26/04/2010 04:37:24
Décès de Bibi Ngota: le CPJ écrit au président Biya
Le Comité pour la protection des Journalistes écrit au Président du Cameroun aujourd'hui pour appeler à une enquête publique sur la mort du rédacteur en chef Germain S. Ngota Ngota.
Comité pour la protection des Journalistes
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25 Avril, 2010

S.E. Paul Biya

Président de la République du Cameroun

Yaoundé, Cameroun

Fax: (237) 22 20 33 06

Cher Monsieur le Président,

Suite au décès jeudi dernier du journaliste Germain S. Ngota Ngota, dont la santé s'est détériorée pendant son incarcération à la prison de Kondengui sise à Yaoundé, la capitale camerounaise, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) vous invite à ouvrir une enquête officielle, approfondie et transparente sur les circonstances de sa mort. Nous vous convions aussi à fournir des garanties pour le bien-être de trois autres journalistes détenus dans les prisons camerounaises et à vous pencher sur les abus continus, notamment les allégations de torture par des agents de l’État, contre des journalistes indépendants ayant soulevé des questions sensibles concernant la gestion de votre administration.

M. Ngota, directeur de publication de l’hebdomadaire privé Cameroun Express, est mort des suites d’une « négligence, d’un manque de soin » et par « non assistance », selon un certificat de décès que sa famille à partagé avec les journalistes. Le défunt journaliste, connu sous le son surnom de Bibi,  souffrait d’hypertension artérielle et d’une hernie. Citant le père de M. Ngota, le quotidien Le Jour a indiqué que l’état de santé de son fils a été diagnostiqué par un médecin de la prison identifié comme étant le Dr. Ndi.

M. Ngota a été arrêté le 25 février dernier, en même temps que Harrys Robert Mintya et Serge Sabouang, respectivement directeurs de publication des journaux Le Devoir  et La Nation, à la suite d'une plainte du ministre d’État secrétaire général de la présidence du Cameroun et président du conseil d’administration de la Société nationale des hydrocarbures (SNH),  Laurent Esso, pour avoir enquêté sur des allégations de corruption impliquant M. Esso. Les journalistes ont été ensuite transférés en mars dernier à la prison de Kondengui pour une détention provisoire, pouvant durer jusqu'à six mois et renouvelable deux fois, a déclaré au CPJ leur avocat Jean-Marie Nouga.

Trois semaines avant son arrestation par la police, M. Ngota a été cueilli par des agents de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) du Cameroun alors qu’il se faisait traiter pour hypertension artérielle à l'hôpital du district de Biyem-Assi à Yaoundé, a confié son père au quotidien Le Jour. Il a été détenu au secret sans inculpation avec MM. Mintya et Sabouang ainsi que le journaliste Simon Hervé Nko'o de l'hebdomadaire Bebela. Le gouvernement n’a toujours pas répondu publiquement aux allégations de M. Nko'o selon lesquelles des agents de sécurité ont recouru à la torture psychologique et physique pour forcer les journalistes à révéler leurs sources pour un document sur lequel étaient fondées les allégations de malversation financière. M. Nko'o a depuis fui dans la clandestinité.

Votre Excellence, nous tenons le gouvernement camerounais responsable du sort de trois autres directeurs de publication actuellement détenus dans des établissements pénitentiaires au Cameroun, notamment MM. Mintya et Sabouang et Lewis Medjo du défunt hebdomadaire La Détente Libre. La santé de M. Medjo, incarcéré depuis septembre 2008 à la prison de New Bell sise à la ville commerciale de Douala, s'est détériorée pendant sa détention. Il n’entend plus de son oreille droite suite à une grave otite survenue pendant qu'il purge sa peine de trois ans d’emprisonnement pour avoir commenté un décret présidentiel, son frère Michée Medjo Gatheu a déclaré au CPJ.

En conséquence, nous vous exhortons à prendre d'urgence toutes les mesures nécessaires pour assurer que des enquêtes transparentes sur la mort M. Ngota et les allégations de torture à l'encontre de M. Nko'o soient menées, et que les résultats soient rendus publics. Nous vous incitons également à demander des comptes à tous les agents publics impliqués dans les abus contre les journalistes indépendants et vous exhortons à initier des réformes sur la presse au Cameroun, notamment sur la dépénalisation des délits de presse, pour que les médias soient en en mesure de traiter des questions relatives à la gestion des finances publiques et de couvrir l’actualité sans crainte de représailles.

Merci de l’attention que vous prêtez à ces questions très importantes. Nous attendons votre réponse.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de nos sentiments distingués.

Joël Simon

Directeur Exécutif

 

CC:

H.E. Bienvenue Joseph Charles Foe Atangana, Ambassadeur du Cameroun aux Etats-Unis

Johnnie Carson, Secrétaire d'État Assistant pour les Affaires Africaines, Département d'État

Hon. Jean-Jacques Ekindi, Membre de l'Assemblée Nationale du Cameroun
Sen. Russ Feingold, Membre Majoritaire, Sous-Comité Sénatorial sur les Affaires Africaines

Sen. Richard Durbin, Chef de la Majorité Assistant, Sénat des États-Unis

Benoît Sossou, Représentant de l'UNESCO au Cameroun

Ekue G. Kpodar, Représentant du Fonds Monétaire International au Cameroun

Mary Barton Dock, Directeur de la Banque Mondiale Cameroun

Faith Pansy Tlakula, Rapporteur Spécial Commission Africaine sur la Liberté d'Expression

Manfred Nowak, Rapporteur Spécial de les Nations Unies sur la Torture et autres Peines

Comité des Nations Unies Contre la Torture
Fédération Internationale des Droits de l'Homme
H.E. Janet Garvey, Ambassadeur des États-Unis au Cameroun

Michelle Gavin, Directeur Afrique, des États-Unis du Conseil de Sécurité Nationale

Michael Posner, le Secrétaire Américain Assistant pour la Démocratie, des Droits de l'Homme et du Travail,  Département d'Etat

H.E. Bruno Gain, Ambassadeur de France au Cameroun

H.E. Raul Mateus Paula, Chef de la Délégation de l'Union Européenne au Cameroun

Fédération Internationale des Journalistes
Liberté d'Expression et l'Unité la Démocratie, l'UNESCO
La Maison de Liberté

Journalistes Canadiens pour la Liberté d'Expression

 

___________________________________________________________________________________________________

 

April 25, 2010

H.E. Paul Biya
President of the Republic of Cameroon
Yaoundé, Cameroon

Via facsimile: (237) 22 20 33 06

Dear President Biya,

Following Thursday’s death of newspaper editor Germain S. Ngota Ngota, whose health deteriorated while he was incarcerated in Kondengui Prison in the capital, Yaoundé, the Committee to Protect Journalists calls on you to launch a public, thorough, and transparent inquiry into the circumstances of his death. We urge you to provide guarantees for the well-being of three other journalists held in Cameroonian prisons and address ongoing abuses—including allegations of state torture—against independent journalists who raise questions about the administration’s performance.

Ngota, editor of the private bimonthly Cameroon Express, died from “abandonment, improper care” and “failure to render assistance,” according to a prison death certificate that his family shared with journalists. Ngota, known by his nickname Bibi, suffered from high blood pressure and a hernia. Daily Le Jour quoted Ngota’s father as saying that his son’s medical conditions were diagnosed by a prison doctor identified as Dr. Ndi.

Ngota was arrested on February 25, along with editors Harrys Robert Mintya of Le Devoir and Serge Sabouang of La Nation, in connection with a criminal complaint from top presidential aide Laurent Esso in response to their investigation of corruption allegations involving Esso and the state oil company, National Hydrocarbons Company (SNH). The journalists were transferred to Kondengui prison in March under terms of pre-trial detention—which can lasts up to six months and can be extended twice, lawyer Jean-Marie Nouga told CPJ.

Three weeks before his arrest by police, Ngota was picked up by agents of the Cameroon intelligence agency (DGRE) while being treated for high blood pressure at Biyem-Assi district hospital in Yaoundé, Ngota’s father told Le Jour. He was held incommunicado without charge with Mintya, Sabouang and reporter Simon Hervé Nko’o of Bebela. The government has not publicly addressed Nko’o’s claims that security agents used psychological and physical torture to force the journalists to reveal their source for a document on which the allegations were based. Nko’o has since fled into hiding.

Your Excellency, we hold the government of Cameroon responsible for the well-being of the three newspaper editors currently held in state detention facilities, namely Mintya, Sabouang and Lewis Medjo of the defunct weekly La Détente Libre. Imprisoned since September 2008 at New Bell prison in the commercial city of Douala, Medjo’s health has deteriorated while in custody. He lost hearing in his right ear as a result of a severe ear infection while serving a three-year sentence over his coverage of a presidential decree, his brother Michée Medjo Gatheu told CPJ.

Accordingly, we exhort you to urgently take all the necessary steps to ensure that transparent investigations into Ngota’s death and allegations of torture against Nko’o are conducted, and that the results be made public. We ask you to hold to account all officials involved in abuses against their critics in the press and we urge you to initiate media reforms, particularly the decriminalization of press offenses, so that the press is able to raise questions about the management of public finances and cover the news without fear of reprisals.

Thank for your attention to these very important matters. We look forward to your response.

Sincerely,

 

Joel Simon
Executive Director

CC:

H.E. Bienvenue Joseph Charles Foe Atangana, Ambassador of Cameroon to the United States

Johnnie Carson, Assistant Secretary of State for African Affairs, U.S. Department of State

Hon. Jean-Jacques Ekindi, Member of National Assembly of Cameroon
Sen. Russ Feingold, Ranking Majority Member, Senate Subcommittee on African Affairs

Sen. Richard Durbin, Assistant Majority Leader, United States Senate

Benoît Sossou, UNESCO Representative in Cameroon

Ekue G. Kpodar, International Monetary Fund Representative in Cameroon
Mary Barton Dock, World Bank Cameroon Director of Operations
Faith Pansy Tlakula, African Commission Special Rapporteur on Freedom of Expression

Manfred Nowak, U.N. Special Rapporteur on Torture and Other Cruel, Inhuman and Degrading Treatment or Punishment
United Nations Committee against Torture

International Federation for Human Rights

H.E. Janet Garvey, Ambassador of the United States to Cameroon
Michelle Gavin, Africa Director, U.S. National Security Council

Michael Posner, U.S. Assistant Secretary for Democracy, Human Rights, and Labor, U.S. Department of State

H.E. Bruno Gain, Ambassador of France to Cameroon

H.E. Raul Mateus Paula, Head of the European Union Delegation to Cameroon

International Federation of Journalists
Freedom of Expression and Democracy Unit, UNESCO
Freedom House

Canadian Journalists for Free Expression

 

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