28/04/2010 18:52:42
Cameroun : cris et vol de charognards sur la dépouille de Bibi Ngota
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L’arrière, la haute et la basse cour des plumitifs camerounais, s’est bruyamment égayée sur la scène publique toutes serres dehors, en poussant des cris d’orfraies, pour s’indigner du décès du malheureux Directeur de la publication de Cameroun Express. Une formidable manifestation...d’hypocrisie comme seuls les hommes de canards locaux savent l’exprimer. Chacun, avec des yeux de merlan frit, s’est découvert une âme de défenseur du journaliste refroidi. De ces caquètements, on retient que Bibi était malade, qu’on savait qu’il ne tiendrait pas le coup en prison et cot… cot… cot… Comme par hasard, tous ces roucoulements d’amour post mortem viennent à la suite de l’indignation des grandes puissances ; de la part de ceux là mêmes qui quelques jours plus tôt, l’écrasaient de leur mépris. C’est le cas notamment des paons de Mutations qui, rendant compte de l’arrestation de ces confrères, parlaient de « journalistes ». Les guillemets ici remettent en cause la qualité de journalistes à ces messieurs présentés mezza voce comme des corbeaux «maîtres chanteurs ». Ceci précisément par des gens qui ne brillent ni par l’esprit, ni par l’écrit. A l’exception notable de Cyriaque Ebole Bola, qui, ironie de la situation, a été désigné marabout « autopsieur ». Lui à qui on ne connaît pourtant aucune compétence médicale ! Le fracassant ramage de la gent ailée de la presse camerounaise, cache mal leur plumage de saprophytes qui se repaissent de la dépouille d’un confrère à qui très peu d’entre eux ont rendu visite en prison. Son décès n’est en réalité que l’occasion pour nos faucons d’attirer l’attention de la communauté internationale et se faire une place hors du nid. Sinon, que n’ont-ils ainsi fait claquer à l’unisson leurs becs dès le départ de ce complot contre la presse dès 2004?  

L’affairisme s’accouple avec le tribalisme

Le travestissement du délit de presse en délit de droit commun tel qu’il est pratiqué ces derniers temps, remonte en réalité à cette année là quand Lekéné Donfack, alors ministre de la Ville, fait arrêter Michel Mombio et un de ses collaborateurs. Leur crime ? Avoir tenté de recouper auprès de lui une information. La presse se déchaîne contre…les prévenus. Certains n’hésitent pas à se transformer en magistrats. Ils se feront plus discrets un an plus tard, lorsqu’à l’énoncé du verdict les deux lapidés, qui comparaissaient libres heureusement, sont déclarés non coupables pour faits non établis. Bien évidemment, ils n’en rendront plus compte dans leurs colonnes. A la suite de cette affaire, Michel Mombio qui trempe bien souvent sa plume dans le vitriol étale régulièrement le ministre dans son journal. Le pauvre Lekéné en perd le sommeil et prend langue avec Madeleine Tchuinté, laquelle se porte médiatrice entre les protagonistes. La suite, on la connaît : de négociatrice elle se transforme en accusatrice. Pour arriver à piéger Mombio, Tchuinté se sert de journalistes dont Célestin Lingo, et surtout Walter Bertrand Tchaté, correspondant de Canal 2 International à Bafoussam. C’est ce dernier qui appelle le DP de L’Ouest Républicain pour permettre aux gendarmes de le localiser et l’appréhender.

Pendant qu’il est détenu à Kondengui, deux autres journalistes l’y rejoignent : Flash Diomo DP du Zénith et Ondoua Armand qui dirige Le Régional. Ces derniers ont eu le tort de recouper une information sur la corruption à l’Enam. Ils seront condamnés à six mois de prison ferme, malgré les témoignages des personnes qui avouaient avoir remis de l’argent au Dag de cette institution pour y faire entrer leurs progénitures. Dans tous ces cas, nombre de ces coqs qui montent aujourd’hui sur leurs ergots, se sont fait bien discrets, quand ils ne sont pas montés sur les antennes, comme Christophe Bobiokono, pour les décrire comme des « maîtres chanteurs ». Notons que ce perroquet mis en cage à Mutations, est un fonctionnaire qui touche deux salaires, dont un de la fonction publique où il ne met plus les pieds, est aussi Secrétaire général de la comateuse et aphone Union des Journalistes du Cameroun (On se protège comme on peut de l’Epervier.) A chacune de ces affaires, on a vu des journalistes aller en rasant les murs le jour pour les plus courageux, ou alors la nuit tel l’oiseau de Minerve, rencontrer les oppresseurs de leurs confrères. Le bec plein, on ne les a plus entendus, sinon pour accabler les malheureux. Certains en se frottant le bec au sol telle une poule repue, se sont soulagés la conscience en évoquant la tribu des journalistes poursuivis. Donc, nos volatiles qui prétendent voler dans les plumes du pouvoir, ne jouent en gros que pour leurs jabots, histoire de sauvegarder leurs intérêts ou pour en créer de nouveaux. A moins que, voyant Bibi Ngota mort, certains se soient rendus à la dure réalité de leur mortelle condition. Ils redoutent ainsi que ce qui arrive aux autres…Puisse dès lors la disparition de ce martyr être le Tameflu qui guérira la presse camerounaise de cette mauvaise grippe aviaire qui l’aveugle, et annoncer le chant du cygne de ces pratiques politiques qui n’honorent personne.

Didier Tchuenkam

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