01/04/2010 12:26:34
Douala : Christian Tumi chassé de l'unversité
Le recteur, Bruno Bekolo Ebe, exige la délocalisation de la dédicace du livre d’un enseignant, à cause de la présence de l’archevêque émérite de Douala dans une salle du campus.
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Le recteur de l’université de Douala a contraint un enseignant, hier, à délocaliser la dédicace de son livre très critique sur l’hymne national. A cause de la présence de l’archevêque émérite de Douala parmi les personnalités invitées.Alors que la foule d’étudiants, d’enseignants, de journalistes, de religieuses, de prêtres et d’autres personnalités de la société civile fonçait tout droit hier dans l’après-midi en direction de l’amphithéâtre Tchuindjang Pouémi où devait normalement se dérouler la cérémonie de dédicace de l’opuscule de Thomas Théophile Nug Bissohong, une ambiance inhabituelle régnait sur les lieux. Les personnels se regardaient en chiens de faïence.

Tout ce beau monde apprend stupéfait que la dédicace n’aura plus lieu dans le campus principal de l’Université de Douala. Il faut rebrousser chemin. Thomas Théophile Nug Bissohong ne veut pas reporter la cérémonie, car certains invités ont fait un long voyage. Un car d’un hôtel situé non loin du campus universitaire fait la navette pour transporter le public vers ledit hôtel. C’est à la salle de conférence de cet hôtel que l’auteur est obligé d’expliquer ce qui se passe : « La dédicace de mon livre ne s’est plus déroulé à l’Université de Douala parce que le recteur a estimé que je ne devais pas inviter des personnalités religieuses et civiles d’un certain ordre ».

Cardinal Tumi fait peur à Bekolo Ebe

Directeur des Editions Clé et intervenant à cette cérémonie de dédicace, Marcellin Nvounda Etoa a lui aussi dit sa désolation pour la délocalisation de ladite dédicace et dénonce : « Je ne comprends pas pourquoi le recteur refuse la tenue d’une cérémonie de dédicace à l’université par ce que le cardinal Christian Tumi a été invité. N’a-t-il pas le droit de prendre part à une telle cérémonie comme tout citoyen ? Ce qui se passe est regrettable. Ceci d’autant que le ministre de l’enseignement supérieur, Jacques  Fame Ndongo, préfacier de l’ouvrage a dépêché son représentant personnel à cette cérémonie ».

 Dans son ouvrage* publié aux Editions Clé et dédicacé hier dans les circonstances ainsi relatées, Thomas Théophile Nug plaide pour que le chant de ralliement des Camerounais soit revu en profondeur et harmonisé. Le titre de l’ouvrage donne  une idée claire de ce que l’auteur voudrait partager avec les lecteurs. « L’hymne national du Cameroun, un poème-chant à décolonialiser et à réécrire ». Le livre de Thomas Théophile Nug Bissohong interpelle les dirigeants et les citoyens camerounais qui chantent deux hymnes différents en français et en anglais. Deux hymnes distincts et juxtaposés qui ont très  peu de choses en commun. Deux hymnes qui ne sont curieusement pas bâties sur des réalités de la cosmogonie du peuple camerounais ni ne font référence à Dieu, comme la plupart des hymnes nationaux des pays africains anglophones. A l’instar de l’hymne national sud-africain intitulé « Nkosi Sikelel’ iAfrica », c’est-à-dire « Dieu sauve l’Afrique » ou « Dieu bénisse l’Afrique ».

Deux hymnes différents

Enseignant chercheur à la faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université de Douala et spécialiste de la critique de la littérature africaine, Thomas Théophile Nug Bissohong analyse tout au long de son ouvrage le contenu des deux hymnes tels qu’ils existent en français et en anglais. Avec différentes grilles de lecture qui permettent de mieux comprendre les fondements du chant de ralliement composé en 1928 par les élèves de l’école de Fulassi. Un texte adopté par décret comme hymne national en 1957 lorsque le Cameroun est devenu Etat autonome, toujours par un décret du gouvernement français.Le texte de l’hymne national a connu des modifications quelques années après l’indépendance. Il fallait évacuer des expressions aux connotations colonialistes relatives  à « la barbarie » et à « la sauvagerie » dans lesquelles auraient vécu les Camerounais.Après la Réunification du Cameroun en 1961, la version anglaise de l’hymne national fut rédigée par le Pr. Bernard Fonlon. Il écrivit un texte différent de la version française. Cette version anglaise ne sera reconnue qu’en 1978.
Selon Jacques Fame Ndongo, le préfacier de l’ouvrage, le texte écrit par Bernard Fonlon : « est d’inspiration anglophone, avec une immersion géopolitique dans le Cameroun profond ». En fait, le texte en anglais de l‘hymne national a un plus grand ancrage sur les réalités du Cameroun. Dans un souci pédagogique et didactique, l’auteur a  publié une série de traductions des deux hymnes en des versions différentes pour montrer le réel malaise dans lequel vivent les Camerounais depuis une cinquantaine d’années. L’hymne national demeure enrobé de colonialisme et n’évoque pas Dieu que nos ancêtres connaissaient.

 Valoriser les symboles de la nation

 Convaincu de ce que les Camerounais doivent absolument s’approprier leur hymne national en mettant en valeur les fondements, les spécificités et symboles de leur nation, Thomas Théophile Nug propose de relire l’histoire du pays, de « décolonialiser » et de réécrire l’hymne national camerounais actuel qui n’est pas, selon lui, un chant patriotique national : « l’hymne national doit être porté par notre vie, par notre histoire », a-t-il précisé.De même, l’auteur est d’avis qu’il faut sortir de cette cacophonie incompréhensible d’avoir deux hymnes différents pour un seul et même pays.

La dédicace proprement dite de l’ouvrage a été précédée par une présentation liminaire de l’auteur et un débat riche d’enseignements sur le problème de l’identité au Cameroun. Débat auquel ont activement participé des enseignants et des étudiants. Thomas Théophile Nug Bissohong a récemment présenté et dédicacé son ouvrage aux étudiants de l’Ecole cathédrale de théologie pour les laïcs de Douala (Ecathed) et de l’Institut Supérieur des Sciences Religieuses de Douala (Issrd), à l’issue d’un séminaire sur l’hymne national. Une autre dédicace est prévue au Centre culturel français de Douala le 18 mai prochain.

Edmond Kamguia K.

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