01/04/2010 12:06:49
Cameroun-FMI: contradictions internes du système
Le Messager
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Commencée le 18 mars 2010 à Yaoundé, la dernière mission du Fond monétaire international (FMI) au Cameroun, prévue pour porter essentiellement sur les « discussions préliminaires pour un nouveau programme appuyé par la facilité de crédit (FFC) » (comme indiqué dans le dossier de presse ad hoc), démontre la véracité et la persistance de ce que nous appelions ici même il y a quelques semaines, le « faire semblant budgétaire »

Nous disions alors ceci : le « faire semblant budgétaire », c’est le fait d’affirmer au monde qu’on a un budget national de 2 500 milliards FCfa quand en réalité les données montrent que la taille de nos ambitions serait de 1 800 milliards au plus. Quand on sait que la Loi de finances est la boussole économique d’un pays dont le budget est l’aiguille, le gonflement artificiel du budget veut dire qu’on fait semblant d’avoir une politique économique ambitieuse. Et quand ensuite tous les ans on annonce des excédents budgétaires de l’ordre de 600 milliards FCfa, cela fait semblant d’une bonne gestion des finances publiques. Pourquoi alors ne pas consommer ces excédents dans un pays où il manque jusqu’à l’alcool à brûler dans les hôpitaux ? Et pourquoi voter un budget excédentaire à priori ?

S’agissant précisément du budget de l’année en cours, nous rappelions ce qui suit :Au départ, le chef de l’Etat envoie une circulaire d’orientation aux ministres pour préparer leurs enveloppes budgétaires à partir desquelles le budget national est élaboré. Pour le budget 2010, par exemple, cette circulaire est arrivée en octobre, soit un mois seulement avant la session budgétaire du parlement. De deux choses l’une : soit M. Biya fera semblant d’avoir assigné des objectifs au budget 2010 et leurs moyens ne seront pas adéquats, soit le gouvernement prétendra avoir élaboré ce budget selon ses hautes instructions. Dans les deux cas, soit le gouvernement fera semblant d’être capable de boucler en un mois un budget de 2 500 milliards FCfas, soit le président fera semblant d’assumer un budget qui a devancé de plusieurs mois sa circulaire d’orientation.

Et nous prophétisions ceci : comme d’habitude depuis plusieurs années, l’exécution de ce budget commencera le 1er mars lorsque l’enveloppe de chaque ministère aura subi, par la seule volonté du ministre des Finances, une décote de 10% que tous les ministres accepteront sans broncher, c’est-à-dire avec 60 jours de différés. Puis l’exercice sera clôturé le 30 novembre sans que l’on ait jamais expliqué pourquoi. 10% de décote sur 2 500 milliards, cela fait 250 milliards. Si vous y additionnez les 90 jours d’économie (janvier, février et décembre), cela fait un petit pactole d’où pourraient résulter ces fameux « excédents budgétaires. » dont nous parlent les spécialistes depuis ces quatre dernières années. Voilà une comptabilité très originale qui veut faire semblant d’être orthodoxe.

Naturellement, pour que Le Messager fût gratifié d’un démenti ou d’une mise au point, il fallait, soit que notre analyse s’avère erronée, soit que le gouvernement camerounais soit du genre à craindre l’opinion publique nationale

.Nous proposions alors aux députés de la nation de poser au gouvernement un certain nombre de questions dont en particulier les deux suivantes : 1°) Pourquoi le Fmi est-il toujours en place depuis que le Cameroun a atteint le point d’achèvement de l’iPPTE ? 2°) Pourquoi d’un côté le gouvernement fait –il semblant de demander leur accord tous les ans, pour emprunter à l’extérieur des compléments budgétaires, alors que de l’autre, il accumulerait des centaines de milliards d’excédents budgétaires supérieurs aux emprunts prévus ?

Que les élus aient eu ou non l’opportunité de poser ces questions, il est certain, pour de nombreux observateurs de la gouvernance camerounaise, que la présence collante du FMI et sa persistance à nous proposer un nouveau programme d’emprunt dit « de facilité de crédit » est la résultante d’une gestion budgétaire peu rigoureuse, dont la traçabilité douteuse menace à tout le moins les intérêts financiers que le FMI est chargé de protéger, sous le couvert insuspect de la stabilisation de la situation macroéconomique du Cameroun

Où apparaissent alors d’ inquiétantes contradictions internes, dans un système incertain et en improvisations continues, c’est quand le ministre de l’Economie annonce le retour à la planification économique autonome, comme si le gouvernement tirait la conséquence logique de l’atteinte du point d’achèvement, pendant que dans le même gouvernement, le ministre des Finances apparaît comme contraint de maintenir le pays sous les fourches caudines d’une institution néocoloniale dont les programmes d’ajustement structurel n’ont généré que de la misère instantanée pour le peuple.

Alors, question idiote ou subversive : un Etat peut-il se prendre encore au sérieux quand en même temps, il déclare plus ou moins 2000 milliards de FCfa d’excédents budgétaires sur quatre exercices, et aliène son autonomie de politique économique au Fmi contre un prêt misérable de 70 milliards FCfa mobilisables sur le marché local ?

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