07/05/2010 12:54:12
Epervier: L'autre affaire Abah Abah
On aurait cru hier 6 mai 2010 ne jamais pouvoir faire mieux, en terme de concentration au mètre carré des avocats dans une salle d’audience. La cause, les hommes en robes noires sont venus apporter leur soutien à leur consoeur « en détresse » depuis qu’elle est placée en détention préventive. Même le parquet y a mis du sien...
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Ouvrant ses réquisitions pour l’audience consacrée à la demande de mise en liberté provisoire de  maître Lydienne Yen Eyoum, le représentant du ministère public a déclaré que  « c’est triste, c’est vraiment triste que ce soit un avocat qui se retrouve en prison alors même qu’elle ne doit s’y rendre que pour venir en aide à ceux qui y sont détenus ». C’est qu’il avait senti la hargne du corps des avocats à défendre leur consoeur détenue pour avoir perçu des honoraires d’un montant s’élevant à 1,070 milliard, dans le cadre de l’opération de recouvrement de 3,637 milliards de Fcfa. Accusation que le procureur de la République près les tribunaux du Mfoundi, centre administratif avait qualifié, au moment de l’inculpation, de détournement de deniers publics.

Faux ! lui oppose maître Yondo Black, un des avocats de la défense qui indique qu’il s’agit d’honoraires perçus dûment. Dans la mesure où son client a recouvré de l’argent et a reversé une partie à l’Etat du Cameroun au compte duquel elle agissait. C’est de cette provision qu’elle va prélever ses honoraires. Si l’on a eu, du reste, l’impression d’être entré dans les débats au fond de cette affaire qui concerne, l’ex-ministre de l’Economie et des finances (MINEFI), Polycarpe Abah Abah, et l’ex-ministre délégué au Budget dans le même département ministériel, il en était pourtant rien. Car, le juge était appelé à statuer uniquement sur la demande de mise en liberté immédiate de Lydienne Eyoum. L’avocate écrouée fonde  sa requête sur de nombreuses irrégularités qui seraient survenues pendant son arrestation. Elle dénonce de nombreuses bavures policières, l’absence de partie civile dans l’affaire, une enquête préliminaire ouverte à la police judiciaire à Yaoundé, alors qu’une première était diligentée par la gendarmerie à Douala et l’incompétence du parquet de Yaoundé pour des faits qui se sont produits dans la capitale économique.

Epuration politique

A ces vices de procédures la requérante greffe un gros soupçon de manipulation politique. Pour étayer cet argument, elle donne lecture d’une lettre du secrétaire général de la présidence de la République (Sgpr) qui instruit le vice-Premier ministre de la justice de la faire interpeller ainsi que Polycarpe Abah Abah et Henri Egoulou. En effet, le Sgpr d’alors, qui n’était autre que Jean Marie Atangana Mebara faisant suite à une demande d’Ahmadou Ali donnait le feu vert « sur instruction du Président la République  » pour l’arrestation des trois « complices ».Des thèses battues en brèche par le parquet qui argue que Lydienne Yen Eyoum ne peut être libéré toute seule alors que ses complices croupissent en prison. Selon le ministère public, il s’agit de co-action de détournement. Une qualification qui lie intimement le sort des accusés. Ce dernier aspect est certainement le nœud du sort réservé à cette demande de mise en liberté immédiate. Car, Gilbert Schlick, le président du TGI qui statuait en personne, comme juge d’habeas corpus (chargé de garantir les libertés individuelles) a bien affiché des dispositions à y accéder, s’il est  démontré par la défense (qui s’y est atelée) que Lydienne Yen Eyoum est l’accusée principale de l’affaire ; plutôt que Abah Abah et Henri Engoulou. La cause a été renvoyée au 27 mai 2010.

Rodrigue N. TONGUE

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