24/06/2009 14:45:06
Épervier : Me Abessolo dénonce les conditions de détention
Il a reçu la visite de ses collègues de la commission nationale des Droits de l’Homme hier à Douala.
La Nouvelle Expression
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« C’est insoutenable, insoutenable » la voix se fait plus petite. Quelques larmes fusent des yeux de Me Etienne Abessolo. S’en suit un murmure général, des « ce n’est pas possible» et autres cris d’indignation sont émis par  la dizaine de personnes présente. Une militante des droits de l’Homme se lève promptement.
Elle essuie des larmes de l’avocat qui a ôté ses lunettes. La scène se déroule dans le bureau du régisseur de la prison centrale de Douala. Ce mardi après midi,  des membres de la Commission nationale des droits de l’Homme et des libertés, sous la conduite du président national, Dr Chemuta Divine, sont venus  rendre « une visite de solidarité » à Me Abessolo,  chef d’antenne régional de cette commission depuis un an, et  incarcéré depuis le  11 juin.
Dans l’affaire du Port autonome de Douala, il a été condamné par la cour d’appel du Littoral à quinze ans d’emprisonnement ferme pour « honoraires indus ». Vêtus d’un pantalon kaki et d’un polo noir, debout dans ce bureau, Me Abessolo décrit le quotidien des détenus, avec qui il vit désormais « le régisseur m’en avait déjà parlé, mais je n’avais pas pensé que la situation était critique à ce point. C’est une chance de ne pas venir ici la nuit, voir comment un être humain cherche à se faire une infime place sur laquelle s’étendre pour dormir. Ils sont des centaines à avoir pour seul lieu la cour, qu’il pleuve ou non, ils sont là, des hommes ne peuvent pas vivre comme ça, c’est insoutenable » raconte-il. Me Abessolo est intarissable.  Il assure qu’ « il y’a des détenus qui sont dans l’effondrement total là dedans, c’est du devoir de ceux qui sont forts de les soutenir ». Le Dr Chemuta implore à sa suite le concours du régisseur « pour que ceux qui sont dans la même situation que ce confrère soient mieux traités ». Il affirme que le gouvernement fait beaucoup d’effort  pour améliorer les conditions de détention, mais beaucoup reste à faire. « Si on pouvait souffrir pour ce qu’on a fait de mal on comprend, on ne peut pas souffrir pour avoir fait son devoir » s’indigne t-il.
 
Propositions

Un peu plus détendue, la dizaine de visiteur échange ensuite avec le régisseur et le détenu sur les possibilités offertes à la Commission pour rendre plus « vivable les prisons du Cameroun ».On apprend que la prison centrale de Douala à ce jour compte 2800 pensionnaires, dont 2239 prévenus, alors que la capacité d’accueil de ce pénitencier est de 700, assure Joseph Tsala Amougou. Des propositions fusent. La pratique dans les règles  du code de procédure pénale dont le credo est la liberté, la construction des infrastructures modernes pour permettre aux détenus de fournir un travail productif « ceci va leur permettre d’avoir au moins de quoi se payer le taxi à la sortie », des tentes dans la cour pour qu’ils puissent s’abriter au moins en saison de pluie pendant leur sommeil... « On peut estimer que c’est une chance pour la Commission que je sois ici, je mène des réflexions, je sortirai avec des propositions, je suis en mission gratuite » termine Me Abessolo, dans un éclat de rire peu joyeux. Il serre longuement les mains de chacun de ses collègues, dans le hall de la prison, pour une séparation que d’aucuns espèrent courte. « Il s’est pourvu en cassation, on espère que cette fois, le droit sera bien dit dans cette affaire » conclut Dr Chemuta.

Carole Yemelong

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