05/04/2010 14:45:50
15.000 nouveaux fonctionnaires fictifs débusqués au Cameroun
le ministre des Finances a indiqué que son audit, lui a déjà permis d’attraper « 15 000 individus qui ont touché, sans raison, l’argent de l’Etat ».
Le Messager et APA News
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L’opération d’assainissement de la gestion des finances publiques lancée, courant 2009 par le ministre des Finances, Essimi Menye, commence à livrer ses premiers résultats. Baptisée « Mboma », du nom de ce serpent Boa (long et gros reptile noir) qui a la réputation d’avaler, même mystiquement des êtres humains, il s’agit, d’après le ministre des Finances, d’un processus permanent consistant à auditer le compte salarial de chaque employé de l’Etat, afin d’en déceler d’éventuelles anormalités. Vendredi 2 avril 2010 à Yaoundé, au cours d’une conférence de presse donnée dans ses services en présence de la mission du Fonds monétaire international (FMI), conduite par Mauro Mecagni qui a séjourné au Cameroun entre le 17 Mars et le 1er Avril 2010, le ministre des Finances a indiqué que son audit, qui se poursuit d’ailleurs, lui a déjà permis d’attraper « 15 000 individus qui ont touché, sans raison, l’argent de l’Etat ».

Le montant total des sommes ainsi soutirées malhonnêtement du trésor public à travers diverses primes non méritées et autres bulletins de solde fictifs, n’a pas été révélé à la presse, qui n’a pourtant pas caché sa soif d’en savoir davantage. Quel sort réserve-t-on à ces fonctionnaires véreux ? « Nous n’allons pas porter plainte parce que les prisons sont déjà remplies. Mais nous allons utiliser le privilège du trésor qui permet de récupérer l’argent à la source. Ils vont rembourser. Les fichiers solde sont disponibles et montrent clairement les sommes volées à l’Etat. Les ordres de recette sont prêts pour beaucoup d’entre eux », avance Essimi Menye qui dit attendre à présent l’autorisation de sa hiérarchie, en l’occurrence le Premier ministre, Chef du gouvernement, Philémon Yang, pour sévir. « Tout argent indûment perçu sera coupé à la source », martèle-t-il. Et, tant pis pour ces fonctionnaires indélicats qui se font avoir chaque jour par des employés du ministère des Finances qui leur donnent un précieux coup de pouce dans cette sale besogne, en falsifiant leurs bulletins de paie. Ils seront seuls à payer, de leurs salaires, indique le Minfi qui laisse entendre que leurs complices (agents du Minfi) tapis dans l’ombre, ne seront nullement inquiétés.

Surveillance bilatérale

La conférence de presse de Essimi Menye était conjointement présidée par le chef de la mission du FMI, Mauro Mecagni, dont la délégation s’est rendue tour à tour à Douala, Kribi, puis Yaoundé. Durant son séjour de deux semaines, cette mission s’est entretenue respectivement avec le Premier Ministre, Philémon Yang ; le Ministre d’Etat Secrétaire Général à la Présidence de la République, Laurent Esso ; plusieurs membres du gouvernement ; des hauts responsables de l’administration ; des délégués locaux du gouvernement ; le secteur privé, les bailleurs de fonds, ainsi que les représentants des syndicats et ceux des organisations de la société civile. Mauro Mecagni a rappelé aux journalistes que cette mission a été effectuée au titre de l’Article IV du FMI. Conformément aux dispositions de cet article, dit-il, le FMI procède, en général tous les ans, à des consultations bilatérales avec ses 186 pays membres. Une mission des services du FMI se rend alors dans le pays à surveiller, recueille des données économiques et financières, et s’entretient avec les responsables nationaux de l’évolution et des politiques économiques du pays. De retour au siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui est soumis à l’examen du Conseil d’administration. À l’issue de cet examen, le Directeur général, en qualité de Président du Conseil d’administration, résume les opinions des administrateurs et ce résumé est communiqué aux autorités du pays.

Au terme de leur récente mission au Cameroun, Mauro Mecagni et ses coéquipiers soulignent que “La crise financière internationale a continué d’affecter l’économie camerounaise à travers une faible demande des principaux produits d’exportations du pays, une baisse des prix moyens internationaux des produits pétroliers en 2009 par rapport à 2008, et des retards dans les investissements directs étrangers. En conséquence, l’activité économique, les comptes budgétaires, et le compte courant extérieur ont été très affectés ». Cependant, ils notent que l’impact de cette crise a été moins sévère qu’initialement anticipé, grâce aux mesures de riposte appropriées prises par les autorités camerounaises, mais aussi, grâce « au soutien du FMI au titre de la composante à accès rapide de la Facilité de Protection contre les Chocs Exogènes, et à la reprise de l’économie mondiale en cours actuellement ». Même si les plénipotentiaires du FMI constatent que la croissance économique au Cameroun a fléchi à 2,0% en 2009, contre 2,9% en 2008, ils pensent néanmoins que « les perspectives économiques du Cameroun demeurent globalement favorables ». C’est ainsi que Mauro Mecagni projette cette croissance économique autour de 3% en 2010. Il prévoit également une accélération dans les années à venir, sous réserve de la consolidation de la reprise mondiale qui pourrait soutenir la demande pour les exportations du Cameroun. La mission a accueilli favorablement le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce) récemment adopté par le Cameroun, et qui définit les objectifs et les priorités à moyen et long termes du gouvernement.

Goulots d’étranglement

La mission du FMI s’accorde sur la nécessité de s’attaquer aux importants goulots d’étranglement dans le domaine des infrastructures qui affectent les perspectives de croissance, et invite les autorités à assurer une mise en oeuvre effective du DSCE notamment en améliorant au préalable les capacités de sélection, d’exécution et de suivi des projets d’investissement public. La mission conseille aux autorités de rechercher les ressources appropriées pour financer ces projets, tout en préservant la viabilité du budget et de la dette, et en maintenant la stabilité macroéconomique. Le FMI, en coopération avec d’autres institutions, se dit prêt à assister le Cameroun dans la mise en oeuvre de son programme économique, y compris à travers la fourniture d’une assistance technique adaptée. « S’agissant du budget 2010, sa faisabilité dépend très fortement de la mobilisation d’un niveau élevé de financements intérieurs, y compris par le recours à un emprunt obligataire et le tirage sur les dépôts de l’Etat auprès de la banque centrale », soutient la mission de Mauro Mecagni qui croit savoir que le budget 2010 pourrait subir la pression des « restes à payer » accumulés sur les ordonnancements des exercices antérieurs. La mission invite par conséquent les autorités à rester vigilantes dans l’exécution du budget 2010 et à se tenir prêtes pour ajuster sa mise en oeuvre en vue d’en assurer la cohérence avec les plans de financement. « Tout en reconnaissant les efforts récents », la mission conseille vivement aux autorités d’accélérer l’achèvement des réformes en cours pour renforcer la gestion des dépenses publiques et de la trésorerie, et pour améliorer la gouvernance et le climat des affaires. Mauro Mecagni et son équipe précisent qu’une mise en oeuvre vigoureuse des réformes programmées dans les domaines des impôts, des douanes, et des entreprises publiques, ainsi que l’apurement des arriérés intérieurs seront cruciaux pour la normalisation des relations avec le secteur privé et le renforcement de la crédibilité de l’Etat, en préparation de l’émission programmée de l’emprunt obligataire sur les marchés financiers intérieur et régional.

Un nouveau programme avec le FMI !

D’après un communiqué de presse remis aux médias, la mission s’est accordée avec les autorités sur la nécessité de préserver la stabilité financière et de veiller à ce que les banques respectent les normes prudentielles. Elle a souligné la nécessité de renforcer la supervision bancaire, et dans ce contexte, de travailler avec l’institution régionale de supervision en vue de renforcer ses capacités. « Il est important que les autorités maintiennent un suivi rapproché des évolutions dans ce secteur tout en accélérant la mise en oeuvre du plan d’action pour le renforcement de l’intermédiation financière, en étroite collaboration avec les institutions régionales », lit-on dans ce communiqué. Il est prévu que le Conseil d’administration du FMI examine les consultations de 2010 au titre de l’Article IV avec le Cameroun d’ici à la mi-juin 2010. Sur insistance des journalistes qui tenaient à savoir si oui ou non, le Cameroun discute en ce moment d’un nouveau programme avec le FMI, comme il se raconte dans les chaumières. Essimi Menye a d’abord botté en touche cette question, comme il l’a d’ailleurs fait une dizaine de jours plus tôt, lors d’une rencontre similaire avec la presse sur cette même visite du FMI. Les journalistes sont revenus à la charge, parce que le programme de cette mission signalait des « discussions préliminaires pour un nouveau programme appuyé par la facilité de crédit (FEC) ». Mais Essimi Menye a réitéré « cette mission obéit essentiellement à la surveillance bilatérale du FMI, dont le rôle est de prendre la température ». Acculé jusqu’à son dernier retranchement, le ministre des finances finira par lâcher le morceau, juste au moment de prendre congé de ces hommes et femmes des médias, décidément plus inquisiteurs que d’ordinaire « On va signer un prochain programme avec le FMI. A partir du DSCE, un programme économique sera discuté avec nos partenaires pour le rendre bancable », crache-t-il, enfin ! La gêne de Essimi Menye est compréhensible. C’est que, en février 2009, devant les mêmes journalistes, le même ministre des Finances jurait qu’après l’atteinte laborieuse du point d’achèvement de l’initiative PPTE, le Cameroun allait désormais mettre sur pied ses propres programmes économiques, au lieu de continuer à s’embourber dans des programmes (assortis d’importants endettements) très contraignants avec le FMI. Le cercle vicieux pointe de nouveau à l’horizon.

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