01/04/2010 12:00:50
Cameroun ? Fmi: le gouvernement s'apprête à signer un programme triennal
S’il s’inscrivait dans le sillage des précédents, pourrait être un frein à la mise en œuvre des ambitions du Cameroun dans le domaine des grands travaux.
La Nouvelle Expression
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Un programme économique et financier qui, s’il s’inscrivait dans le sillage des précédents, pourrait être un frein à la mise en œuvre des ambitions du Cameroun dans le domaine des grands travaux.

En dépit des précautions prises par le ministre des Finances et ses collaborateurs pour ne pas le laisser savoir, les nouvelles se confirment de plus en plus. Un an après avoir annoncé que le Cameroun ne signera plus de programme avec le Fonds monétaire international, le gouvernement va à nouveau s’engager dans un programme triennal avec cette institution financière internationale. “Nous n’irons plus chercher l’argent du Fmi.

Pour l’instant, le gouvernement envisage un accompagnement du Fmi pour que nous ayons des garanties nécessaires pour obtenir les financements dont nous avons besoin pour conduire les projets de développement du pays”, expliquait Essimi Menye il y a un an avec assurance, annonçant que le Cameroun s’arrimerait désormais au modèle chinois et n’aura plus recours à l’argent du Fmi et ses programmes truffés de conditionnalités. « Ce qui change, c’est que nous allons nous-mêmes élaborer un programme économique.

Nous allons ensuite convenir des méthodes et critères d’évaluation avec nos partenaires du FMI. (...) Il s’agit donc de nous approprier ce programme économique et d’en faire un outil de croissance forte. Désormais, nous élaborons les programmes économiques qui indiquent le chemin que nous souhaitons voir suivre notre économie. Et le FMI s’assure, à travers ses revues, que nos performances sont conformes à nos propres prévisions ».


Embarras justifié

Pourtant, il se confirme de plus en plus que les discussions amorcées la semaine dernière entre la délégation du Fmi et les autorités camerounaises vont déboucher sur un autre programme économique et financier qui ira de 2010 à 2012. Ce programme, contrairement à ce qu’annonçait le ministre des Finances, sera sur le modèle des précédents, à savoir qu’on négociera les conditionnalités avec le Fmi en échange de financements.

Déjà, l’année dernière, le Cameroun avait pu accéder à un décaissement du Fmi au titre de la facilité contre les chocs exogènes, sans conditionnalités et à taux bonifiés. Mais, cette fois, il s’agira d’un accord sur le schéma classique. Sur les raisons de ce nouveau programme, les autorités, qui savent que les Camerounais sont réticents, ne cachent pas leur embarras.

Un embarras justifié, puisque 20 ans de coopération avec le Fonds monétaire ont débouché sur la déstructuration du tissu économique et le démantèlement de nombreux acquis sociaux. Des pans entiers de l’économie, tel que l’agriculture, se sont effondrés du fait des conditionnalités des plans d’ajustement structurels. Dans ce processus, le gouvernement camerounais a régulièrement indexé le Fmi comme étant l’auteur des mesures impopulaires et socialement douloureuses.

Aujourd’hui, le Cameroun qui repart dans les bras du Fonds monétaire international semble mieux outillé. « Nous avons préparé nous même un programme économique 2010-2012, qui fera l’objet de négociations avec les responsables du Fmi, lorsqu’une autre mission viendra au Cameroun. Ce programme économique est un découpage triennal du Document de stratégie pour la croissance et l’emploi, qui est lui-même étalé sur 10 ans. Les objectifs du gouvernement restent les mêmes, et le programme avec le Fonds devrait donc être une réplique exacte du Dsce », soutient notre source. Un optimisme qu’il faut bien pondérer. Car, si le Dsce annonce surtout le retour des grands travaux structurants dans le domaine des infrastructures lourdes, leur coût élevé relève du type de dépenses que le Fmi accepte rarement.

Du pain béni pour le Fmi

D’autre part, le Fmi a toujours insisté pour que le Cameroun reste cloîtré dans la recherche des emprunts concessionnels. Or, certains grands travaux, tel que l’autoroute Yaoundé Douala, demandent des gros financements que l’on peut difficilement trouver à des taux concessionnels. Il est donc possible que le programme avec le Fmi ne soit pas en parfaite cohérence avec les ambitions du Dsce. A moins que la partie camerounaise ne se montre suffisamment ferme au cours des discussions. Il est vrai par ailleurs que certains bailleurs de fonds hésitent à apporter des ressources au Cameroun tant qu’il n’est pas sous programme avec le Fonds monétaire.

Ces organismes de financement et même certains partenaires bilatéraux continuent de croire qu’un pays sous programme avec les Fonds monétaire international est digne de confiance, du fait que sa gestion est sous surveillance internationale. D’aucuns, au gouvernement, croient y voir un argument sérieux pour signer ce programme qui est d’ores et déjà rédigé, du moins en ce qui concerne la partie camerounaise. Surtout que ce programme avec le Fmi permettra, selon les prévisions des autorités, de tirer davantage de ressources pour appuyer le budget.

Bien avant l’arrivée de la mission du Fonds monétaire international, Philémon Yang avait déjà instruit les ministres des Finances et de l’Économie de faire le nécessaire pour que le programme camerounais puisse être déposé sur la table de négociations avant la mission en cours, au titre de l’article 4 des statuts du Fmi. La situation des finances publiques n’est pas particulièrement avantageuse en ce moment, ce qui est du pain béni pour les responsables du Fonds qui trouveront là matière pour remettre le nez dans toutes les affairés du pays.

Des sources proches de la mission font ressortir les sérieuses inquiétudes exprimées par le Fonds monétaire international, qui estime que le Cameroun pourrait avoir un déficit deux fois plus important que ce qui est prévu par le ministère des finances au moment de l’élaboration du budget. Une situation qui pourrait déstabiliser le cadrage macroéconomique mis en place et freiner la réalisation de certains grands chantiers.

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