18/05/2010 14:47:45
Evocation: Le génocide mémoriel de nos héros se poursuit
Le Messager
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Il est rentré, il a parlé. Ce n’est pas tous les jours qu’on a droit à sa parole. Mais, qu’a-t-on retenu du combat acharné et patriotique de nos compatriotes dont certains ont donné de leur vie pour accéder à l’indépendance que nous célébrons aujourd’hui ? L’occasion, la célébration des Cinquantenaires de l’indépendance et de la réunification, apparaissait pourtant comme une occasion en or de réconcilier enfin le peuple camerounais avec son histoire. En cette période de commémoration nationale, c’était sans doute une des attentes fortes. A l’arrivée, Paul Biya semble avoir complètement éludé la question.

Certes, il y a eu ces évocations plutôt diffuses sur le rôle joué par des compatriotes sur le long et douloureux chemin qui a conduit à la liberté qu’on célèbre aujourd’hui, mais, on a noté comme une certaine pudeur à évoquer des noms. « ... Et pourtant, depuis que la deuxième guerre mondiale avait sonné le glas des empires coloniaux, de jeunes nationalistes avaient fait le rêve incertain de la liberté. Disons le clairement, leur combat, pour certains leur sacrifice, aura été pour beaucoup dans l’accomplissement du droit de notre peuple à disposer de lui-même. C’est pourquoi, je le répète, nous devrons leur être éternellement reconnaissants ». Voilà, juste 414 mots dans un discours qui en compte près de 15 mille pour leur rendre hommage… Sur ce plan, le contentieux reste donc entier alors qu’on avait pensé que l’adresse présidentielle d’hier pourrait servir de vecteur pour exorciser les malentendus historiques qui continuent de pourrir le paysage politique du pays.

Pourquoi Paul Biya ne s’est-il pas étendu sur les héros nationaux à qui on doit l’accession à la souveraineté ? « Il donne simplement raison à ceux qui disent que le Cameroun n’est pas indépendant. On voit bien que le président de la République a préféré aménager un discours politiquement correct pour ne pas gêner ses hôtes occidentaux. Car restituer le rôle historique joué par nos héros conforterait la demande de réparations que ne cesse d’adresser à la France l’opinion nationale à propos du génocide perpétré sur les nationalistes camerounais », analyse le politologue Manassé Aboya. Pour autant, selon lui, on ne saurait parler de sortie manquée. On peut en effet penser que Paul Biya a surtout voulu marquer symboliquement l’esprit de ses invités. De ce fait, on peut croire que l’adresse d’hier ne s’adressait pas en priorité à ses compatriotes.

« Ce discours reste constant envers l’homme et sa politique. N’oubliez pas que Biya assure la continuité de l’héritage d’Ahidjo qui a reçu et non conquis l’indépendance. A travers le génocide mémoriel de nos héros, il veut simplement dire que ceux qui sont morts pour cette cause sont morts pour rien. Une autre façon de dire qu’on fête les 50 ans de la magnanimité de la France… », ironise Albert Dzongang, le président de la Dynamique. La gestion communicationnelle même de cette adresse tend à le confirmer. Ce n’est que hier au journal parlé de 17 heures de la CRTV, que les Camerounais ont appris que leur président devait s’adresser à eux à 20 heures. Pourquoi avoir gardé cette sortie secrète jusqu’à la dernière minute ? D’aucuns pensent que Paul Biya n’a voulu prendre aucun risque de voir des leaders de la société civile ou des activistes s’approprier cette sortie pour lui couper l’herbe sous les pieds, notamment en donnant avant lui, les centres d’intérêt qu’ils souhaitent voir explorés par le discours présidentiel.

ESSOMBA Franck

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