17/05/2010 12:36:23
Messe du 50naire :Mgr Samuel Kléda pour une démocratie authentique
La Nouvelle Expression
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L’archevêque métropolitain de Douala a brossé, samedi, un bilan globalement négatif des cinquante dernières années et plaidé pour la vérité, la justice, l’amour et la liberté afin que le Cameroun sorte de la misère, de la pauvreté, de l’impunité et de la corruption.

La cathédrale Saints Pierre et Paul de Bonadibong, à Douala, a été bondée de monde le samedi 15 mai. Lors de messe pontificale d’action de grâces pour le cinquantenaire de l’indépendance du Cameroun. Messe célébrée par l’archevêque de Douala, Mgr Samuel Kléda qui avait à ses côtés environ quarante prêtres, dont Mgr Paul Nyaga, le vicaire général de l’archidiocèse de Douala et l’abbé Oscar Eoné Eoné, le recteur de ladite cathédrale.

Commentant l’Evangile de Luc sur l’Annonciation (Luc 1, 26-38) et  le texte d’Isaïe relatif à l’annonce de la délivrance d’Israël et de la naissance du Prince de la paix, du Conseiller merveilleux et du Dieu fort (Isaïe 9, 1-6), Mgr Samuel Kléda a indiqué dans son homélie que nous devons nous interroger sur le projet de Dieu dans le monde et au Cameroun. Car, nous devons « sortir de la détresse et parvenir à la paix véritable au Cameroun. Cela suppose un développement intégral ». Une notion développée par le pape Paul VI pour qui le développement est le nouveau nom de la paix.

Se libérer des structures du péché

Dénonçant avec fermeté  « le chômage massif qui continue son œuvre », la famine dans un pays qui a connu autrefois l’autosuffisance alimentaire, les maladies qui tuent les populations  appauvries, l’absence de logements sociaux, les problèmes d’éducation, la corruption, l’impunité, la misère grandissante, l’absence de protection sociale, la tricherie, « le marchandage sexuel et sectaire pour trouver du travail », Mgr Samuel Kléda a souligné que les Camerounais ont besoin d’« une libération intérieure et de toutes les structures du péché ».

L’archevêque de Douala a surtout posé une série de questions troublantes :

Avons-nous choisi la foi qui conduit au développement du peuple camerounais, à son progrès ? Pouvons-nous dire que notre indépendance est totale ? Qu’est-ce que 50 ans d’indépendance nous ont apporté en humanité ? Pourquoi n’avons-nous pas profité des richesses de notre pays en 50 ans d’indépendance ? Face à la misère la plus noire des populations en 50 ans d’indépendance qui ne sentirait pas la révolte ? Combien de pauvres avons-nous créé en 50 ans et combien de pauvres comptons nous créer dans les 50 ans à venir ?

Mgr Samuel Kléda déclare qu’il faut « dénoncer les structures du péché où qu’elles se trouvent. La vérité nous rendra libre ». Mais, « il faut être libéré de l’emprise de la peur. Je ne parle pas de celui qui cultive la peur pour se maintenir au pouvoir ». Citant le pape Jean-Paul II, de vénérée mémoire, Mgr Samuel Kléda a clamé haut et fort : « N’ayez pas peur ». Il a rappelé la position de Jean-Paul II se laquelle il n’ y a pas de paix sans justice et pas de justice sans pardon. C’est dans cette optique que l’archevêque de Douala a mis en exergue une réalité de la tradition africaine en pareille circonstance : « Acceptons de nous asseoir sur la cendre pour nous libérer des structures du péché (...) Il faut tout faire pour que l’histoire ne nous juge pas ».

L’archevêque de Douala est persuadé que la célébration du cinquantenaire de l’indépendance est l’occasion d’un débat nouveau, d’une réflexion sur les problèmes de fond de ce pays qui assiste au départ massif de ses enfants vers l’étranger. Départ provoqué par le chômage, la pauvreté et la misère.  

Ce qu’est la vraie démocratie…

Mgr Samuel Kléda a aussi souligné que l’homme politique qui veut être artisan de la paix doit promouvoir la justice et la démocratie. Il a révélé que « le Cameroun  ne connaît pas une paix véritable ». Les conditions essentielles le la paix ayant été clairement définies par le pape Jean Vingt-trois. La paix existe dans une société où la vérité, la justice, l’amour et la liberté sont des réalités. La Cameroun est-il un pays où règne la vérité ? La justice est-elle une réalité dans notre pays ? Peut-on dire que les Camerounais s’aiment les uns les autres ?  Le Cameroun est-il un pays respectueux des droits et libertés ? Le Cameroun est-il un pays démocratique ?

A ces questions, Mgr Samuel Kléda se contente de faire le constat suivant : «  Sans faire le procès de personne, les 50 ans d’indépendance ont produit des personnes affligées, humiliées, livrées à elles-mêmes, réduites à la misère, à la maladie et à la corruption ». Mieux, l’archevêque de Douala précise, à la suite du pape Jean-Paul II qui a dénoncé les régimes totalitaires dont ceux du continent africain, que la foi en Christ passe par la démocratie et que : « La vraie démocratie assure au peuple ce auquel il aspire. Dans un régime totalitaire, personne n’aspire à ce auquel il a droit (…) La démocratie authentique passe par le respect des libertés, le respect de la dignité et des droits de la personne. La démocratie permet au peuple de choisir librement ses gouvernants (…) ».

Tout en ayant une pensée pour les héros et martyrs qui ont lutté, versé leur sang et sacrifié leur vie pour la patrie et qui méritent « un devoir de gratitude », Mgr Samuel Kléda plaide pour l’avènement d’une « démocratie authentique dans le respect des libertés » au Cameroun.

Cette messe, qui a coïncidé avec la journée internationale de la famille, a été l’occasion pour les prêtres et les fidèles de prier pour que la Vierge Marie continue de veiller sur notre pays et de nous obtenir l’obéissance envers son Fils Jésus-Christ. Mgr Samuel Kléda a demandé aux fidèles de toujours fixer leur regard sur Jésus-Christ. Il a prié pour que Marie et son fils accompagnent les chrétiens dans leur cheminement.

Edmond Kamguia K.

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