29/04/2010 14:35:31
Rouleau compresseur: Ce qui attend Rémy Ze Meka
Les faits qu'on reproche à l'ex-MINDEF auraient un caractère stratégique lesquels pourraient être assimilés à la haute trahison.
Le Messager
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L’ancien ministre de la Défense, Rémy Ze Meka a regagné très tard son domicile le 27 avril 2010. C’était peu avant minuit. Convoqué, puis entendu à la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), il n’a pas été mis aux arrêts comme annoncé hier par certains confères de la place. Par contre, ce qui est certain est que l’ex-Mindef est arrivé aux environs de 17h dans les locaux de la DGRE, sis au quartier du Lac, a été entendu pendant des heures par les fins limiers des services secrets et contre espionnages camerounais.

Comme nous l’avons signalé dans notre édition d’hier, il est difficile de savoir sur quels dossiers le ministre Ze Meka a été entendu. L’enquête ouverte à son encontre s’apparente bien à une information judiciaire qui risque de le conduire au cabinet du commissaire du gouvernement auprès du tribunal militaire. Nos sources affirment en effet que les faits qu’on reproché à l’ex-MINDEF auraient un caractère stratégique lesquels pourraient être assimilés à la haute trahison. D’où la sollicitation de la Dgre pour son audition. Le premier dossier serait pour l’instant celui de l’achat d’un hélicoptère (et non des avions de combat comme nous l’avons annoncé dans notre édition d’hier) pour l’armée de l’air camerounaise. Le marché avait été attribué à un citoyen français du nom de Farjon. La livraison n’aurait pas été effectuée selon certaines sources. Malgré le fait que, dit-on, l’argent aurait été débloqué. Ainsi, l’ex-ministre de la Défense qui était alors maître d’ouvrage du temps où il était à la tête de la Grande Muette doit donc pouvoir s’expliquer. Et beaucoup de personnes voudraient au sein du sérail politique lier son audition à la DGRE à ce dossier. Une fois l’audition terminée, l’ex-MINDEF a ainsi regagné son domicile. En attendant certainement que les enquêteurs puissent faire les premières synthèses entre leurs questions, et les réponses qui leur ont été fournies par l’auditionné. Hier, au moment où nous mettions sous presse, nous avons appris de sources dignes de foi que Rémy Ze Meka est retourné à la DGRE pour une autre audition. Paraît-il, la veille, il aurait indiqué aux enquêteurs qu’il ne savait pas sur quoi il serait entendu. Et qu’il devait se munir de certains documents. Il lui aurait ainsi été permis d’aller chercher lesdits documents et revenir le lendemain. Les mêmes sources précises qu’il n’est pas exclu que dans les prochains jours, un certains nombre de hauts gradés de la police puissent passer à la DGRE pour être auditionnés. On cite par exemple le cas du très redouté colonel Yossa Gédéon, ancien directeur de la Sécurité militaire (SEMIL), qui serait actuellement en mission en Italie et dont on sait qu’il fut très proche de l’ex-MINDEF.

Multiples dossiers ?

Pour dire simple, le dossier sur l’affaire de l’hélicoptère ne semble pas être le seul qui attendrait Rémy Ze Meka. L’ex homme fort de la Défense camerounaise aurait d’autres affaires qui pourraient surgir dans les prochains jours. On parle ainsi de cette affaire de construction d’un camp militaire pour la 1ère région militaire à Yaoundé, du côté du quartier Simbock, avec l’appui de la coopération française. Il était d’ailleurs prévu que l’actuel Premier ministre français, François Fillon, inaugure ledit camp lors de son voyage au Cameroun au mois de mai 2009. Mais la cérémonie avait été annulée en dernière minute. Et beaucoup de détracteurs de Rémy Ze Meka ont lié l’annulation du déplacement de François Fillon à Simbock à une sombre affaire de malversations dans l’exécution du marché qui avait été confié dit-on à un proche de l’ex-MINDEF.

En tout cas comme il est de coutume sous le régime du Renouveau, la logique de « l’éléphant qui tombe » connue chez les bantous, risque d’être appliquée à Rémy Ze Meka. Il était réputé à tort ou à raison, être un homme de poigne lorsqu’il était à la tête de la Grande Muette. Tout comme lorsqu’il était à la tête du secrétariat d’Etat à la défense, chargé de la gendarmerie. Il s’y est certainement fait des ennemis qui attendaient patiemment qu’il tombe pour secouer des dossiers de sa gestion susceptibles de l’accabler. Il n’est donc pas étonnant qu’il fasse payer le plus fort prix à Rémy Ze Meka qui semble aujourd’hui en disgrâce. Au moment où de multiples couteaux peuvent être tirés contre lui, l’affaire de l’attaque de la ville de Limbé (jusque-là mal élucidée) risque bien aussi de rebondir au cours des prochains rendez-vous qu’il aura avec les enquêteurs. On se souvient que des bandits armés avaient pris possession du chef lieu du département du Fako, pillant pratiquement toutes les banques et autres institutions financières, sans aucune intervention efficace des forces de l’ordre. L’affaire semblait avoir divisé l’armée. Rémy Ze Meka s’était expliqué à tous les niveaux. D’abord vis-à-vis de la haute hiérarchie du pays, ensuite devant les députés lors des séances de questions orales aux membres du gouvernement. Apparemment sans convaincre. Dans les milieux des armées, certains ont commencé officieusement à pointer le doigt accusateur sur l’ex-MINDEF, l’identification comme étant le véritable responsable de cette attaque.

Enfin, il y a le côté politique. On sait que bien qu’étant tous membres du gouvernement, les ministres étripent les réseaux existent. Et dans son fief du Dja-et-Lobo en général, et de l’arrondissement de Zoételé en particulier, ce n’est pas toujours l’union des cœurs. Bien des gens voudront voir sa chute effective en allant alimenter les enquêteurs avec d’autres dossiers.

Au final, Rémy Ze Meka, devrait pouvoir s’attendre à faire face à plusieurs auditions dans les prochains jours. Comme son frère du village, Abah Abah Polycarpe, et les autres, il doit maintenant se faire du souci face au rouleau compresseur, qui pourrait bien hélas, le broyer.

Jean Francois Channon

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