07/04/2010 12:37:59
Opération Epervier: Les Fons du Nord-Ouest soutiennent Forjindam
Le Messager
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Plus d’une dizaine de Fons (chefs traditionnels) de la région du Nord-Ouest parmi lesquels Fon Angwafo III de Mankon, Fon Dr Ganyonga II de Bali, Fon Gwan Mbanyamsig III de Guzang, soutiennent et réconfortent Zaccheus Forjindam. Ils viennent de réaffirmer ce soutien dans une lettre adressée à l’ex Dg du chantier naval et industriel du Cameroun (CNIC) placé en détention préventive depuis plus d’un an à la maison d’arrêt de New-Bell Douala pour présomption de détournement de derniers publics. Dans cette correspondance parvenue hier 6 avril 2010 à notre rédaction, au moment où nous mettions sous presses, les « gardiens de la tradition » se montrent impatients devant la lenteur que connaît le déroulement de ce procès.

« Nous avons pendant tout ce temps, attendus que la justice prenne en main son indépendance dans cette affaire, soit en vous punissant, soit en vous libérant purement et simplement (traduction libre de l’auteur, ndlr)». Pour les Fons signataires de cette lettre, « nous n’avons aucun doute sur la confidence que tu nous avais faite (traduction libre de l’auteur, ndlr)». Selon les investigations de Le Messager, cette confidence a trait aux déclarations portant sur son innocence que Zaccheus Mungwe Forjindam leur avait faites concernant les faits qui lui sont reprochés. « Tu nous as par le passé clamé ton innocence sur les charges contre ta personne disant que tu as rendu service à l’Etat et au public sans te servir, avec honnêteté, franchise et transparence dans la gestion  des affaires (traduction libre de l’auteur, ndlr))» au Cnic lit-on sur cette correspondance.

Les Fons ne manquent pas de souligner toute l’estime que « le public camerounais, du plus petit au plus grand avait à l’égard de l’ex DG de Chantier naval (traduction libre de l’auteur)». Par conséquent, ils « prient le pouvoir judiciaire de procéder avec célérité, sans peur ni faveur  au jugement (traduction libre de l’auteur, ndlr)» de Zaccheus Forjindam. C’est avec plein d’espoir que les chefs traditionnels du Nord-Ouest réaffirment de leur soutien l’Ex-Dg : « Cher fils, soit rassuré, nous pensons à toi. Nous restons convaincus que la justice de notre pays qui est fait d’hommes et de femmes intègres, doués d’un sens de probité et de conscience professionnelle, vous déclarera coupable ou non coupable après leurs investigations (traduction libre de l’auteur, ndlr)». Et de conclure : « Nous espérons que tu nous rejoindras dans les prochains jours afin qu’ensemble nous continuions nos activités politiques, socio-culturelles et économiques dans cette région où tu as toujours joué les premiers rôles (traduction libre de l’auteur, ndlr)».

Focal: Qu’est-ce qui fait courir les Fons du Nord-Ouest ?

La démarche des Fons du Nord-Ouest est un précédent inédit à noter depuis le déclenchement de l’Opération Epervier en 2006. C’est en effet la première fois que de façon officielle, des personnalités publiques de ce niveau marquent leur solidarité à un des leurs. Certes, dans un mémorandum anonyme adressé au président de la République, certaines personnes se réclamant du Grand centre avaient bien tenté une démarche. « Sous le couvert de l’opération épervier, vous avez entrepris de faire arrêter tous ceux qu’on vous a présentés comme détourneurs des deniers publics. Cela semble une coïncidence mais il apparaît clairement qu’il ne s’agit en fait que de nos fils méritants et ceux ayant une stature d’homme d’Etat. Sans nous attaquer à votre pouvoir, le Grand centre se pose une question: Quand vous ne serez plus là pour défendre nos intérêts, lequel de nos fils tiendra notre flambeau si tous sont en prison? », s’émeuvaient-ils en juin 2009. Mais les signataires de ce brûlot du reste dénoncé en son temps par quelques élites proches de la mangeaoire (sans doute guidées par la crainte de perdre leurs positions autour de la table), n’avaient manifesté un soutien aussi clair et précis en faveur d’un des leurs « fils », contrairement à l’initiative des Fons du Nord-Ouest.

Ceux-ci n’en sont pas à leur première. On se souvient que l’année dernière déjà, des Fons avaient déjà pris l’initiative d’aller rencontrer Zacchaeus Forjindam à la prison centrale de Douala. Pour lui dire en face leur soutien dans l’épreuve qu’il traverse. En fevrier 2009, des jeunes du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) issus des différentes sections et sous-sections du Nord-Ouest, au terme d’une visite à la prison de New-Bell, avaient déjà demandé sa libération pure et simple. Certes, la position des Fons telle qu’affirmée dans la lettre qu’ils viennent de lui adresser est plus nuancée, mais il reste tout de même que leur démarche tranche avec la reserve que les autres régions, organisations et autres élites observent jusqu’ici autour de la gestion de l’Opération Epervier par le pouvoir de Yaoundé. Que cache en réalité cette sortie des Fons du Nord-Ouest ? S’agirait-il de faire pression sur le locataire d’Etoudi ? On peut en douter car le canal utilisé semble à cet effet inadéquat pour un tel lobbying pour qui sait comment Biya réagit à ce genre d’initiatives... Ce qui apparaît en revanche de façon claire, c’est l’appel à plus de célérité de la part de la justice dans le traitement de ce dossier. Une préoccupation qu’on pourrait étendre à la plupart des accusés de l’Opération Epervier et plus globalement au reste des justiciables camerounais. Qu’est-ce qui fait donc courir les Fons du Nord-Ouest ?

Donat Suffo

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