04/05/2010 11:59:13
Sit-in de la presse la Primature : les journalistes brutalisés
Le Messager
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Il est dix heures ce 3 mai 2010. Près de 200 journalistes ont déjà rejoint le check point de la manifestation fixé à un espace vague au bout du boulevard du 20 mai, précisément face au rond point dit, de l’an 2000. Vêtus de noir ou de tee-shirts floqués aux photos de Bibi Ngota, les Hommes des médias se concertent en vue de la stratégie à mettre sur pied pour atteindre l’esplanade des services du Premier ministre situés à 150 mètres. Pendant le bout de temps que dure la manœuvre, une forte équipe de gendarmes et de policiers qui ont assiégé au petit matin le trottoir opposé les rejoignent, Ils s’affairent à former une ceinture autour des manifestants qui brandissent déjà les pancartes pour diffuser les mobiles de leurs revendications. C’est à ce moment qu’intervient un commissaire divisionnaire qui affiche des allures de chef d’équipe. Il brandit une note signée du sous-préfet de Yaoundé 3e interdisant le sit-in annoncé. La cause, explique le divisionnaire aux responsables de l’Union des journalistes du Cameroun (UJC, organisateur du sit-in, la demande a été formulée hors délai. Un argument auquel Christophe Bobiokono, un membre du comité exécutif de l’UJC oppose celle de la nullité. « Le sous-préfet ne peut pas interdire une manifestation par un courrier porté, mais par un arrêté. Et quand bien même il l’aurait fait, il est tenu d’en notifier les organisateurs », souligne-t-il en substance.

Le temps de quelques réglages entre les membres du comité exécutif de l’UJC et son président Charly Ndi Chia, les Hommes des médias décident de braver la ceinture de sécurité dressée par les éléments de la police et de la gendarmerie. C’est à ce moment qu’intervient le clash. Plusieurs journalistes sont matraqués. Le cas de Polycarpe Essomba de Equinoxe télévision et Rfi est le plus emblématique. Le journaliste reçoit une dizaine de coups de matraque avant d’être malmené par les gendarmes. Au finish sa chemise est déchirée et ses pièces personnelles sont introuvables. Comme lui, Jean Baptiste Ketchateng de Mutations, Innocent Ngoumgang et Ateba Biwolé de Le Jour vont prendre des coups. Tandis que Parfait Siki de Repères et Souley Onohiolo de Le Messager sont maîtrisés par la force. Ils sont secourus par d’autres confrères qui n’ont pas suivi le mouvement de départ à cause de leur position en retrait dans les rangs constitués pour la marche jusqu’à la Primature. Ce déferlement suscite un affrontement entre les journalistes qui tiennent à atteindre « la terre promise » et les forces de l’ordre commises pour les y empêcher. Sur ces entrefaites, les pancartes sont dépiécées, leurs supports servent de gourdins à tous les protagonistes. C’est un appel au calme venu du président de l’Ujc qui vient estomper la chaude empoignade. Charly Ndi Chia, mais également Haman Mana de Le Jour, Jean François Channon de Le Messager et d’autres qui craignent un bain de sang suggèrent à leurs confrères d’écouter le sous-préfet de Yaoundé I arrivé en trombes sur les lieux. Le chef de terre souhaite que la foule se disperse. Car aucune manifestation n’a été déclarée sur son territoire de compétence. Les protestataires se rendent ainsi compte que c’est le boulevard du 20 mai qui sépare les deux arrondissements. Ils tentent un deuxième passage en force rapidement freiné par les gendarmes et les policiers dont les effectifs se sont doublés. Un échange virulent tissé de quolibets s’ensuit. Chacune des parties relève les tares de la profession de l’adversaire d’un jour sous le regard inquisiteur d’une forte équipe de gendarmes antiémeutes. Encerclés et maintenus « prisonniers », à ciel ouvert les journalistes n’atteindront pas « la terre promise » et se contenteront de faire leur sit-in sur place.

Focal: Le Sit-in a eu lieu malgré tout

Empêchés par les autorités de rallier les services du Premier ministre, les journalistes camerounais qui tenaient à manifester contre les entraves à la liberté de la presse se sont tout de même assis à même le sol devant le rond point an 2000. Ils ont par la suite lu en public le mémorandum rédigé par le comité exécutif de l’UJC. Par la voix de Charly Ndi Chia et celle de Thiéry Gervais Ngango, la corporation a égrainé le chapelet des obstacles à la liberté d’expression et la pratique du journalisme au Cameroun. Assis à même le sol les historiens du présent ont adressé au Premier ministre une liste de desiderata constituée entre autres, de la révision de la loi du 19 décembre 1990 portant sur la communication sociale, la suppression des peines privatives de liberté, la mise en place d’un régime spécial pour l’entreprise de presse, l’augmentation substantiel de l’enveloppe de l’aide à la presse, la réorganisation de la commission de la carte de presse. Ils ont également exigé que toute la lumière soit faite sur la mort de Bibi Ngota et partant de l’affaire des commissions perçues dans le cadre de l’achat du bateau Rio del Rey par la Société nationale des hydrocarbures (SNH) avant d’observer une minute de silence en la mémoire du directeur de publication de Cameroun Express embastillé par le régime de Yaoundé, torturé par les services d’espionnage et contre espionnage et décédé, faute de soin à la prison de Kondengui. Pour démontrer tout leur attachement aux valeurs républicaines, l’UJC et les manifestants ont ouvert et refermé le mouvement de protestation par l’exécution de l’hymne national. La foule réunie à dix heures s’est dispersée vers 11 heures 30.

Rodrigue N. TONGUE

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