le 24 décembre dernier et a été adopté par 219 voix. Il va maintenant être remis au président pour être promulgué.

Un autre vote a aussi eu lieu sur une série de modifications au texte, présentées jeudi pour rallier les indécis. Adoptées tard en soirée par une majorité, elles seront éventuellement intégrées à un projet de loi séparé dont le Sénat entamera l'examen la semaine prochaine.

Ultime effort

Le président Obama avait prononcé un dernier discours au Capitole, samedi, dans l'espoir de convaincre les démocrates encore indécis. « Je sais que c'est un vote difficile », a-t-il concédé, se disant toutefois convaincu qu'il agit « de la chose intelligente à faire politiquement ».

« Ne le faites pas pour moi, ne le faites pas pour le parti démocrate. Faites-le pour les Américains », a-t-il ajouté.

M. Obama a reporté ses voyages en Indonésie et en Australie pour déployer les derniers efforts nécessaires à l'adoption du projet.

Jusqu'ici, seul le président Lyndon Johnson avait réussi à obtenir des avancées significatives en matière de sécurité sociale, par la promulgation en 1965 d'une loi offrant une couverture de santé aux personnes âgées ou à bas revenus.

Les objectifs de la réforme

La réforme telle qu'elle est envisagée étendra l'assurance maladie à 32 millions d'Américains qui en sont actuellement dépourvus. L'objectif est de couvrir 95 % des Américains de moins de 65 ans, les plus âgés étant déjà couvert par Medicare, un système d'assurance publique.

Elle interdira aux compagnies d'assurance de refuser de prendre en charge un client qui ne répondrait pas à des critères médicaux préétablis.

Le plan impose à tous les Américains de se doter d'une couverture médicale, mais prévoit de l'aide pour les foyers à revenu modeste et étend également la portée de Medicaid, le programme fédéral d'assurance maladie pour les Américains les plus pauvres.

Appui de taille

Le président américain avait obtenu, plus tôt cette semaine un avis assez favorable du Congressional Budget Office (CBO, organe non partisan) qui a estimé que la réforme étendrait la couverture santé des Américains pour un coût global de 940 milliards de dollars sur dix ans, mais réduirait le déficit budgétaire de 138 milliards de dollars sur la même période.

Barack Obama a estimé que le projet, auquel s'opposent farouchement les républicains, représentait « le plus sérieux effort de réduction des déficits depuis le Balanced Budget Act » de 1993.

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE