14/05/2010 12:59:04
Le Guichet unique en quête d'efficacité au Cameroun
Le Messager
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Créé en 1999, le guichet unique des opérations du commerce extérieur, GUCE, a pour ambition de faciliter les importations et les exportations du Cameroun et des pays de la zone CEMAC. Pour ce faire, il réunit dans le même bâtiment l’essentiel des acteurs (acconiers, commissionnaires agréés en douanes, chargeurs, banquiers, etc.), par lesquels transitent les documents d’importation et d’exportation, afin de gagner en temps et en coût.

Mais très tôt, on constatera que le GUCE est loin d’être une panacée : longues files d’attente devant ce guichet unique où les opérations sont encore physiques et manuelles ; saisie à maintes reprises de la même information par plusieurs acteurs ; dispersion des efforts entre des initiatives différentes ; paiement en espèce des prestations, ce qui prête le flanc à la corruption ; mauvaise sécurisation des données non encryptées ; etc. Présentée mercredi 12 mai 2010 à Yaoundé devant les acteurs du secteur portuaire venus pour la plupart de la capitale économique camerounaise, l’étude entamée depuis novembre 2009 par Cesia-International souligne tous ces manquements et bien d’autres qui freinent encore le bon fonctionnement du guichet unique.

Jean Raoul Jourdan, consultant de ce cabinet sélectionné à l’issu d’un appel d’offre international, pour examiner la situation et y apporter des solutions, insiste sur la dématérialisation, c’est-à-dire la disparition des supports papiers et l’intégration absolue des systèmes informatiques dans toutes les activités de la communauté portuaire de Douala. En clair, il s’agit de transformer l’actuel guichet unique physique en guichet électronique intégré, donc virtuel. L’avantage ici c’est que l’information est saisie une seule fois et mise rapidement à la disposition de tous les partenaires qui doivent en disposer.

L’utilisateur sera guidé automatiquement dans les arcanes des procédures à suivre et ce, tout au long du parcours de son dossier. Ça se fera de manière objective et indiscutable, avance le cabinet. Le GUCE prévoit à cet effet, la mise en place d’un bureau de facilitation à l’intérieur de ses locaux. Un outil dont bénéficieront aussi bien les grands opérateurs économiques que les petits agents, indique Isidore Bahiya, directeur du Guichet unique de Douala. Il pense qu’avec l’électronique, « le Guce entre dans une phase déterminante de son développement ». Une phase qui sera progressivement mise en place jusqu’en 2013, laisse-t-il entendre.

Meilleure discipline

C’est depuis 2002 que le gouvernement camerounais a entrepris ce projet de GUCE électronique, en bénéficiant d’un financement de la Banque mondiale à travers le programme de facilitation des transports en Afrique centrale (FASTRAC). Dans un premier temps, il a été question de réduire au strict minimum les documents papiers et les paiements en liquide, grâce à une informatisation progressive des échanges de données entre les différents acteurs de la chaîne, qui sont près de 20 au total. Mais la persistance des difficultés a poussé le gouvernement et ses partenaires à commander l’étude de CESLA-International. Jean Raoul Jourdan dit, au cours de son enquête, avoir rencontré tous les intervenants de la chaîne du commerce extérieur pour recueillir leurs attentes, afin de formuler des propositions pertinentes.

Ainsi, les administrations en attendent, entre autres, une amélioration dans l’assiette des droits et taxes, grâce à l’exclusivité des informations et la possibilité de recoupements sur l’espèce et la valeur ; un recouvrement accéléré et une entrée régulière des recettes grâce à l’augmentation des cadences et des trafics ; une meilleure discipline des opérateurs économiques due à la rigueur introduite dans le déroulement des procédures ; l’emploi de techniques de contrôle modernes et efficaces ; une utilisation plus efficace et plus économique des ressources grâce à la périodicité et à l’anticipation des transmissions d’information, en particulier, pour les importations, avant même que le navire quitte le port choisi par l’exportateur etc.

Les opérateurs, pour leur part, attendent un abaissement des coûts de leurs opérations grâce à la réduction des délais et des frais généraux, mais surtout la disparition des faux-frais par la suppression des contacts physiques ; une sortie et un dédouanement plus rapides des marchandises ; une prévisibilité dans l’application et l’interprétation des règles, permettant de faire une gestion prévisionnelle des stocks et de calculer au plus juste, le prix de revient des marchandises pour en fixer un juste prix de vente, pour le plus grand bien du consommateur ; une structure du commerce simple et prévisible, permettant à tous les opérateurs économiques d’accéder aux procédures du commerce extérieur.

Problèmes de télécoms

Grâce à la dématérialisation de ses procédures du commerce extérieur, la Nouvelle Zélande est partie de 240 heures nécessaires pour le dédouanement d’une marchandise à 2 minutes aujourd’hui. En Grèce, il faut juste 5 minutes contre 5 à 6 heures avant l’arrivée du guichet virtuel. En Corée du Sud, c’est 75 minutes qu’il faut, contre 28 heures jadis. Le Singapour en est à 25 minutes contre 48 à 96 heures auparavant.

Tandis qu’au Cameroun, selon la nature de la marchandise et la valeur de la transaction, il faut attendre aujourd’hui entre 3 et 20 jours pour parvenir à la fin du dédouanement. Le pays revient même de loin, avant le guichet unique physique, l’opérateur pouvait perdre pratiquement deux mois pour dédouaner sa marchandise, le temps d’aller de bureau en bureau, à travers des administrations éparpillées dans la ville de Douala. La création du guichet unique physique a permis de multiplier par deux les performances.

Le président du conseil d’administration de ce guichet, Mme Minette Libom Li Liken, par ailleurs Directeur général des Douanes, déclare que ce saut qualitatif et quantitatif sera bien plus important avec l’avènement du guichet unique virtuel. Pourvu que « le système des télécommunications fonctionne lui aussi à merveille », tempère le ministre des Finances, Essimi Menye qui se félicite néanmoins des avancées en la matière, depuis l’implantation de la fibre optique au Cameroun.

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