05/04/2010 14:53:45
Sadi candidat en 2011 ? : Le poisson d'avril qui divise le RDPC
Le Messager
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Dans leur édition du jeudi 1er avril 2010, nos confrères du quotidien Mutations titrent à la une : « RDPC : René Sadi, candidat à la présidentielle de 2011. » Avec en sous titre : « Interview exclusive du secrétaire général du Comité central du parti au pouvoir ». Rendu à la page 3 de cette édition du journal d’Alain Blaise Batongue, on trouve non pas une « Interview exclusive », mais un article non signé, en colonne droite, et illustré avec une belle photo du secrétaire général du comité central du Rassemblement démocratique du peuple Camerounais (RDPC), avec comme titre : « René Emmanuel Sadi candidat !» Ledit article commence, entre autres, par donner une biographie sommaire de René Sadi, notamment la date de son arrivée à la tête du secrétariat du comité central du RDPC, la date de sa naissance, où il a été formé, où il a travaillé, avant d’indiquer qu’il est « un proche parmi les proches du chef de l’Etat dont il est d’ailleurs de tous les déplacements à l’étranger. »  Et de continuer : « C’est depuis l’étranger où il se trouve avec le couple présidentiel qu’il a confié son désir de se jeter dans la bataille pour la succession de Paul Biya en 2011 ».

Après la présentation du parcours de René Emmanuel Sadi, l’article gagne alors en densité dans l’argumentaire politique sur l’action de René Emmanuel Sadi : « Depuis son accession à la tête de la structure administrative du RDPC en avril 2007, il s’est montré particulièrement actif dans la mobilisation pour la reconduction de l’actuel chef de l’Etat à son poste au cours de la prochaine élection présidentielle. On l’a récemment vu à Douala, après avoir engagé le tour des sections du Mfoundi, tournée qu’il a d’ailleurs dû interrompre en raison de son déplacement avec le président de la République ». C’est juste après avoir lu cette phrase que le lecteur découvre en gras le canular : « En ce 1er avril 2010, nous vous remercions, chers lecteurs, d’avoir dégusté ce succulent poisson d’avril. Bon appétit ! »

Mauvais goût

L’idée humoristique qui apparaissait lumineuse en ce jour où une tradition bien ancienne célèbre de par le monde le mensonge amical, du moins pas du tout méchant, s’est très vite apparentée à un séisme au sein de la classe politique en général et en particulier du parti au pouvoir. Non pas que les acteurs n’aient pas reconnu le droit à nos confrères de Mutations de pouvoir se livrer à ce jeu excitant, mais plutôt que le choix de la personne qui en constitue le premier acteur, ne soit pas du tout véritablement innocent. Un proche du ministre Sadi qui a joint au téléphone Le Messager explique ahuri : « Je n’arrive pas à m’expliquer une chose : pourquoi les journalistes n’ont choisi que le nom de Sadi pour se livrer à ce poisson d’avril ? Pensez-vous que ce soit gratuit ? Je ne pense pas. Il n’y qu’à voir comment le texte est rédigé. On fait la présentation de René Sadi. On vante ce qu’il est entrain de faire en ce moment au niveau du comité central du RDPC. Tout cela est voulu, et a pour but à la fin, de créer la zizanie entre le président Paul Biya et son fidèle collaborateur. En fait, faire douter le président Paul Biya sur la loyauté de René Sadi. C’est pour cela que ce jeu, qui à notre sens est loin d’être innocent, est dangereusement voulu par des groupes qui en veulent à Sadi, pour sa très grande proximité avec le président. C’est pour cela que nous ne pouvons que le prendre mal ».

Joint au téléphone le week-end denier, alors qu’il se trouvait dans son village du côté du Mbam et Inoubou, le rédacteur en chef du quotidien Mutations marque son étonnement sur l’ampleur qu’a pris cette affaire de poisson d’avril sur René Emmanuel Sadi. Il explique alors qu’en conférence de rédaction avec son équipe, il y aurait eu une longue discussion sur au moins trois sujets qui auraient été proposés. Finalement, c’est celui sur Sadi qui aurait été adopté. « Nous l’avons fait en toute simplicité et toute responsabilité. Sans aucune pression. Mais personne, mais alors personne, parmi les journalistes de Mutations n’a eu envie de nuire à Sadi comme je l’entends ça et là. J’ai beau expliquer cela, mais beaucoup parmi les gens qui m’appellent depuis que le journal est sorti ne veulent pas me croire. J’ai décidé de ne plus répondre lorsque je serais à nouveau interpellé. Mais ce que je veux dire pour finir, est qu’il faudrait que les gens qui entourent Sadi apprennent à ne pas semer la fébrilité autour de lui. »

En réalité ce que Xavier Messe et ses collaborateurs ne savent peut être pas, c’est que cette affaire de « René Sadi candidat ! », semble désormais diviser au sein du RDPC et du sérail politique. Du moins en termes de soupçons. Un politologue du parti au pouvoir explique : « Ce qui est, et je n’en doute pas, une simple blague peut être de mauvais goût, initié par les journalistes du Mutations peut prendre la forme d’un complot contre René Emmanuel Sadi. Tout le monde sait que Paul Biya est jaloux de son pouvoir. Il n’aime pas entendre que quelqu’un d’autre gagne en popularité. Surtout quelqu’un qui est à ses côtés. Les ennemis de Sadi dans le système, puisqu’ils y en a, le savent très bien. Surtout que Sadi semble bien s’entendre avec le chef. Il est de tous ses voyages et de toutes ses intimités politiques. Cela créé évidemment des mécontents qui peuvent utiliser toutes armes, conventionnelles ou non conventionnelles pour essayer d’éloigner Sadi du président. Et mieux isoler le président. Ce qui est en jeu ici, c’est la succession de Paul Biya. Les lobbies sont formés et s’affrontent cruellement au sein du sérail. Maintenant est-ce que ces lobbies se sont servis à distance de Mutations pour déstabiliser René Sadi que l’on sait discret dans sa vie, qui n’a pas de casseroles, et que certains considèrent à tort ou à raison comme l’un des potentiels successeurs du Prince ? Difficile à savoir. Chacun peut se faire son jugement. Reste à attendre l’attitude de Paul Biya face à cette affaire qui est loin d’être terminée. Mais la vraie question est de savoir pourquoi Sadi et non pas Esso Laurent, ou alors Marafa ou Amadou Ali ? Voilà la question que beaucoup de proches du secrétaire général doivent légitimement se poser ». Tout cela pour un poisson d’avril...

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