17/05/2010 12:20:27
Recensement: Les dessous scandaleux des chiffres publiés
Pire que les deux précédents, les résultats du 3e recensement général des populations sont contestés par des personnes es qualités..
Le Messager
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Nous étions près de douze millions de Camerounais, aux termes du deuxième recensement général des populations en 1987, 17 463 836 au lendemain du 3e qui a eu lieu en fin d’année 2005 et 19 406 100 au premier janvier 2010. Ce sont des données officielles rendues publiques par le gouvernement le 14 avril dernier. Mais seulement, ces informations n’avaient pas encore été relayées par tous les médias qu’elles étaient déjà fortement contestées par la plupart des observateurs qui se recrutent parmi les Camerounais ordinaires, les Hommes de média mais également des démographes et statisticiens. Si de manière générale l’on est surpris par le classement de la région du Littoral qui selon ces chiffres est rangée derrière le Centre et l’Extrême-Nord, les techniciens se disent quant à eux ahuris par les résultats des estimations. Un ingénieur statisticien en service au ministère de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat), confie sous anonymat : « Il est curieux qu’en 1989 on soit à 11 900 000 et 17 463 836 en fin 2005, et que l’on soit seulement 19 406 100 au premier janvier 2010 ». En effet, ce spécialiste dit ne pas comprendre qu’en plus de 15 ans (1989- 2005), la population se soit accrue de 6 millions alors qu’entre 2005 et 2010 (5ans), elle a progressé de 2 millions environ seulement. Il s’étonne ainsi qu’on soit resté à un même nombre de croissance de la population pendant 20 ans. Pour lui, « si l’on raisonne en estimant de manière basique que la population s’est accrue d’environ 6 millions en 15 ans et que entre 2005 et 2010, soit 5 ans, elle s’est accrue d’environ 2 millions. C’est curieux car il est incontestable que le taux de croissance de la population est sur une pente ascendante ». Ce que ne montrent pas les décomptes officiels. Selon ces données chiffrées, on devrait s’attendre à un doublement de la population seulement à l’horizon 2070 donc, dans 60 ans au lieu des 25 ans annoncés officiellement. A moins qu’on soit plus honnête à l’avenir. Ce technicien se dit outré de savoir que le taux de croissance de la population baisse depuis 23 ans alors qu’ailleurs il augmente, ce qui est bizarre. Une autre source au MINEPAT dit avoir éclaté de rire quand elle a pris connaissance des chiffres qui devaient être communiqués au Premier ministre. Elle témoigne que « la population nationale était estimée à plus de vingt millions d’habitants en 2008 par le MINEPAT. Alors que nous pensions que ces chiffres devaient être actualisés à la date du 01er janvier 2010, c’est autre chose qui a été servie. Nous faisions pourtant de la planification sur la base de ces premiers chiffres ». Et de renchérir, l’air toujours étonné, qu’en 2010 (deux ans après) on soit en deçà des 20 millions alors même que si on s’en tient aux systèmes de calcul que le gouvernement semble adopter comme standard : « environ 50 000 habitants de plus chaque année », on serait au bas mot, à 21 000 000 au 1er janvier 2010 et non pas à 19 millions et demi comme annoncé.

Manipulations

Ce statisticien, comme de nombreux autres rencontrés, soupçonne des manipulations effectuées sur les chiffres de la région du Littoral. Il estime en gros que c’est totalement faux si on annonce aujourd’hui que le Centre s’est peuplé de 500 000 âmes en 5 ans alors que le Littoral certes moins étendu, n’enregistre qu’environ 300 000 personnes. S’appuyant sur de calculs qu’il dit lui-même rudimentaires, il compare les niveaux d’urbanisation des deux régions et conclut au trucage des chiffres. C’est ce qu’attestent les différentes notes de présentation contenues dans les comptes administratifs et les budgets des six communes d’arrondissement de Douala. Leur lecture laisse clairement apparaître que le Wouri seul, regorgeait avant le 14 avril, plus de quatre millions d’habitants, soit le cinquième de la population globale du pays. Selon le député du SDF, Jean Michel Nintcheu, qui a attiré le premier l’attention des experts sur cet état des choses, « il apparaît donc clairement que le chiffre de 2,5 millions d’habitants attribué à la région du Littoral résulte d’un polissage cosmétique doublé d’un vernissage dangereux et potentiellement explosif dont l’unique but est d’entretenir un flou malsain autour du fichier électoral et du découpage». Au-delà de ces réserves, du point de vue purement statistique, des démographes portent des critiques sur la célérité des recensements généraux au Cameroun. Gervais Bénéguissé déclarait à la presse en 2008 que les opérations de dénombrement doivent se tenir tous les dix ans contrairement à ce qui est le cas du Cameroun. S’il prévient qu’on peut faire la planification sur la base des estimations qui peuvent elles aussi être fiables, il reconnaît qu’il est urgent de respecter cette périodicité prescrite par les canons en la matière. D’ailleurs des sources proches du dossier au Fonds des Nations-Unies pour la population (UNFPA) indiquent qu’il a été lancé une opération de vérification des résultats du Bureau central de recensement des populations (BUCREP). Les résultats de ladite opération ne sont pas encore disponibles.

Rodrigue N. TONGUE

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