04/05/2010 04:30:30
Jimmy Carter: "La situation politique en Afrique est plutôt décevante.."
Président des États-Unis de 1977 à 1981, Jimmy Carter a toujours mis l'accent sur la justice sociale et les droits humains. En 1978, il a joué un rôle crucial pour le processus de paix au Moyen-Orient, avec la série d'accords signés à Camp David. En entrevue, il parle de l'Afrique, de son travail de longue haleine pour éradiquer le ver de Guinée et de la situation aux États-Unis.
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Cet ancien président exerce depuis plusieurs années son rôle de médiateur à la tête du Centre Carter. Un rôle qui lui a valu le prix Nobel de la paix en 2002. En entrevue, il parle de l'Afrique, de son travail de longue haleine pour éradiquer le ver de Guinée et de la situation aux États-Unis.

Q: Monsieur le président, vous revenez tout juste du Soudan, où avaient lieu d'importantes élections. Qu'avez-vous pu observer?

R: Ces élections étaient les 78es suivies par le Centre Carter en tant qu'observateur. C'étaient les élections les plus difficiles et complexes que nous ayons connues, étant donné la superficie du pays. Ce pays a été divisé en deux parties: le Nord, musulman et le Sud, non musulman. Il existe de nombreuses ethnies ainsi que des factions politiques et la guerre fait des ravages depuis un quart de siècle. Aucune élection n'a été tenue depuis 24 ans. Par conséquent, c'était une opération très délicate pour les Soudanais, mais ils l'ont abordée pacifiquement et méthodiquement. Bien sûr, il y a eu quelques problèmes dans ces élections, tout était loin d'être parfait; mais c'était néanmoins un grand pas vers l'implantation de l'accord de paix global. Ces élections ont aussi fourni au peuple soudanais une vraie paix pour la démocratie, qui leur servira, je pense, dans les années à venir.

 

Q: Vous agissez en tant que médiateur lorsqu'un pays, par exemple, est aux prises avec une guerre civile. Constatez-vous une évolution dans certains pays d'Afrique?

R: C'est certain. Plus tôt, nous avons été impliqués dans des élections au Ghana qui se sont très bien déroulées démocratiquement. Nous avons participé aux élections en Zambie et au Liberia. On peut noter un progrès certain. D'autres pays ont été plus décevants, c'est le cas du Nigeria où les trois dernières élections ont été complètement truquées et n'atteignaient pas les normes requises. Je pense qu'un grand nombre de pays africains s'efforcent de trouver leur style de démocratie... Nous assistons comme observateurs à trois ou quatre élections par an, principalement en Afrique, tout en élaborant différents moyens pour construire cette démocratie.

Q: Vous travaillez également depuis des dizaines d'années pour éradiquer la maladie du ver de Guinée en Afrique. Quels sont les plus grands défis auxquels vous avez eu à faire face dans ce projet de grande ampleur?

R: Tout d'abord, le ver de Guinée se trouvait dans 23 600 villages isolés, qui n'étaient pas reliés les uns aux autres, une majorité ne parlait pas la même langue et il a fallu qu'on se déplace dans chacun de ces 23 600 villages éparpillés sur 20 pays différents pour traiter ce problème. Ensuite, une grande partie de ces gens étaient démunis, abandonnés et isolés, sans instruction et ne pouvaient ni lire ni écrire. Nous avons donc eu recours à des bandes dessinées et des affiches pour faire passer le message. Nous avons éprouvé de sérieux problèmes pour collecter des fonds pour ce projet parce que peu de gens savent ce qu'est le ver de Guinée (voir encadré). Nous avons aussi éprouvé des problèmes parce que la population locale ne voulait pas reconnaître que l'étang avoisinant ou le point d'eau contenaient des impuretés ainsi que des larves du ver; ils considéraient ces étangs comme sacrés. Il a fallu qu'on les persuade que l'étang était bien sacré - sans étang, ni le village ni les ancêtres ne s'y seraient installés - mais que l'étang était cependant contaminé par les larves de ver et il fallait s'en débarrasser. Nous avons dû affronter des problèmes, mais nous avons réussi en grande partie et maintenant nous avons diminué les cas de la maladie, qui étaient estimés à 3,6 millions en 1986, à moins de 3000 cas en 2010, ce qui représente une baisse de 99,9%.

Q: La santé était l'une de vos préoccupations principales lorsque vous étiez président des États-Unis. Quelles sont vos réflexions sur ce qui se passe actuellement aux États-Unis, tout particulièrement avec la réforme de la santé du président Obama?

R: J'étais totalement pour les réformes de la santé proposées par le président Obama. Il n'a pas eu tout ce qu'il voulait, mais je pense que c'est un grand pas en avant pour ce qui est de l'assurance santé pour 31 millions de personnes aux États-Unis qui n'en avaient pas auparavant. Ça devrait nous mettre au même niveau que les pays qui ont un système de santé couvrant toute la population. J'espère que nous allons adopter les meilleurs aspects du système existant, tout en rajoutant la couverture intégrale pour qu'un plus grand nombre de citoyens puissent en profiter.

Q: Que pensez-vous du président Obama et comment, selon vous, va-t-il pouvoir sortir le pays de la crise?

R: Nous sommes 20 électeurs dans ma famille et nous avons tous voté pour lui! Aussi bien lors des primaires que lors de l'élection présidentielle. Nous avons été de fervents partisans d'Obama dès le tout début. Tous les membres de la famille Carter ont une grande confiance en lui et pensons qu'il adopte la bonne approche non seulement vis-à-vis du contrôle des armes nucléaires mais sur d'autres points, comme le rejet de la torture des prisonniers - qui avait été tolérée sous l'administration précédente -, sa politique en santé et bien d'autres choses encore. Je pense aussi qu'il pèsera très positivement sur tout ce qui concerne le réchauffement planétaire et l'amélioration de l'environnement. Selon moi, il fait du très bon travail.

Q: Et il est en train de réformer le système financier...

R: Selon mes prédictions, je maintiens que le Congrès promulguera une loi sur la réforme financière dans les semaines à venir.

 

Un ver à Éradiquer

La maladie du ver de Guinée se contracte par l'ingestion d'eau infectée de larves microscopiques, donnant naissance ensuite à un ver dans le corps de l'homme pouvant atteindre jusqu'à un mètre de long. L'éradication de ce ver est une des principales activités du Centre Carter, fondé en 1982 par Jimmy Carter et sa femme Rosalynn. Le Pakistan, suivi du Kenya et de l'Inde furent les premiers pays parmi les 16 où la maladie fut totalement éradiquée grâce au programme mis sur pied par le Centre Carter. Le Soudan et le Ghana restent les deux principaux pays où l'on observe encore des cas de la maladie, sur le point d'être bientôt éradiqués.

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