16/04/2010 14:38:19
Yaoundé sous le spectre du retour des bandes armées
Le Messager
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Forces de l'ordre, où êtes-vous ?

« Ils savent seulement couper l'argent aux taximen. Quand on les appelle pour venir nous sauver des agressions, on ne les voit jamais ». Ces propos acerbes sont prononcés par une dame d'âge mûr, dans un taxi au lieu-dit Olézoa à Yaoundé. Elle se souvient encore du jour où, assaillis par des bandits dans leur domicile à Nsimeyong, son mari et elle, ont dû attendre plus d'une heure pour voir arriver la police, après que les bandits aient fini leur besogne. Le sentiment de la dame traduit en quelque sorte celui de la plupart des populations de Yaoundé. Ces dernières estiment que les forces de l'ordre ont quelque peu lâché du lest en ce qui concerne la sécurité des biens et des personnes depuis quelques temps.

Francis, un des locataires braqués au camp « Ondoua » au quartier Obobogo, le 10 avril 2010, n'y va pas du dos de la cuillère : « rendez-vous compte que nous avons appelé les ESIR [Equipes spéciales d'intervention rapide, Ndlr] et qu'un pick-up de la police est arrivé seulement 45 minutes après le départ des bandits ». En fait, selon lui, ces équipes portent très mal leur nom puisqu'elles sont pour la plupart du temps « lentes » dans leurs interventions. En plus de cela, les Yaoundéens ont un autre grief à l'encontre des forces de l'ordre. « Je ne remets pas en cause leur travail. Mais, il faut bien que les autorités sachent que les unités mobiles d'intervention de la police et de la gendarmerie sont souvent aux abonnés absents lorsqu'on a besoin d'elles », souligne Bernard Zacharie Ovouda, employé dans un établissement de micro finance. L'on ne cite pas les nombreux cas où, appelés en urgence, les policiers ou les gendarmes ne sont jamais arrivés sur les lieux alors que les bandits y avaient passé beaucoup de temps pour opérer. « Parfois, lorsque vous composez le fameux 117, on vous répond carrément que l'on ne peut pas se déplacer faute de carburant dans les véhicules. Ou alors, on vous dit qu'on envoie une patrouille, mais au bout de 30 minutes vous ne voyez rien arriver. Et quand vous les relancez, ils vous disent la même chose et pour finir, ils ne sont jamais là », se plaint un jeune gérant de call box.

Pourtant, des sources au sein de la police et de la gendarmerie arguent que les unités d'intervention ne chôment pas. « Il ne se passe pas un seul jour sans que des patrouilles interviennent au sujet des agressions et braquages. Chaque fois que nous avons un appel d'urgence, nous intervenons dans des délais raisonnables. Parfois, nous arrivons sur les lieux et mettons la main sur les bandits. Parfois, nous arrivons un peu tard », se défend un officier de police qui a préféré garder l'anonymat. Cet homme en tenue estime par ailleurs que les populations ont plus ou moins la mémoire courte. « L'on ne peut pas faire un travail parfait. Mais, il faut que les gens se souviennent que chaque jour, nous sommes aux trousses des bandits et nous en attrapons beaucoup. Que l'on se réfère seulement aux cas relayés par les médias et on comprendra que les forces de l'ordre ne dorment pas du tout », soutient-il. Certes, des bandits sont arrêtés presque tous les jours dans la capitale camerounaise, mais qu'est-ce qui peut bien causer les retards dans les interventions ? Un autre policier rencontré au lieu dit Montée Ane rouge tente une explication : « vous savez, parfois lorsqu'elles appellent, les populations ne donnent pas souvent des indications claires quant à localisation du lieu du crime. Ce qui fait que nous pouvons parfois avoir des difficultés pour se retrouver et cela peut causer des retard ». Quoi qu'il en soit, Yaoundé est de nouveau assaillie par les braquages en bandes. Et les pouvoirs publics doivent de nouveau bouger et réagir.

Alain Noah Awana

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