27/04/2010 12:30:19
Bosco Tchoubet: "Le Cameroun a perdu près de 400 milliards avec l'affaire Titus Edzoa."
Le Messager
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Votre radio dispose d’une émission qui traite des sujets très sensibles et touchant même la vie de la nation. C’est quoi cette émission « Dans la Ligne de mire » ?
C’est un programme au format presque inhabituel que je lance en 2001 avec ma radio dans un contexte où la corruption et les détournements de fonds publics sont érigés en règle de gestion. Il fallait pour cela une émission chaude sur un ton explosif et libre. ‘’Dans la ligne de mire ‘’ traite des sujets politiques, économiques, sociaux, et même sportifs que beaucoup de journalistes refusent de faire parce que craignant pour leur avenir.

Qu’est-ce qui explique le fait que l’émission se soit presque spécialisée sur l’affaire ministère public, Etat du Cameroun contre Titus Edzoa, Atangana Abega Michel Thierry et consorts ?

C’est une affaire qui date depuis juin 1997. Nous avons suivi tous les événements qui l’ont entourée : les arrestations, la déclaration de candidature de Titus Edzoa, sa sortie médiatique dans le journal La Nouvelle Expression quelques jours après, son arrestation et son incarcération à la maison d’arrêt de Kondengui. Il y a surtout eu ces fameuses écoutes téléphoniques qui ont révélé au grand jour la cabale de deux ministres en fonction contre le nommé Edzoa Titus. Condamné à 15 ans de prison dans une espèce de procès en sorcellerie, il a fallu attendre 11 années pour que le juge d’instruction Pascal Magnaguémabé rende une ordonnance de non lieu partiel qui disculpe Thierry Atangana. La détermination de notre radio à roder autour de l’affaire vient de ce que dans l’opinion nationale et internationale, mon pays a été présenté comme un Etat de l’arbitraire. Il a même été dit que le Cameroun était contre les intérêts de l’Hexagone dans l’histoire en gardant le représentant d’un groupe d’investisseurs français en prison. Ce qui est de nature à brouiller nos relations avec la France. Des relations vieilles de plus d’un siècle qui ne sauraient être entamées pour des considérations de bas étage.

Ils sont nombreux ceux qui disent que les médias s’occupent de cette affaire maintenant parce qu’ils ont été achetés.

Le journaliste s’intéresse aux faits. Je les présente simplement et demande à ceux qui ternissent l’image de mon pays d’arrêter. Je défends mon pays.

Dans le quotidien Mutations, le professeur Edzoa a récemment reconnu que Michel Thierry Atangana Abega est innocent et qu’il faut le libérer. Quelle lecture faites- vous de cette déclaration ?

Il aurait dû le faire un peu plus tôt. Dommage qu’il ait attendu plus d’une dizaine d’années. Qu’il le reconnaisse aujourd’hui, il ne fait que conforter la décision du juge d’instruction. Son silence a tout de même été préjudiciable pour le représentant du groupe français que je viens d’évoquer. Et lorsqu’on sait que l’entreprise venait développer entre autres l’infrastructure routière du Cameroun, on ne peut qu’être triste.

La déclaration du Professeur Edzoa vient-elle donc mettre à nu certains mensonges au sujet de ses rapports avec Michel Thierry Atangana notamment la Rose Croix, le milliardaire, les immeubles, l’homme de main et directeur de campagne, sa nationalité française... ?

Au sujet de la Rose Croix. En tant que journaliste, pour ce qui est des considérations ésotériques et religieuses de l’homme Thierry Atangana, j’avoue que c’est un terrain qui m’échappe. Nous n’avons pas à deviner le sexe des anges. Il y a des faits sur lesquels nous structurons notre argumentaire. Sur la fortune supposée ou réelle de l’intéressé, une fois de plus je suis mal placé pour en parler. Le moment viendra où lui-même pourra s’exprimer là-dessus. Cependant, peut-on représenter un grand groupe français sans y travailler, sans y être actionnaire ? Ainsi je peux dire sans ambages qu’il peut s’investir dans l’immobilier. Et nulle part au cours des auditions, il n’a été mentionné que les trois immeubles de Yaoundé appartiennent à Edzoa Titus.

Le directeur de campagne et homme de main ?

On a tendance à poser la question inverse quand on connait le dossier. Je voudrais faire un rappel chronologique des événements. Lorsque Titus Edzoa est nommé Secrétaire général à la Présidence de la République, Thierry Atangana s’y trouve déjà en tant que président du Comité de pilotage et de suivi des projets routiers, comme représentant de ce groupe d’investisseurs français. Ce qui est un autre couloir. Ces faits sont vérifiables. Les lier me parait illogique.

Plusieurs personnes, et même les journalistes, ont remis en cause la nationalité française du représentant de ce groupe d’investisseurs.

Ceci aussi est vérifiable. Monsieur Atangana Abega Michel Thierry est citoyen français depuis 1988, quoiqu’en dise une certaine presse instrumentalisée.

Dans l’une de vos émissions, vous demandez que le professeur Edzoa soit aussi libéré. Sur quoi vous fondez-vous ?

Nous sommes dans une logique de sanctionner les détournements de deniers publics. Il a déjà été condamné à 15 ans. Titus Edzoa est une entité négligeable. Au terme de sa peine, il faudra que le sommet de l’Etat montre qu’il ne s’agit pas d’un acharnement. En revanche, ceux qui ont induit la justice en erreur comme Ambassa Zang et Mapouna doivent en répondre.

Thierry Atangana a-t-il commis des erreurs dans cette affaire, vous qui la suivez depuis 13 ans ?

Je ne pense pas. Il a gardé une attitude immuable dès le premier jour. Il n’a jamais attaqué ni le pouvoir ni même le prof (Edzoa Titus, Ndlr). Peut-être paye –t-il d’avoir osé refuser d’épouser la fille d’un de ces puissants ministres en fonction à l’époque. Vous voyez que cette histoire relève de l’ysopet, ce recueil de fables du Moyen-âge. C’est une erreur judiciaire qui a été commise et qu’il faut réparer avec ce que cela comporte comme dommages.

Dans cette affaire, il y a certainement quelqu’un qui paie la note.

Il est clair que chaque fois qu’on détruit un investissement, c’est le Cameroun qui perd. Tous les jeunes n’aspirent qu’à trouver un emploi. Le groupe français a fait une école de Travaux publics au Cameroun et ces ingénieurs ont besoin d’énormes expériences pour consolider notre environnement économique et social. Détruire ce potentiel est incroyable. Selon les documents du dossier d’instruction au greffe, on a perdu l’équivalent de 300 à 400 milliards de Fcfa de lignes de financements montés par M. Atangana. Sans compter les salaires des employés du Comité qu’il faudra payer… Il est clair qu’après l’affaire des 9 milliards de Vergès, c’est un autre scandale.

On observe néanmoins un silence de la France qui ne vole pas au secours de son citoyen incarcéré dans un pays ami.

La France a d’abord jugé que l’affaire pouvait se résoudre en dehors de son arbitrage. Elle a voulu prendre du recul tant qu’elle était présentée comme de droit commun. Il est question à ce jour que la procédure en cours soit épuisée et qu’on applique la loi.

Robert Ngono Ebode

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