28/04/2010 14:45:14
Le pouvoir de Yaoundé règle ses comptes... politiques
Le Messager
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Le Centre d’accueil de la presse étrangère(CAPE), au Grand Palais, à Paris, abritait une conférence de presse lundi, 26 avril. Le thème, «Instrumentalisation de la Justice et règlement de comptes politiques au Cameroun» a attiré bon nombre de médias africains et internationaux. Sur le panel des intervenants, Pius Njawé, président de Free média group, société qui édite le quotidien camerounais Le Messager, et Me Rémi Barousse, avocat à la Cour de Paris et conseil de Michel Thierry Atangana, détenu dans les geôles du secrétariat d’Etat à la défense (SED), à Yaoundé depuis 13 ans. La manifestation, qui a ouvert sur une minute de silence en la mémoire du journaliste camerounais Germain Bibi Ngota, décédé jeudi dernier à la prison de Kondengui, à Yaoundé, alors qu’il était en détention préventive depuis le 10 mars dernier, aura permis aux représentants des médias présents de toucher du doigt les réalités de la collusion entre l’appareil judiciaire et le pouvoir politique sous le régime de Paul Biya, le président de la République du Cameroun.

D’entrée de jeu, le directeur de publication du quotidien Le Messager, Pius Njawé, s’appuyant sur le décès du journaliste camerounais, plante le décor : «La situation que connaît le Cameroun en matière des droits de l’Homme est préoccupante. C’est un pays victime d’une conspiration du silence. Depuis longtemps, une des gymnastiques préférées de la Justice camerounaise, c’est le règlement de comptes à des fins politiques.» Et de souligner: «13 ans après l’émoi de Mongo Béti contre les arrestations fantaisistes de personnalités politiques au Cameroun, on se rend compte aujourd’hui qu’il avait malheureusement raison. Les évènements de février 2008 au Cameroun, n’étaient pas seulement des émeutes contre la faim. Il s’agissait aussi de protester contre le projet de modification de la Constitution par Paul Biya.» Rappelant que l’artiste Lapiro de Mbanga, auteur d’un double single fin 2007 sous le titre de «La constitution constipée», « a été arrêté en avril 2008 et condamné à 3 ans de prison ferme. De même, Paul Eric Kinguè, le maire de la commune de Njombe-Penja a eu le malheur de réclamer d’une société française de plantations de bananiers le paiement des taxes qu’elle ne versait pas jusque-là. Il a, lui aussi, été arrêté et jeté en prison. Plus récemment, le cas de notre confrère Bibi Ngota, arrêté et coffré malgré un état de santé précaire, en compagnie d’autres journalistes alors qu’ils étaient en train de recouper une information sur un document concernant le secrétaire d’Etat de la présidence de la République. Bibi Ngota en est mort.»

«Briser la conspiration du silence»

Dernier chapitre qui, aux yeux de Pius Njawé illustre parfaitement cette instrumentalisation de la Justice à des fins de règlement de comptes politiques au Cameroun, l’opération dite Epervier: «Sous l’apparence d’une action d’assainissement des finances publiques, il s’agit en réalité d’une opération à tête chercheuse dirigée notamment contre le groupe des personnalités politiques qui envisageaient de se présenter à l’élection présidentielle de 2011. Le fameux G11. C’est déjà ce qui avait valu à Titus Edzoa, candidat déclaré à la présidentielle de 1997, d’être arrêté et emprisonné». Une analyse que partage visiblement Me Rémi Barousse, dont le client Michel Thierry Atangana est lui aussi tombé dans les mailles du régime «parce que proche de Titus Edzoa». L’avocat français en profite donc pour «dénoncer le silence des autorités françaises qui semblent avoir choisi le parti d’abandonner un ressortissant français détenu dans les pires conditions de violation des droits humains, dans une prison non officielle depuis 13 ans.C’est pourquoi nous devons briser cette conspiration du silence.»

Les représentants des médias qui ont pris part à cette conférence de presse au Cape, lundi 26 avril à Paris, ont pu mesurer à quel point le combat de Pius Njawé et de Me Rémi Barousse est difficile. Et l’un d’eux n’a pas hésité à demander aux deux intervenants, «comment faire pour gagner un combat qui ressemble à s’y méprendre au pot de terre contre le pot de fer?» Réponse de Rémi Barousse: «Le Cameroun a l’apparence d’un Etat de droit, mais ce n’est pas un Etat de droit. Puisque si je comprends bien, au Cameroun, on commence d’abord par envoyer les gens en prison avant de rechercher les preuves qui peuvent justifier cette mise en arrêt. Mais je ne renoncerai pas à me battre jusqu’au bout pour Michel Thierry Atangana.» Quant à Pius Njawé, il est convaincu qu’avec «l’aide de Dieu, cette conspiration du silence tant du côté de la France que de la communauté internationale sera brisée.»

Jean Celestin Edjangue

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